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African Business

Jutta Urpilainen : L’Union européenne et l’Afrique…

Les négociations des nouveaux accords pour l’après-Cotonou entrent dans leur dernière phase. Durablement, la coopération Europe-Afrique engagera les deux partenaires. Dans son premier grand entretien, la commissaire européenne en charge des Partenariats internationaux à la Commission européenne, Jutta Urpilainen, raconte les enjeux de cette relation.

Par Sami Utique

Comment avez-vous pris vos marques en tant que commissaire aux Partenariats internationaux, tandis qu’il faut réinventer le modèle de coopération Europe-Afrique ? 

J’avais la chance d’avoir déjà acquis une certaine expérience dans le domaine de la coopération au développement, et d’avoir un profond intérêt pour beaucoup d’aspects essentiels de mon portefeuille, ainsi qu’une forte conviction européenne, me sentant proche des valeurs de solidarité, d’équité et d’égalité de l’Union européenne. Ce sont ces valeurs qui m’ont conduite en politique et qui m’inspirent encore dans mon travail actuel.

Lors de mes visites en Afrique, j’ai eu l’occasion de rencontrer des jeunes gens engagés et dynamiques, dont des femmes et hommes entrepreneurs enthousiastes et très créatifs : c’est l’immense force de l’Afrique que nous voulons soutenir. L’Europe a mis au cœur du partenariat avec l’Afrique la promotion de l’investissement et le développement du secteur privé.

Ma mission constitue un défi. Il s’agit de bâtir des partenariats internationaux pour un développement durable avec nos pays partenaires, de par le monde. Nous avons face à nous des problèmes difficiles à résoudre, à l’échelle de la planète. À commencer par le changement climatique, la pandémie du Covid-19, la pauvreté et la faim, ainsi que les inégalités fondamentales que ces problèmes ont mises encore plus en évidence.

En s’attaquant à ces défis, l’Union européenne a toutefois l’opportunité de changer la vie de millions de personnes dans le monde – et de faire preuve de leadership international, en défendant une approche multilatérale pour y parvenir.

Dès lors, les partenariats sont primordiaux. Cela vaut avant tout pour notre continent jumeau, l’Afrique. Nous avons défini une stratégie de partenariats pour aller plus loin ensemble et les négociations sur un nouveau cadre pour remplacer l’accord de Cotonou avancent à un rythme soutenu. Tout cela augure bien de notre capacité à façonner une relation forte entre partenaires égaux, qui puisse nous faire tous progresser.

La pandémie a bousculé les calendriers. Où vous en êtes au plan des négociations ACP-UE? 

La pandémie a certainement posé des défis, que nous avons su relever. Avec la bonne volonté de nos partenaires, nous sommes passés aux « négociations internationales 2.0 », avec des sessions de négociations en ligne sur quatre continents.

Les négociations pour un nouvel accord de partenariat entre l’UE et ses 79 partenaires en Afrique, dans les Caraïbes et le Pacifique (ACP) sont entrées dans leur phase finale. Nous nous sommes entendus sur la majeure partie de l’accord. Il s’agit pour nous tous d’une priorité politique et l’objectif est de conclure les négociations dès que possible.

Selon certaines confidences, certains sujets des négociations semblent diviser les deux parties. Pourriez-vous nous préciser la nature de ces difficultés ? 

L’accord couvre une multitude de sujets allant du développement durable au dialogue politique et rassemble une centaine de partenaires, il est évident que nous ne pouvons pas être d’accord sur tout. Faire des compromis, c’est l’essence même d’une négociation.

Par respect pour le travail en cours de nos équipes, je n’entrerai pas dans le détail. Ce qu’il faut retenir c’est que je suis confiante : nous trouverons un terrain d’entente qui sera juste pour les deux parties. Nous prendrons le temps nécessaire à la conclusion d’un accord ambitieux qui nous permettra de mieux travailler ensemble et de faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés.

Nos discussions se poursuivent dans une atmosphère positive, qui nous accompagne depuis le début des négociations lancées à New York, en 2018. Deux ans pour s’entendre sur autant de sujets, cela illustre plutôt l’ampleur des relations, des idées et des valeurs qui nous lient !

Qu’est-ce qui symbolisera la coopération eurafricaine pour les années à venir ? Sera-t-elle à la hauteur des enjeux, ceux d’une Afrique où tout est à faire ?

En tant que voisins proches, le présent et le futur de l’Europe sont profondément connectés avec ceux de l’Afrique, d’où l’intensification de notre partenariat et de notre coopération. L’Afrique rayonne d’une énergie et d’une volonté de façonner son avenir, en menant et maîtrisant son propre développement.

C’est désormais un continent en transformation, où les opportunités pour l’investissement et l’emploi sont incontestables. Cela se reflète dans les décisions politiques historiques que l’Afrique a prises ces dernières années.

L’Agenda 2063 de l’Union africaine établit une vision stratégique pour la transformation socio-économique et la zone de libre-échange continentale constitue le plus grand marché unique au monde. Pour l’Europe, cela implique que notre partenariat avec l’Afrique doit également changer. C’est dans l’intérêt de l’Europe de s’associer avec « cette Afrique » et de construire un partenariat juste et sincère.

Cependant, l’Afrique fait face à des défis. Sa démographie requiert une croissance durable, basée sur un ajout de valeur, des activités économiques diversifiées et une création d’emplois tant dans les milieux ruraux qu’urbains.

Elle nécessitera une hausse des investissements, étrangers et domestiques, et une hausse des niveaux de productivité. D’autre part, chaque futur partenariat doit chercher à libérer le potentiel de la jeunesse africaine en assurant un accès à l’éducation et à la formation, correspondant aux demandes des nouveaux marchés du travail.

Un autre défi, la pandémie de la Covid-19 a amplifié le besoin de travailler avec nos partenaires africains. Avec notre réponse Team Europe, nous avons déjà, de façon collective avec les États membres, alloué presque 8 milliards d’euros pour aider l’Afrique à atténuer les conséquences sociales et économiques de la crise.

Dans les années à venir, le partenariat doit s’adapter aux tendances globales et aux problèmes émergents. C’est pourquoi nous proposons de le construire dans cinq domaines clés : la transition verte et l’accès à l’énergie ; la transformation numérique ; la croissance durable et l’emploi ; la paix et la gouvernance ; la migration et la mobilité. Nous voulons construire un partenariat renouvelé entre l’Afrique et l’UE, dans lequel chacun à un rôle à jouer.

De quelle manière tirez-vous les enseignements des accords ACP précédents pour aller vers davantage d’efficacité ? 

L’idée ici est de conserver ce qui fonctionne bien, tout en adaptant notre coopération aux nouvelles réalités, histoire de répondre aux besoins des gens et de nos partenaires.

La dimension humaine demeurera au cœur de notre coopération, mais nous irons bien au-delà de la lutte contre la pauvreté et de l’Aide au développement. Une attention particulière sera portée aux droits humains, à l’éducation, la création d’emplois durables et au respect de l’environnement.

Il nous a aussi paru clair qu’il fallait conserver la grande famille ACP, tout en permettant plus de flexibilité. C’est pourquoi dans le futur accord ACP-UE, chaque région, c’est-à-dire l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique, aura à la fois des engagements communs, mais aussi des priorités et des relations taillées sur mesure pour que chacun y trouve son compte.

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