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Energie

Le gaz naturel africain intéresse – enfin – l’Europe

Le gaz naturel africain intéresse – enfin – l’Europe
  • PubliéApril 5, 2022

L’Europe et l’Afrique ont longtemps eu des divergences dans le domaine de l’industrie énergétique. Et si le spectre de l’inflation, celui de la pénurie, et celui de la dépendance à la Russie, venait remettre le gaz africain, ainsi que l’hydrogène vert, au centre du jeu ?

 

Par Aude Darc

Durant des années, l’Afrique et l’Europe ont eu une vision divergente de l’industrie énergétique. L’Europe se préoccupait, à juste raison, de la protection du climat, essayant de tendre vers des objectifs d’émissions nulles. À ce titre, elle exhortait et exhorte toujours les pays africains producteurs de pétrole et de gaz d’accélérer leur transition vers des sources d’énergie verte. Au détriment d’éventuels nouveaux projets gaziers.

De leur côté, les producteurs africains n’ont pas hésité à s’opposer aux groupes environnementaux, aux dirigeants et aux institutions financières européens, en particulier lorsqu’ils découragent le financement de nouveaux projets pétroliers africains. Les professionnels ont même appelé au boycott, en juillet 2021, des entreprises européennes qui ont coupé les investissements pétroliers et gaziers africains.

L’Afrique peut aider l’Europe à réduire sa dépendance à l’égard du gaz naturel russe et à produire l’hydrogène dont elle aura besoin pour réaliser ses ambitions pour le climat. Dans le même temps, l’Europe peut soutenir les objectifs de l’Afrique en faveur d’une transition énergétique équitable, à son rythme.

Comme on pouvait s’y attendre, « les pays africains ont été frustrés par l’ingérence de l’Europe », commente NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’Énergie. Les producteurs africains sont peu enclins à tourner le dos aux avantages que leurs ressources en combustibles fossiles à offrir, en particulier le gaz naturel. Réflexe naturel, quand on sait que le gaz naturel peut atténuer la pauvreté énergétique généralisée du continent. Cette ressource peut contribuer à fournir de l’électricité fiable à près de 600 millions de personnes qui en sont privées en Afrique subsaharienne et être monétisé pour créer les fonds dont l’Afrique aura besoin pour réussir sa transition énergétique.

À son tour, l’Europe est confrontée à une hausse des prix des matières première et à un faible approvisionnement en gaz naturel. La production des énergies renouvelables n’était pas en mesure de combler l’écart, et certains pays doivent recourir au charbon.

 

Dépendance européenne à la Russie

Aussi, les dirigeants européens commencent-ils à reconnaître que l’utilisation accrue du gaz naturel, qui émet le moins de dioxyde de carbone de tous les combustibles fossiles, était leur meilleure stratégie pour protéger durablement la sécurité énergétique de l’Europe à court terme. Début 2022, l’UE (Union européenne) a même déclaré que le gaz naturel – ainsi que l’énergie nucléaire –, pouvait être considéré comme une énergie verte, à condition d’émettre peu de dioxyde de carbone.

Les perspectives ont encore évolué après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Actuellement, l’UE dépend de la Russie pour 45 % de ses importations de gaz, qui ont totalisé environ 155 milliards de mètres cubes l’année en 2021. C’est pourquoi l’UE va émettre des propositions visant à éliminer progressivement sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes d’ici à 2027.

L’UE s’intéresse également au potentiel de l’Afrique pour la production d’hydrogène vert, c’est-à-dire d’hydrogène produit à partir de sources d’énergie renouvelables. Des pays comme l’Allemagne ont déjà déterminé qu’ils ne pouvaient pas produire seuls les grandes quantités d’hydrogène vert dont ils auront besoin pour atteindre leurs objectifs d’émissions nulles. Ils ont donc commencé à préparer le terrain pour des accords d’importation fructueux avec les producteurs africains en investissant dans les infrastructures et les programmes de renforcement des capacités africaines.

Fin mars, le ministre namibien des mines et de l’énergie, Tom Alweendo, et le ministre allemand des affaires économiques et de l’action pour le climat, Robert Habeck, ont signé une déclaration commune d’intention sur la coopération dans le domaine de l’hydrogène vert. La Namibie dispose d’un projet d’hydrogène vert qui a beaucoup progressé, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires. Emerging Energy Corporation, basée à Francfort, a signé un accord avec le gouvernement nigérien pour travailler sur l’hydrogène vert et réduire les émissions de carbone dans les champs pétrolifères, tout en cherchant des moyens d’acheminer le gaz et l’hydrogène vers l’Europe par des pipelines.

On le voit, l’Afrique a un rôle important à jouer pour répondre aux besoins énergétiques européens d’aujourd’hui et de demain. La question est de savoir si les dirigeants et les organisations européens peuvent se défaire de la dynamique qui a dicté leurs relations avec l’Afrique dans le passé et commencer à embrasser les nombreux avantages que le gaz naturel peut offrir aux deux continents ?

