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African Business

Sénégal : Auchan face à la fronde du commerce de proximité

Au Sénégal, la position dominante d’Auchan suscite un lever de bouclier des commerçants, inquiets pour leur avenir. Pourtant, le distributeur a aussi ses partisans, chez les consommateurs.

Dakar, Seydou Ka

À la recherche de nouveaux marchés, les géants mondiaux de la grande distribution sont de plus en plus attirés par l’essor de la classe moyenne africaine. Profitant du vide juridique – jusqu’ici un simple registre de commerce et des formalités fiscales suffisent pour ouvrir un centre commercial – Auchan a progressivement étendu sa présence au Sénégal, depuis son arrivée en 2014.

La marque française compte déjà 26 magasins à Dakar et dans les régions, sur un objectif de 50 sur tout le territoire sénégalais d’ici quatre ans. Avec le rachat des magasins de Citydia, l’un de ses rares concurrents locaux, dont le contrat de franchise arrivait à terme, Auchan se trouve désormais en situation de quasi-monopole. D’abord concentrés en centre-ville, les magasins Auchan sont aujourd’hui visibles un peu partout à Dakar.

De quoi agacer les petits commerçants qui avaient, jusqu’ici, la main sur le commerce de proximité. Inquiets de la concurrence de ce nouvel acteur de poids qui, disent-ils, risque de tuer leur activité, ils ont créé un collectif dénommé « Auchan dégage » et mènent un intense lobbying auprès des pouvoirs publics et religieux contre le groupe français. « Nous ne pouvons pas partager ce pays avec Auchan », avertit Idy Thiam, le président de l’Union des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois/Jappo), la principale organisation de commerçants du pays.

La grande distribution française s’est développée en se reposant sur un tissu industriel solide qui assure les phases de production, de transformation et de conditionnement des produits. Or, le Sénégal est loin d’être à ce niveau de solidité d’architecture économique.

Mais Auchan ne compte pas que des adversaires. Alors que ses détracteurs monopolisent le débat depuis plusieurs semaines, le distributeur français peut compter, depuis le 11 août, sur le collectif « Auchan reste » pour défendre ses intérêts.

Ce collectif composé de consommateurs, notamment l’Association nationale des consommateurs du Sénégal (ANCS), de producteurs-fournisseurs du groupe français et de jeunes travaillant dans les supermarchés du groupe, a lancé une contre-offensive pour convaincre les populations du bien-fondé de la présence d’Auchan.

L’argument du client roi

L’opinion publique est aussi divisée entre « pro » et « anti » Auchan. Les premiers, issue d’une classe moyenne de plus en plus exigeante en matière de qualité, soutenue par les associations de consommateurs, voient dans l’arrivée de ces chaînes de distribution une aubaine. Cette clientèle, qui n’a pas le temps de marchander, met en avant les conditions d’hygiène et de conservation des produits dans les magasins Auchan, les prix fixes, les horaires d’ouverture, etc. « Personne ne doit ni ne peut imposer aux consommateurs de ne pas aller acheter où les tarifs sont moins chers et l’environnement hygiénique », explique un Dakarois très actif dans la défense de la marque française sur les réseaux sociaux.

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