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African Business

La numérisation de la paie améliore la productivité

Une étude de cas menée au Sénégal et en Afrique de l’Ouest confirme la nécessité de s’engager plus avant dans la numérisation de la paye des travailleurs. Qui offre sécurité et gains de productivité aux entreprises et des perspectives sociales améliorées aux salariés.

Par Marie-Anne Lubin

Au Sénégal, neuf travailleurs sur dix, essentiellement des temporaires, sont payés en espèces et exclus de toute assurance maladie. Cette situation constitue un terreau pour les innovations financières et leurs retombées en matière d’inclusion sociale, juge une étude menée par l’organisme onusien Better Than Cash Alliance, la Banque mondiale et l’Agence nationale des statistiques et de la démographie. Si l’étude est spécifiquement menée au Sénégal, elle élargit son propos à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Trois obstacles limitaient la numérisation des paiements : l’importance de l’informel, la faible inclusion financière, et le fait que 21 % des travailleurs touchaient une paie qui les maintenait sous le seuil de pauvreté. Depuis 2010, tout cela a fortement évolué, dans le bon sens, souligne le rapport.

Selon l’étude, 77% des travailleurs temporaires interrogés seraient prêts à accepter des paiements électroniques si cela leur donnait accès à une assurance maladie ou d’autres services à forte valeur ajoutée. Le paiement électronique stimule la production et la consommation à l’échelle nationale.

Une conclusion forte : si 50% des temporaires sénégalais étaient payés sur un compte bancaire ou mobile, ils ajouteraient plus de 45 milliards de F.CFA additionnels au PIB par an. Le paiement électronique des travailleurs ouvre des perspectives supplémentaires dans de nombreux domaines. Il accélère l’inclusion digitale et financière de la population, accroît la compétitivité pour les entreprises, augmente la liquidité pour le système financier.

Afin de débloquer l’ensemble de ces potentiels, l’Agence de développement des PME (ADPME) va renforcer son fonds d’appui aux entreprises concernées grâce à un apport additionnel de la Banque mondiale de 20 millions $. Ces fonds visent à renforcer les initiatives de numérisation des PME, y compris pour soutenir leurs projets de paiements électroniques des travailleurs.

Un atout pour la CMU

Le président Macky Sall et la reine Máxima des Pays Bas, en qualité de mandataire spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la promotion de services financiers accessibles à tous qui favorisent le développement, joignent leurs voix.

Ils lancent un appel à leurs pairs, au secteur privé et la société civile, en les invitant, dans l’avant-propos du rapport, à utiliser ce dernier « pour garantir que les paiements numériques soient au centre d’une reprise durable et équitable ». Pour les deux dirigeants, « notre engagement reste entier pour agir ensemble à l’avancement de l’agenda pour une reprise inclusive ».

On se souvient que fin 2020, le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, avait lui aussi décrété la numérisation des paiements des travailleurs de l’administration burkinabé.

Dès l’apparition de la crise de la Covid-19 dans l’Uemoa, la Banque centrale avait pris une série de mesures afin de réduire la circulation du cash dans les huit pays de l’Union. « Ces actions ont eu des impacts concrets qui commencent à changer la vie des entreprises et des travailleurs », souligne le rapport.

Pour les employeurs, les avantages sont d’éviter les contraintes relatives à la gestion de quantités importantes de cash. Si recevoir un salaire est souvent synonyme de cotisations à une assurance maladie, à l’échelle mondiale au moins 61 % des travailleurs sont dans l’informel sans aucune assurance adéquate, d’après l’OIT (Organisation International du Travail). Dans de nombreux pays, il n’existe pas toujours d’obligation légale pour que les employeurs cotisent à une quelconque assurance pour leurs travailleurs informels, une situation dont les femmes souffrent que les hommes.

De son côté, l’Agence sénégalaise de la couverture maladie universelle (CMU) a déployé une ambitieuse plateforme de paiements digitaux. Elle a noué des partenariats avec des Fintechs et les entreprises privées, pour associer l’accès à la CMU aux paiements numériques, proposant des offres spécifiques aux femmes.

Des champions nationaux Sodagri ou encore les PME Qualiocean et Kossam SDE montrent l’exemple, par l’adhésion de leurs travailleurs temporaires à la CMU. Désormais, plus de 200 000 travailleurs accèdent à des soins de santé de qualité subventionnés par l’État.

Une transition à réussir

Si 81 % des entreprises nationales ont moins de vingt salariés, elles emploient des milliers de travailleurs temporaires dans leurs chaînes d’approvisionnements. Les salariés sont généralement bancarisés, mais 93 % des contrats précaires sont payés en espèces ; ces derniers sont exclus du système de santé formel.

Trois obstacles limitaient la numérisation des paiements en Afrique : l’importance du secteur informel, qui a pu atteindre 90 % de l’économie, le taux d’inclusion financière historiquement faible et, surtout, le fait que 21 % des travailleurs africains touchaient une paie qui les maintenait sous le seuil de pauvreté. Tout cela a fortement évolué, dans le bon sens, souligne le rapport. L’inclusion financière a bondi depuis 2010 avec l’arrivée des émetteurs de monnaies électroniques et les Fintech.

Par exemple, la Compagnie sucrière sénégalaise, premier employeur privé du pays, a réussi le pari de numériser les paiements de près de 8 000 travailleurs. « Nous voulions une numérisation des paiements sans la bancarisation, qui n’est pas adaptée à ces populations à faibles revenus », commente Claude Fizaine, son secrétaire général.

Qui précise : « Pour les employeurs, les avantages sont d’éviter les contraintes relatives à la gestion de quantités importantes de cash, ainsi que toutes les dérives qui peuvent se greffer à sa distribution. » De plus, la numérisation « permet d’offrir aux employés concernés des outils adaptés à leur situation financière et familiale, ce qui ne peut qu’avoir des répercussions positives sur leurs vies personnelle et professionnelle ».

Pour les entreprises, la numérisation est synonyme de plus de transparence et de sécurité. Les transactions sont traçables, et les fonds vont à la bonne personne, les erreurs sont mieux détectées. Les coûts opérationnels sont réduits et la productivité d’ensemble s’améliore, souligne l’étude, qui se complète par trois études de cas menées auprès d’entreprises du Sénégal.

ML 

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