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African Business

Élan brisé pour l’économie mondiale

Après le rebond de 2021, l’économie mondiale entre dans une phase de ralentissement prononcé, prévient la Banque mondiale. Qui prévoit un écart grandissant entre les économies avancées et les autres. L’Afrique subsaharienne poursuivra son redressement, non sans incertitudes.

Par Laurent Soucaille

Des Perspectives économiques mondiales publiées par la Banque mondiale (BM), on retient surtout les incertitudes qui prévalent aujourd’hui. Incertitudes sur un nouvel épisode pandémique, sur les possibilités des États à soutenir l’économie, sur la durée du regain d’inflation…

La pandémie, on le sait, a entravé les progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté et dans la réalisation des principaux objectifs de développement, en Afrique. Dans plus d’un tiers des pays, dont l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigeria, le revenu par habitant en 2022 restera inférieur au niveau d’il y a dix ans. 

Tandis que les pays riches retrouveront, malgré tout, leur niveau de production d’avant crise dès cette année, les économies émergentes et en développement devront patienter.  

Selon la BM, la croissance mondiale devrait néanmoins atteindre 4,1 % en 2022 et 3,2 % en 2023, contre 5,5 % en 2021.

La décélération de la demande des grandes économies, en particulier des États-Unis et de la Chine, devrait se fait sentir sur les économies en développement. De son côté, l’Afrique subsaharienne devrait poursuivre son redressement, à un rythme certes plus lent qu’en 2021, tandis que tout risque n’est pas écarté.

Alors que les gouvernements ne disposent pas d’une marge de manœuvre suffisante pour soutenir l’activité, des goulets d’étranglement persistants dans les chaînes d’approvisionnement et les pressions inflationnistes, ainsi que les fortes vulnérabilités financières dans une grande partie du monde sont autant de risque d’« atterrissage brutal ».

« Pour permettre à un plus grand nombre de pays de se placer sur une trajectoire de croissance favorable, il est indispensable de mener une action concertée au niveau international et de se doter d’un arsenal complet de mesures au niveau national », commente le président de la BM, David Malpass. La situation est particulièrement préoccupante pour les économies fragiles, celles touchées par un conflit, et les petits pays insulaires.

La BM estime la croissance l’Afrique subsaharienne à 3,5% en 2021, la région ayant bénéficié du rebond des cours des produits de base et de l’assouplissement des restrictions sociales.

Les trois pays moteurs que sont l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Angola affichent une croissance de 3,1%, selon les dernières estimations, revues à la hausse. Les revenus non-pétroliers ont tiré l’activité.

Léger surcroît de croissance en 2022

« La reprise demeure cependant fragile et insuffisante pour enrayer l’augmentation de la pauvreté », regrette la BM. Les services, le tourisme et le secteur manufacturier ont été particulièrement touchés par la pandémie, avec des pertes prolongées de revenus et d’emplois, tandis que l’inflation a freiné la reprise des dépenses de consommation.

La montée de l’agitation sociale, de l’insécurité et des conflits internes, notamment dans la région du Sahel et en Éthiopie, a entravé les dépenses d’investissement. Tandis que l’augmentation de la dette publique et la perte de recettes budgétaires ont encore réduit la marge de manœuvre pour soutenir la reprise.

La croissance en Afrique subsaharienne devrait se poursuivre, pour s’établir à 3,6 % en 2022 et 3,8 % en 2023. Un moindre mal face au ralentissement mondial, donc, bien que ces prévisions représentent près d’un point de pourcentage de moins que la moyenne enregistrée sur la période 2000-2019.

Le niveau élevé des prix des produits de base devrait favoriser la reprise à court terme.

Les prix élevés du coton et des denrées alimentaires comme le café bénéficieront aux exportateurs de produits agricoles (Éthiopie, Kenya et Tanzanie). Dans certains pays, cependant, l’expansion des activités agricoles sera limitée par des incertitudes diverses, notamment des périodes de sécheresse et des précipitations inférieures à la moyenne, ainsi que l’intensification des conflits.

Croissances modestes au Maghreb

La pandémie, on le sait, a entravé les progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté et dans la réalisation des principaux objectifs de développement, en Afrique.

Dans plus d’un tiers des pays, dont l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigeria, le revenu par habitant en 2022 restera inférieur au niveau d’il y a dix ans, prévient la Banque mondiale. 

L’institution se montre plus sereine concernant la région MENA, prévoyant une accélération de la croissance en 2022, à 4,4%, avant une hausse de la production limitée à 3,4% l’an prochain.

La hausse des cours du pétrole et du gaz naturel et l’augmentation de la production devraient bénéficier aux exportateurs d’énergie.

Au Maroc, en revanche, l’économie devrait rebondir de seulement 3,2 % en 2022, taux inférieur à celui prévu en juin 2021, en raison du ralentissement de la production agricole – il est vrai exceptionnelle en 2021.

La BM prévient : « La multiplication des catastrophes naturelles liées au changement climatique compromet l’existence et les moyens de subsistance des populations de la région. »

Au fil du temps, la hausse des températures réduirait les surfaces cultivées, les rendements agricoles et les ressources en eau déjà limitées, ce qui pourrait compromettre la sécurité alimentaire, entraîner des déplacements de population, réduire la productivité du travail et accroître les risques de conflit.

@LS

 

2020

2021e

2022p

2023p

Bénin

3,8

6,0

6,5

6,5

Burkina Faso

1,9

6,7

5,6

5,3

République centrafricaine

0,8

-0,8

3,5

4,5

Cap-Vert

-14,8

4,0

5,2

6,1

Cameroun

0,7

3,4

4,0

4,4

Tchad

-0,9

0,9

1,8

2,9

Comores

-0,1

1,3

3,2

2,9

RD Congo

1,7

3,6

4,8

5,1

Congo-Brazzaville

-7,9

-1,2

3,2

3,0

Côte d’Ivoire

2,0

6,2

6,5

6,4

Gabon

-1,8

1,5

2,8

3,0

Guinée

7,1

5,2

6,1

5,9

Madagascar

-6,2

1,8

5,4

5,1

Mali

-1,6

4,0

5,2

5,0

Mauritanie

-1,8

2,7

4,1

6,4

Maurice

-14,9

5,1

6,6

4,2

Algérie

-5,1

4,1

2,0

1,5

Maroc

-6,3

5,3

3,2

3,5

Tunisie

-9,2

2,9

3,5

3,3

Djibouti

0,5

5,1

4,3

5,5

(e : estimé ; p : prévisions ; source : Banque mondiale).

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