Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Pezzini : « Il faudra des politiques industrielles plus ambitieuses »

Comment travaillez-vous avec les institutions européennes, ainsi qu’avec la Commission de l’Union africaine dont vous êtes un interlocuteur privilégié, pour dégager des pistes de solution ?

Dans le cadre de nos travaux, nous avons conduit plusieurs études avec l’Union africaine en vue de dégager des solutions avec les acteurs politiques.  Ces acteurs sont représentés par l’UA, même si, bien sûr, de nombreuses autres institutions sur le continent travaillent sur ces sujets.

En ce qui concerne l’UE – et d’autres acteurs qui pourraient intervenir – nous y réfléchissons, avec les commissions économiques régionales et certains chefs d’État, et les choses bougent. La Chine – à travers les Routes de la soie – a vocation à être un partenaire important de l’Afrique. Les États-Unis aussi. La logique de l’UE, qui fait de plus en plus d’investissements en direction du secteur privé, et en partenariat avec les acteurs africains, évolue.

En août 2019, le Japon a organisé une réunion (TICAD V) avec plus de quarante chefs d’État africains pour renforcer la coopération. Beaucoup d’autres acteurs, tels que la Turquie, par exemple, sont actifs. Ce que nous suggérons, à travers nos travaux, c’est que l’UA regroupe et coordonne l’ensemble de ces actions de coopération pour les rendre plus efficaces avec des tables autour desquelles les pays siègent à voix égales. Dans tous les cas, face à la crise, nous avons besoin de davantage de multilatéralisme.

Justement, le monde connaît une crise majeure du multilatéralisme.  Comme si la démondialisation était engagée. Quelle trajectoire ce monde est-il est en train de prendre ?

La situation, aujourd’hui, est préoccupante. Par le passé, le Conseil de sécurité des Nations unies avait su trouver un accord pour des solutions communes en matière sanitaire. Même durant la Guerre froide ! Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Mais il n’y a pas d’alternative. Nous devons nous mobiliser pour trouver des solutions, même partielles, mais si les réponses apportées aux problèmes sanitaires, d’environnement, etc., ne peuvent être, en définitive, que globales. Tout en gardant une composante régionale forte, comme en Afrique. Or, l’Afrique a entrepris une série d’actions significatives, comme, l’accord sur la Zone de libre-échange. 

Ce que nous suggérons, à travers nos travaux, c’est que l’Union africaine regroupe et coordonne l’ensemble des actions de coopération pour les rendre plus efficaces, avec des tables autour desquelles les pays siègent à voix égales.

En somme, une action mondiale coordonnée est fondamentale pour contrer les conséquences socio-économiques de la crise à moyen et long termes. Cela suppose une meilleure gestion des biens publics mondiaux et un système de gouvernance internationale plus solide et inclusif pour promouvoir l’équité et les engagements partagés. 

Concrètement, il s’agit de mettre en place un ensemble d’initiatives mondiales sur lesquelles une véritable coopération peut être bâtie et discutée autour de tables plus représentatives de la situation actuelle. La crise de la Covid-19 nous montre l’urgence de réaliser cette vision et ce que coûte l’échec. Si nous n’agissons pas, ces coûts ne feront qu’augmenter, car la prochaine crise, l’urgence climatique, est déjà à nos portes.

En quoi votre vision va-t-elle fondamentalement changer, dans votre travail de prospective, sur des questions comme celles de l’emploi et de l’activité économique ?

Difficile de prédire l’avenir. Les économistes – qui n’avaient pas vu venir ni l’émergence de la Chine ni la crise de 2008 – se sont souvent trompés, eux aussi. Cela étant, il est certain qu’il y aura beaucoup de modifications dans la structure économique. Les pays, désormais, ne voudront plus délocaliser toutes les phases du processus productif et créer, ainsi, des goulots d’étranglement en cas de crise. La production de médicaments, notamment, devra être relocalisée, ou, pour ceux qui ne produisent pas, des stocks devront être constitués. Les pays qui ne produisent pas de pétrole ont toujours pris la précaution de constituer des stocks stratégiques. Il faudra le faire pour d’autres produits.

En second lieu, il faudra construire des chaînes de valeur régionales. L’Afrique avait déjà souligné l’importance de cet objectif. Pour le réaliser, il faudra des politiques industrielles plus ambitieuses. C’était un mot interdit, il y a dix ans. C’est aujourd’hui indispensable.

Enfin, les chaînes d’approvisionnement devront être courtes, aussi bien pour l’alimentaire que pour toutes les activités quotidiennes. Pour ce faire, nous devrons sortir de la logique monopolistique des géants de la distribution. C’est particulièrement vrai pour l’Afrique, où l’augmentation de la population provoque une urbanisation galopante et tous les problèmes qui en découlent. 

*Mario Pezzini, conseiller spécial du Secrétaire général de l’OCDE et directeur du Centre du développement de l’OCDE 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts