Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Algérie : Des entreprises publiques endettées

Les grandes entreprises publiques algériennes totalisent 3 milliards d’euros de dettes. Qui s’ajoutent aux 8 milliards de rallonges budgétaires concédées par l’État pour réaliser les projets publics, rendant le Trésor exsangue.

Alger, Samia Lokmane-Khelil

L’Algérie bouillonne ces dernières semaines. Se joignant aux manifesta­tions populaires contre un cinquième mandat du président Bouteflika, des centaines de travailleurs des Entre­prises publiques économiques (EPE), ont observé des piquets de grève pour alerter contre un système de gestion qui menace leur gagne-pain.

Les sections syndicales de sociétés emblématiques, comme le géant des hydrocarbures Sonatrach, Sonelgaz, la SNVI (Société nationale des véhicules industriels) et le complexe sidérurgique d’El Hadjar (à l’est du pays), n’ont pas hésité à désobéir à leur direction, la puissante UGTA (Union nationale des travailleurs algériens), fidèle allié du pouvoir.

L’État injecte régulièrement des sommes colossales dans le renflouement des entreprises publiques et l’acquisition d’actifs productifs, y compris dans des secteurs qui ne représentent aucun intérêt économique et social, regrette le Think Tank Nabni.

Il est vrai que la colère gronde depuis des années, face aux nombreux plans de restructurations. Lesquels ont uniquement conduit à licencier des travailleurs et ne sont jamais parvenus à redresser la situation des compagnies ciblées.

Les EPE sont un peu plus d’un millier et emploient 400 000 salariés. En 2018, leur dette a atteint 3 milliards d’euros. Ce seuil a alerté les Conseil des participations de l’État (CPE), une entité gouvernementale chargée de l’organisation et de la gestion des EPE, qui évoque « une situation préoccupante ».

Selon certaines estimations, le niveau des impayés est tellement important dans certaines entre­prises qu’elles ne seront pas en mesure de rembourser leurs dettes… avant 100 ans !

Dans ce contexte, l’État a décidé d’agir en urgence. D’autant que le CPE a demandé aux différents ministères concernés d’ériger en priorité absolue la gestion de l’endettement et de superviser les actions envisagées dans ce domaine par les patrons des entreprises publiques.

Le CPE estime nécessaire de mettre en place, sous l’autorité des ministres, des dispositifs de suivi mensuels qui évalueront l’efficacité des mesures prises.

Se départir de l’influence politique

Pourtant, les observateurs s’accordent à dire que c’est plutôt l’interventionnisme intempestif de l’État qui empêche les entre­prises publiques de sortir la tête de l’eau et qui a causé le naufrage financier de certaines d’entre elles. Un rapport du Département d’État publié ces derniers mois sur le climat des affaires dans le monde souligne que les entreprises algériennes « sont généralement lourdement bureaucratiques et peuvent être soumises à une influence politique ».

Selon ce rapport, le rôle prépondérant de l’État s’exprime à travers la discrimination dans l’allocation des ressources et le choix des dirigeants «Les PDG des grandes entreprises telles que Sonatrach, la compagnie d’électricité et de gaz Sonelgaz et la compagnie aérienne Air Algérie relèvent directement des ministres. Les conseils d’administration sont nommés par l’État et l’attribution des sièges est considérée comme politique», relève le Département d’État.

Terrain glissant

Zoubir Benhamouche, membre de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique du Nord, partage cet avis. Il considère que l’État peut notamment « affecter le degré de concurrence en favorisant les entreprises politiquement connectées ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts