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African Business

Pour un écosystème des nouvelles technologies

Afin de créer des entreprises rentables et créatrices d’emplois, répondre aux besoins, la haute technologie africaine doit mieux associer l’ensemble des acteurs, y compris la société civile. La vision de trois experts.

Par Laurent Soucaille

Trois spécialistes des nouvelles technologies étaient réunis, le 7 mai 2020, par I-Conférences pour évoquer le futur de la Tech africaine. Ils ont appelé à une meilleure coordination des engagements de chacun. Un « écosystème » réunissant aussi bien les chercheurs, les financiers, les entreprises, que les acteurs de la société civile, serait de nature à faire éclore de « jeunes pousses », rentables, pérennes, et créatrices d’emploi.

« Les fonds destinés à la Recherche doivent être débloqués. On les considère souvent comme non prioritaires, c’est dommage. » 

Karim Sy, fondateur de l’incubateur Jokkolabs (Sénégal) observe que face à la crise sanitaire, « beaucoup d’entrepreneurs ont réagi et mis leurs solutions à disposition ». Il cite en exemple l’application Danncovid19.sn, qui fédère les solutions dont peut bénéficier le ministère de la Santé du Sénégal. Retours d’informations, mise en liaison des différents acteurs, etc.

Des solutions importantes alors que les réponses ne peuvent être que locales, dans le contexte de fermeture des liaisons aériennes. Cette réponse a un coût, celui de la gratuité et du bénévolat : les entreprises qui avaient des licences les ont ouvertes.  « Nous voyons que le ministère est sollicité par beaucoup de questions et n’a pas toujours les expertises. » Aussi, la plateforme informatique permet-elle de trouver les compétences et de répondre aux besoins. « Notre incubateur permet de pallier le déficit numérique du ministère de la Santé. La mobilisation est unique », se félicite Karim Sy.

Radia Garrigues est directrice exécutive de Junior Achievement Gabon, une organisation qui milite pour l’esprit d’entreprise. Si elle note « beaucoup d’innovations » dans son pays, elle rappelle que la hausse des capitaux engagés, ces dernières années en Afrique, dans les nouvelles technologies, fait apparaître des disparités. Tous les pays ne sont pas aussi dynamiques que le Nigeria, par exemple.

Face à l’urgence, beaucoup d’appels à projets ont été lancés, depuis mars. Les plateformes mises en place par les universités africaines, celle de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) sont « très prometteurs ». Tout comme le « Hackathon » organisé par la BAD.

Une kyrielle d’innovations

Au Gabon, « nous avons accompagné une plateforme éducative, destinée à relier les écoles », poursuit Radia Garrigues. Elle est désormais utilisée par les élèves dans leurs révisions. Déjà en chantier, la solution Total Marketing a été accélérée afin que les clients n’aient pas besoin de se déplacer pour recharger leurs cartes de paiements de carburants.

Le développement repose sur 4E : entrepreneuriat, education, e-gouvernement ; e-infrastructure. L’Afrique a le potentiel d’être le laboratoire IT de la planète ! Ne serait-ce que grâce à sa jeunesse, sa démographie.

Au Niger, un système vocal et SMS permet à la population de recevoir les mesures de prévention. Au Mali, une start-up a créé un système de lavage de mains automatique ! Un prototype, bien sûr, mais prometteur. Sans oublier les initiatives au service des médecins. La crise a donc marqué un « accélérateur » des innovations, ainsi que de leur partage.

Hicham Iraqi Houssaini (Microsoft Maroc) confirme : « la crise est une opportunité pour revoir notre manière de faire ». Le retard est énorme, parfois, à rattraper.

Au Maroc, il a fallu assurer la continuité des services auprès des secteurs essentiels au pays. Permettre au personnel de disposer d’une solution de vision conférence, donner un moyen de se connecter à distance et de se relier au système d’information de l’entreprise. Sans oublier d’accélérer des process de validation, la signature électronique (PKI, Public Key Infrastructure), et de garantir la cybersécurité. « Ces quatre problématiques sont partagées de par le monde. »

L’adoption des nouvelles technologies a été accélérée. Les mentalités avancent très vite. Par exemple, avec le e-parapheur, les visioconférences, les dirigeants d’entreprises voient les économies réalisées par rapport aux voyages d’affaires !

En matière de travail à distance, la plupart des entreprises n’étaient pas préparées. Or, elles s’aperçoivent qu’il s’agit d’un élément essentiel dans la continuité des services. La technologie a ici, un chantier énorme qui s’ouvre. Karim Sy rappelle que les filières évoquées représentent aussi des opportunités d’emplois.

Les entrepreneurs, ceux des start-up, sont pour la plupart en train de se construire, leurs réponses innovantes doivent encore convaincre. Tout ne peut pas être fait par les entrepreneurs des start-up, il faut établir un écosystème africain plus vaste. Aucun entrepreneur ne peut se présenter seul, explique-t-il.

Une troisième voie entre privé et État

Par exemple, les hôpitaux reçoivent des respirateurs, grâce à de nombreuses bonnes volontés et innovations, en Afrique. Fort bien, mais ces appareils doivent obéir à des normes, répondre à des besoins précis, qui prendra la responsabilité en cas de défaut de ces appareils ? « Les innovateurs ne peuvent pas ignorer ce qui relève des médecins, des chercheurs, de l’État. Il faut une collaboration de tous. »

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