 

Une bonne décision commerciale

Si nous le faisons, juge NJ Ayuk, si les gouvernements et les entreprises européens commencent à augmenter leurs investissements dans les projets de gaz naturel africains, ils accéléreront le développement des infrastructures nécessaires pour que les pays africains commencent à exporter davantage de gaz et d’hydrogène vers l’Europe, libérant ainsi les pays de leur dépendance vis-à-vis de la Russie.

Qui plus est, les investissements européens ouvriront la voie à davantage de projets de conversion du gaz en électricité, susceptibles de réduire la pauvreté énergétique du continent. Ces investissements ouvriront la voie à des projets industriels utilisant le gaz comme matière première, tels que des usines de produits chimiques et d’engrais, qui permettront de diversifier les économies africaines. Ils favoriseront également la génération de revenus dont les pays africains auront besoin pour développer leur bouquet énergétique et préparer le terrain pour une transition énergétique réussie. C’est pourquoi, « investir dans le gaz africain est une bonne décision commerciale », juge le patron de la Chambre africaine de l’Énergie.

En Afrique, il est néanmoins nécessaire de fournir un environnement d’investissement positif. Des gouvernements africains comme le Nigeria, l’Ouganda et la Namibie s’y sont employés. D’autre part, rien que l’année dernière, d’importantes découvertes ont été faites en Afrique du Sud, en Namibie, au Gabon et au large de la Côte d’Ivoire, etc.

L’Europe dispose de solides opportunités d’investissement non seulement dans l’exploration et la production, mais aussi dans les infrastructures gazières. Les gouvernements, entreprises et organisations européens peuvent faciliter les importations de gaz naturel africain dans leurs pays en investissant dans les infrastructures gazières africaines, notamment les gazoducs, les terminaux d’exportation de GNL et les opérations logistiques maritimes. Des entreprises peuvent unir leurs forces, sans compter la création de partenariats public-privé, pour faire avancer ces projets d’infrastructure.

Place donc à un partenariat gagnant-gagnant ? L’Afrique peut aider l’Europe à réduire sa dépendance à l’égard du gaz naturel russe et à produire l’hydrogène dont elle aura besoin pour réaliser ses ambitions en matière d’émission zéro. Dans le même temps, l’Europe peut soutenir les objectifs de l’Afrique en faveur d’une transition énergétique équitable à notre propre rythme, qui lui permette d’utiliser ses ressources pétrolières et gazières pour mettre en place des infrastructures, des compétences et des technologies dans le domaine des énergies renouvelables. Une transition qui n’annulera pas les efforts pour réduire la pauvreté énergétique, promet NJ Ayuk.

@AudeDarc

Écrit par
Aude Darc

1 Commentaire

  • Le problème avec l’Europe (occident) et les entreprises européennes, c’est que quand il s’agit de l’Afrique, ils pensent qu’ils sont en terre conquise…ils s’imaginent que l’Afrique est leur garde manger. Ils ne viennent pas pour une coopération gagnant gagnant, mais pour s’approprier (par la force s’il le faut) les ressources africaines. Disons les choses telles qu’elles sont: quand les puissances européennes viennent en Afrique pour les matières premières, ça ressemble plutôt à un pillage qu’autre chose. L’Afrique n’en profite jamais, ils prennent les matières premières, vont les transformer chez eux ou en Asie…puis reviennent vendre les produits finis en Afrique. L’Afrique n’en tire aucun avantage, car les prix des matières premières c’est eux qui les fixent, et les africains n’y peuvent rien.
    Les jeunes africains restent sans travail car ils une construisent aucune usine de transformation sur le continent…et le peu d’argent qu’ils veulent payer à l’Afrique, sert à acheter des produits finis qui coûtent trop chers pour les africains, ou des armes: car pour que cet argent ne sert pas au développement du continent, ils s’arrangent pour déstabiliser les pays qui produisent ces matières premières, ce qui fait que les pays producteurs n’ont plus le choix, que de dépenser tout cet argent en armes pour se défendre. Armes fabriquées et vendues par qui? Je vous laisse deviner.
    Alors que la meilleure solution serait de transformer au moins une partie de ces matières premières en Afrique, pour donner du travail à la jeunesse africaine. Qu’ils transforment au moins 40% de toutes les matières premières africaines, en Afrique. Ils prennent l’Uranium…combien de pays africains ont-ils au moins une centrale nucléaire? Ils prennent le pétrole…combien de pays africains ont-ils de vraies raffineries? Ils prennent les diamants, combien de pays africains les taillent-ils sur leur sol? Ils prennent l’or, combien de pays en Afrique ont des raffineries d’or? Et c’est comme-ça pour toutes les ressources malheureusement. Aujourd’hui l’Afrique c’est 1.3 milliards d’habitants, en 2050 ça sera 3 milliards d’Africains…vous comprenez que ces magouilles occidentales ne peuvent plus durer.
    Ils prennent et ne donnent jamais rien en échange, si ce n’est que des promesses creuses.

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