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African Business

Libye : Un pays riche… de ses start-up

La révolution sociale des repas à domicile 

Fattoum Nasser a donc créé Yummy, un service en ligne qui propose la livraison de repas cuisinés par des Libyennes en manque de moyens et livrés généralement par leurs jeunes fils ou frères. Une idée simple et facile qui répond parfaitement aux enjeux actuels.

Déjà, Yummy est opérationnel à Sebha, Tripoli et Benghazi, soient les trois capitales régionales du pays, une gageure dans un pays si morcelé. Fattoum Nasser a reçu le prix de la Meilleure entrepreneuse, décerné conjointement par la prestigieuse université américaine MIT et Tatweer Research. 

Conscients que les institutions financières étatiques ne peuvent être la solution, les bailleurs de fonds internationaux misent sur les initiatives locales. « Dans ce chaos, la jeunesse porte en elle une partie de la solution pour le pays », commentait, fin 2018, Maria Do Valle Ribeiro, vice-cheffe de la mission des Nations unies en Libye, lors d’une réunion à Tunis portant sur l’aide au tissu économique libyen.

« L’objectif est la diversification de l’économie, axée sur le revenu du pétrole. Il s’agit aussi de donner de l’espoir aux jeunes, de montrer ce que l’entrepreneuriat peut leur apporter », souligne Alexandre Chatillon-Mounier, directeur du programme européen Sleidse, piloté par Expertise France, qui a formé un bon nombre de jeunes entrepreneurs libyens. 

Une Libye fantasmée par les bailleurs de fonds 

Le projet de l’UE prévoit un fonds de garantie à destination de cinq banques libyennes pour faciliter les crédits aux entreprises. Mais sa constitution a pris du retard du fait de l’inertie des établissements bancaires, peu habitués à s’adapter au secteur privé.

Rami Mussa, dirigeant de BYTE (Benghazi Youth Technology Entrepreneuship) pointe du doigt un autre frein : les bailleurs eux-mêmes qui rêvent d’une Libye telle qu’ils voudraient qu’elle soit et non telle qu’elle est. « Dans l’Est, par exemple, beaucoup d’appels d’offres tournent autour du problème de la migration : mais nous n’avons pas de problème de migration en Cyrénaïque ! Les migrants partent de l’Ouest, pas d’ici », s’amuse-t-il.

Atelier de formation She Codes et Tatweer, incubateur de start-up à Benghazi

Le chef d’entreprise salue les initiatives d’Expertise France, de l’Union européenne pour développer la fibre entrepreneuriale en Libye, mais déplore le manque de rigueur dans la sélection : « La plupart des jeunes choisis n’ont aucune idée de ce qu’est un business. On sent que certaines candidates sont prises pour des raisons de genre. C’est bien, mais on ne peut pas forcer à changer les mentalités, surtout dans l’Est. C’est contre-productif.»

Rami Musa regrette que les fonds ne soient pas utilisés pour développer les infrastructures, comme les routes et la connexion à l’Internet, car « c’est de ces besoins basiques que nous avons besoin pour développer le secteur privé ». Régulièrement, BYTE organise des vidéoconférences en ligne entre ses membres et un programme d’étude de l’université du Michigan.

Pour s’assurer d’une connexion suffisamment puissante et stable, le Benghaziote fait appel à ses contacts au sein de l’opérateur téléphonique pour réserver une bande passante. « Ce n’est pas normal », concède-t-il, mais la Libye demeure, pour les entrepreneurs aussi, une question de passe-droits.

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