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African Business

Algérie : Le montage automobile attire toujours

Après cinq ans d’existence, l’industrie de montage automobile est à la croisée des chemins en Algérie. Malgré les exigences réglementaires des autorités et les déboires avec la justice de certains concessionnaires, les constructeurs veulent rester dans le pays.

Alger, Ali Boukhlef 

Plusieurs patrons locaux de constructeurs internationaux se trouvent en prison, dans le cadre de l’opération de lutte contre la corruption que mènent les autorités algériennes ; des usines de montage ne sont plus alimentées en kits CKD-SKD (pièces détachées).

À tel point que les patrons de grands groupes demandent des explications au gouvernement. De hauts responsables de KIA Motors, Volkswagen (filiales Seat et Skoda), de Suzuki, Nissan… ont senti le besoin de réaffirmer leur volonté d’investir en Algérie.

« Des équipementiers de tous les opérateurs vont être présentés en vue de signer des conventions de sous-traitance et de fabrication de pièces de rechange, permettant ainsi de remplir la condition du taux d’intégration nationale qui accuse un retard », précise la ministre de l’Industrie.

Pour transmettre ce message, ils ont rencontré, via leurs ambassadeurs accrédités à Alger, la ministre de l’Industrie, Djamila Tamazirt. 

Ces responsables veulent surtout confirmer que malgré les coups portés par les autorités à certaines entreprises algériennes, le gouvernement a bien l’intention de poursuivre l’installation de l’industrie automobile dans le pays.

Ainsi, profitant de la cérémonie de la célébration du premier anniversaire, début octobre, du lancement de l’usine Gloviz (qui produit à Batna les voitures KIA), le représentant pour la région MENA de Kia Motor Company, Kyung Hyeon Kim, a indiqué : « Nous croyons fermement dans les capacités de Gloviz de répondre aux attentes de l’État algérien et de lancer une industrie Full CKD dont les travaux de finalisation de l’usine sont en cours.»

Contre toute attente et malgré l’emprisonnement du patron de sa filiale algérienne, il a annoncé que KIA va introduire, auprès des autorités algériennes, une demande d’autorisation définitive. L’industriel estime que le partenaire local a « dépassé » les attentes de la maison mère. 

Confiance renouvelée 

Cet empressement des responsables de ces grands constructeurs vient après une série d’arrestations parmi les patrons des entreprises de montage automobile.

Ainsi, en quelques semaines, Mahieddine Tahkout, patron du groupe TMC (Tahkout Motors Company, représentant de Hyundai), de Mourad Eulmi, patron de Sovac (Volkswagen, Seat et Skoda), Hassan Arbaoui, de Global Group (KIA et Hyundai utilitaires), et Ahmed Mazouz, responsable de GM Trade (qui représente des marques chinoises de fabrication de camions) ont été placés sous les verrous.

Le chiffre a été ramené à la baisse depuis. Mais la demande demeure toujours importante pour un pays qui compte près de 8 millions de véhicules toutes catégories confondues.

Et pour ne rien arranger à la situation, le gouvernement a mis en exécution une menace vieille de plusieurs mois : les quotas d’importations des kits de montage accordés à chaque constructeur sont arrivés à leurs termes. La majorité des constructeurs ont épuisé ces stocks. L’objectif du gouvernement qui avait tablé sur l’assemblage de 200 000 véhicules – un plafond décidé pour limiter les dépenses en devises – a été largement atteint depuis juillet.

Résultat : des usines comme celle de Renault, située à Oran, va s’arrêter totalement en décembre – sans compression d’effectifs puisque les travailleurs seront envoyés en congé, selon les responsables du constructeur –, avant de reprendre en janvier, sur la base des quotas de 2020. « La demande est tellement importante que les quotas ont été largement consommés rapidement », commente le journaliste spécialisé Farid Belgacem. 

Cette demande croissante a maintenu les prix des véhicules à un niveau élevé, et les avantages fiscaux importants accordés par 

le gouvernement aux constructeurs n’ont pas réussi à faire baisser les tarifs. Pour Abderrahmane Achaïbou, ancien patron de Elsecom (KIA, Suzuki…) et ancien président de l’Association algérienne des constructeurs automobile, le niveau des prix s’explique en partie par « les exigences de sécurité » contenues dans le cahier des charges publié en 2015 : « un Airbag de plus peut faire augmenter le prix d’une voiture de 1 500 dollars. » 

Rehausser le taux d’intégration 

Pour tenter de secouer les constructeurs, le gouvernement a inscrit, dans la loi de Finances 2020, la possibilité pour les citoyens d’importer des véhicules d’occasion de moins de trois ans. Cette facilité, autrefois en vigueur, avait été supprimée pour donner plus de chances aux constructeurs locaux.

Mais pour la nouvelle version de la loi, les conditions sont davantage contraignantes. Ainsi, en plus de l’interdiction d’acheter des véhicules diesel, les Algériens devront importer uniquement des voitures qui ont roulé moins de 50 000 km. Ce qui, couplé aux taxes douanières, entraînera des prix encore plus élevés que ceux du marché. 

Pour ne pas pousser la filière vers la faillite, les autorités ont trouvé la parade. Elles veulent repousser l’exigence de porter le taux d’intégration à au moins 40 % au bout de la cinquième année d’activité. Le gouvernement va s’occuper lui-même d’attirer les sous-traitants et autres producteurs de pièces de rechange.

« Des équipementiers de tous les opérateurs vont signer des conventions de sous-traitance et de fabrication de pièces de rechange, permettant ainsi de remplir la condition du taux d’intégration nationale qui accuse jusque-là un retard », explique la ministre de l’Industrie. « Nous avons convenu de passer à la deuxième étape, en se penchant sur la question d’intégration nationale », explique Djamila Tamazirt qui a rappelé que le taux d’intégration exigé dans les cahiers des charges des entreprises d’assemblage était de 15 % à la troisième année et de 40 % à la cinquième année. 

L’offre entend suivre l’importante demande 

Cette donne ne décourage pas pour autant les constructeurs automobiles. Le français Peugeot s’apprête à ouvrir au premier trimestre 2020, près d’Oran, sa première usine de montage dans le pays.

Pour se distinguer des concurrentes, la marque au lion a promis de faire venir certains de ses sous-traitants européens. Le Japonais Suzuki lui, presse les autorités de lui accorder une autorisation afin de travailler en Algérie. La société a acquis un accord de principe en attendant de trouver un partenaire local. 

Le marché automobile algérien est l’un des plus importants d’Afrique. Il a besoin de près de 500 000 véhicules par an. En 2012 (année de référence et de l’apogée de la filière), l’Algérie avait importé plus de 450 000 véhicules pour un montant de 5,5 milliards de dollars.

Le chiffre a été ramené à la baisse depuis. Mais la demande demeure toujours importante pour un pays qui compte près de 8 millions de véhicules toutes catégories confondues.

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