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African Business

Des autobus Made in Cameroon à l’assaut du marché

Avec une production mensuelle de trois autobus, la Société de transformation de bus (Sotrabus SA) est la première unité de montage de véhicules au Cameroun. Elle compte doubler sa production dès 2018 pour approvisionner le marché d’Afrique centrale.

Douala, Frédéric Nonos

Plus besoin d’importer des autobus d’Europe pour le transport interurbain au Cameroun. Depuis 2015, Sotrabus SA s’est lancée dans le montage des bus et autocars ; elle est la première unité de montage de véhicules en Afrique centrale. Située dans la zone portuaire de Douala, l’entreprise importe des moteurs et châssis fabriqués en Europe qu’elle adapte ensuite aux besoins des voyageurs.

« Le principe chez nous est d’acheter les blocs-moteurs à l’étranger pour fabriquer totalement la carrosserie sur place. Nous avons constaté que les bus de transport importés qui roulent sur nos routes n’y sont pas adaptés. Les bus qui sortent de nos usines sont très solides, car fabriqués entièrement avec de l’acier », explique David Chenouossi, directeur administratif de Sotrabus.

Demande en hausse

Plus qu’un simple assembleur, Sotrabus est un constructeur automobile. « Nous procédons d’abord à la fabrication des pièces à part, à base des matières premières importées ou achetées localement. Une fois les pièces préfabriquées, on procède à l’assemblage pour obtenir un bus tropicalisé. »

Le travail est réalisé par près de 150 employés (ingénieurs et techniciens) qui conçoivent et assemblent trois bus de 45, 50 et 70 places par mois, soit une quarantaine par an. Selon la direction de Sotrabus, il aura fallu dix ans pour monter l’usine. Douze bus y ont été construits la première année en 2015, 30 en 2016, une quarantaine en 2017, soit près de 150 autobus construits jusqu’en mi-2018 par l’entreprise qui a vu sa commande exploser par une demi-dizaine de clients, notamment des agences de voyages.

Le constructeur camerounais fabrique des bus tropicalisés plus spacieux que les modèles importés et mieux adaptés aux conditions de circulation du Cameroun.

Eu égard à l’engouement des transporteurs pour ces premiers bus Made in Cameroon, les responsables de Sotrabus comptent bientôt passer d’une production de trois bus à environ quinze chaque mois, révèle, Albert Mbafe Konkou, patron de l’entreprise. L’ingénieur en mécanique ambitionne de conquérir le continent à moyen terme, en commençant par l’Afrique centrale.

Des ambitions qui rencontrent déjà quelques obstacles. Selon David Chenouossi, l’entreprise manque d’espace pour la production de ses bus. Elle peine à recruter au Cameroun car « peu de personnes sont formées à ce jour à la construction automobile. Pour le moment, une bonne partie des employés est recrutée dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. »

C’est la raison pour laquelle l’autre ambition de la jeune entreprise est d’investir dans la formation de jeunes ingénieurs camerounais pour atteindre ses objectifs, en comptant sur le soutien des pouvoirs publics. Albert Mbafe Konkou était pourtant loin d’imaginer le succès de son entreprise au moment de son lancement, en 2015 avec un capital de 1,2 million de F.CFA (1 830 euros).

Tropicalisation

Actuellement, « toutes les pièces détachées proviennent des concessionnaires européens comme Mercedes et Volvo pour le châssis et le moteur », confie-t-il. Les bus de Sotrabus sont commercialisés sous la marque Bus Mickel. Le constructeur camerounais fabrique lui-même le squelette et la carrosserie de ses voitures à partir des barres de fer et des tôles en acier. Ces bus tropicalisés sont plus spacieux que les importés, car justifie-t-il « nous savons qu’en Afrique on voyage surtout avec les bagages. Nous tenons compte de l’espace des soutes à bagages, de la voile avant, de la hauteur, parce que vu l’état dégradé des routes, il ne faut pas que le bus soit trop bas, sinon il ne pourrait pas circuler dans certaines zones. »

Ainsi, les véhicules ont-ils le châssis surélevé et les amortisseurs renforcés, s’adaptant aux cahots des routes africaines. Chaque siège dispose d’une ceinture de sécurité. Le patron de Sotrabus considère qu’il faut pallier le déficit d’approvisionnement en bus de bonne qualité au Cameroun et en Afrique.

Albert Mbafe Konkou souhaite par cette action soutenir le Cameroun dans son processus de développement. Même s’il est peu disert sur les bénéfices générés au bout de trois ans d’investissements, il assure que l’activité se porte bien. Le rapport qualité-prix des autobus Made in Cameroon dont l’unité coûte en moyenne 40 millions de F.CFA est bien meilleur que ceux d’Europe dont l’unité est évaluée à 50 millions de F.CFA (76 000 euros). L’installation d’unités de montage de véhicules au Cameroun a toujours suscité beaucoup d’espoir chez les pouvoirs publics et au sein de la population, au faible pouvoir d’achat. 

ENCADRE

Des précédents infructueux

La société indienne Azad Coach et les chinoises Gac Gonow et, surtout, Yutong, leader de la construction automobile en Chine et troisième dans le monde, avaient signé le 11 juin 2015 à Yaoundé, une convention relative à la construction de deux unités de montage de véhicules (camions et berlines) dans les villes de Douala, la capitale économique, et de Kribi (Sud).

Le consortium indo-chinois, qui a pour partenaire au plan local la Cameroon automobile industry company (CAIC), ambitionne d’investir 92 milliards de F.CFA (140,2 millions d’euros). Le Cameroun devrait mettre à disposition 900 hectares dans les environs du port en eau profonde de Kribi.

Ce projet bénéficiera de la loi portant incitations à l’investissement privé au Cameroun, qui octroie des exonérations fiscalo-douanières aux entreprises sur une période allant de cinq à dix ans, aussi bien pendant les phases d’installation que de production. Environ 4 620 emplois directs devraient être générés dans le cadre de ces projets, au cours des quinze premières années d’activités.

Selon Lu Fuqing, l’un des responsables de la CAIC, 1,4 milliard de F.CFA (2,13 millions d’euros) ont été investis pour la conception des vingt modèles de véhicules afin de permettre aux populations et autorités locales de tester « Star of Africa, la marque camerounaise et africaine conçue à cet effet », confiait-il en 2015.

Mais depuis cette date, ce projet est dans l’impasse. En 2006, en préparant le lancement de la société Le Bus, spécialisée dans le transport urbain de masse à Yaoundé, la firme américaine Transnational Automotive Group (Taug), qui a depuis lors revendu ses actifs dans Le Bus à un investisseur zimbabwéen, avait déjà annoncé la construction d’une unité de montage de véhicules à Limbé, dans la région du Sud-Ouest. Malheureusement, le projet n’a jamais vu le jour.

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