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African Business

Togo : Situation précaire…

Si elles constituent 80 % de l’activité économique du Togo, les PME peinent à accéder aux financements. Conséquence, plus de 30 % des entreprises disparaissent dans les trois ans après leur création.

Max-Savi Carmel, Lomé

Pierre Dossou est à la tête d’une entreprise de production d’eau minérale en sachet plastique. Avec 49 employés, il distribue ses produits dans toutes les régions du pays. Mais depuis le début de l’année, la moitié de son effectif est au chômage. Faute de financements pour le renouvellement de ses appareils, trois machines sont hors d’usage. Bien qu’il ait régulièrement honoré ses échéances de remboursement, la banque ne lui a accordé que le quart des 46 millions nécessaires au renouvellement de son unité de production.

Isabelle Johnson, quant à elle, attend depuis un an son premier prêt. À la tête d’une petite société de production d’emballages industriels, elle désespère : « J’ai pourtant donné plusieurs garanties dont un titre foncier appartenant à mes parents. » Les entreprises togolaises sont de plus en plus nombreuses à fermer faute de financements. Au moins 30 % des entreprises qui voient le jour ne survivent pas à leur troisième année.

Zone de turbulence

La situation est d’autant plus critique qu’un rapport réalisé par la chambre du commerce et de l’industrie du Togo (CCIT) lance un cri d’alarme sur l’accès « trop limité » au financement, mais aussi sur la léthargie dans laquelle la crise a plongé les entreprises. Neuf entreprises sur dix sont frappées par la morosité économique. La CCIT dénote aussi une réticence de plus en plus élevée des banques à accéder aux besoins de crédits des PME. « Faux ! », rétorque Kayi Mivedor. La présidente de l’Association professionnelle de banques et établissements financiers du Togo (Apbef) pointe du doigt « la fragilité et l’amateurisme » dans la gestion de nombreuses petites entreprises pour justifier « la prudence des banques ».

Pourtant, le nombre de nouvelles entreprises au cours du premier semestre 2018 est de 5 395. « Des chiffres encourageants » pour Samuel Sanwogou, directeur du Centre de formalités des entreprises (CFE) qui attend le record de 10 000 nouvelles entreprises pour la seule année 2018, soit 1 800 de plus qu’en 2017.

Doper l’accès aux crédits

Si la crise a fait perdre aux entreprises, toutes catégories confondues, 25 % à 50 % de leurs résultats par rapport à a même période l’année précédente, l’enquête rendue publique en avril décrit une situation alarmante : 74,4 % des entreprises sondées présentent « une situation financière catastrophique ». Depuis cette étude d’opinion, selon la Chambre du commerce et d’industrie, « la situation ne s’est pas sensiblement améliorée ».

À Dakar, le 31 juillet, la Bceao a lancé son « Dispositif PME ». Il s’agit d’un instrument qui vise à soutenir financière ment les PME-PMI afin de parvenir à une masse critique de sociétés performantes. L’institution régionale veut ainsi faciliter l’accès aux financements et crédits bancaires ; elle a pour cible les entreprises non financières dont le chiffre d’affaires n’excède pas 1 milliard de F.CFA. Un coup de main complémentaire aux diverses initiatives, ces dernières années du gouvernement togolais.

Le gouvernement prévoit un mécanisme de financements inclusifs auquel pourront recourir les nouvelles entreprises. Il leur garantit des crédits dont les taux d’intérêt se situent entre 1 % et 3 %.

Lequel multiplie des initiatives. L’Agence nationale de promotion et de garantie de financement des PME-PMI (ANPGF) offre aux banques des garanties pour faciliter des prêts aux entreprises du pays. Depuis, le Fonds d’appui aux initiatives et aux entreprises des jeunes (FAIEJ) s’est engagé dans la même mission, privilégiant les jeunes.

Tout cela n’aura pas permis d’enrayer les difficultés que rencontrent les entreprises dans l’accès au financement. « Il s’agit de structures trop lourdes administrativement qui ne font pas, elles-mêmes confiance à l’entreprenariat », dénonce Kokou dont l’entreprise spécialisée dans la livraison interurbaine de colis est plutôt en bonne forme. « J’ai tout fait seul, j’ai eu recours à des prêts participatifs auprès de mes proches », précise celui qui affirme avoir doublé son chiffre d’affaires en un an. Et pour qui « l’ANPGF et le FAIEJ n’accordent que de trop petits prêts de trois millions en moyenne (4 500 euros), insuffisants pour la plupart des entreprises ».

Portes de sortie ?

Le Dispositif PME de la Bceao ne vise pas seulement à financer, mais aussi et surtout à aider les entreprises à réorganiser leur comptabilité et leur fonctionnement pour mieux d’adapter aux critères de bancabilité. Il faudra attendre quelques années pour en mesurer l’efficacité. « Le plus important est d’avoir des prêts à taux bas ou proche de zéro, mais surtout sans garanties », selon Kossi Ténou.

Le directeur national Togo de la Bceao constate que le plus souvent, les jeunes promoteurs d’entreprises n’ont pas de patrimoine et donc pas de titres fonciers acceptés en garanties par les banques. Dans son Plan national de développement, le gouvernement prévoit un mécanisme de financements inclusifs auquel pourront recourir les nouvelles entreprises.

Il leur garantit des crédits dont les taux d’intérêt se situent entre 1 % et 3 %. Mais les chefs d’entreprise font de moins en moins confiance au dispositif. « Depuis dix ans, l’État multiplie des annonces qui n’apportent aucune solution au problème », déplore Patrice Tchamdja qui dirige, au nord de Lomé, une unité de production de jus d’ananas. Il lui a fallu recourir au Fonds de solidarité africain (FSA) pour lancer son usine.

Le FSA pourra être un recours d’autant que 38 des 383 milliards de F.CFA (584 millions d’euros) de garanties qu’il a accordés aux entreprises, soit 10 %, concernent le Togo. Même si le FSA aide davantage les États à mobiliser des crédits pour des projets d’investissements productifs que le secteur privé, il pourra être un recours transitoire avec des taux bien plus abordables que ceux proposés par les institutions financières traditionnelles. 

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