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Économies en croissance et des risques politiques

Économies en croissance et des risques politiques
  • Publiéjanvier 5, 2024

Certes, les incertitudes relatives à la dette publique, aux tensions inflationnistes, ne sont pas levées, mais les pays africains pourront y faire face, en 2024. En revanche, tandis que le calendrier électoral est chargé, les risques de troubles politiques resteront forts.

 

Après l’Asie, propulsée par la Chine et l’Inde, l’Afrique sera le deuxième continent à enregistrer la croissance la plus forte, pronostiquent les experts réunis par Economist Intelligence.

Presque tous les pays africains afficheront une croissance, à l’exception du Soudan et de la Guinée équatoriale. Et douze des vingt économies mondiales à la croissance la plus rapide en 2024 se trouveront en Afrique. Globalement, le PIB réel africain devrait croître de 3,2 % en 2024, contre 2,6 % en 2023.

En matière de tourisme, certaines parties de l’Afrique devraient figurer parmi les points à la croissance la plus rapide au monde en 2024, en particulier l’Afrique du Nord.

La partie la plus dynamique du continent sera l’Afrique de l’Est (dont la RD Congo), soutenue en particulier par l’essor du secteur tertiaire. En effet, les économistes attendent la résurgence des voyages, du tourisme et de l’hôtellerie, la résilience des transports et de la logistique, ainsi que le dynamisme des industries financières et des télécommunications.

Les économies à forte intensité de ressources et les principaux exportateurs de produits de base continueront à bien se porter compte tenu de la concurrence intense et des prix élevés des hydrocarbures, de la production du secteur minier et des produits agricoles de l’Afrique. Des investissements substantiels continueront d’affluer dans les entreprises africaines du secteur de l’énergie, ainsi que dans les minéraux et les métaux qui sont essentiels à la transition énergétique mondiale et à la transformation numérique.

En revanche, la situation ne devrait guère s’améliorer pour les pays du Sahel. Dans ce que l’on appelle désormais « la ceinture du coup d’État en Afrique », les conflits armés continueront à déstabiliser l’économie et à déplacer les populations à l’intérieur de ces pays et au-delà des frontières.

Les perspectives sécuritaires sont sombres pour le Sahel en 2024. Le Mali, le Burkina Faso et le Tchad doivent organiser des élections présidentielles en 2024, qui viendront s’ajouter à l’instabilité politique, aux revendications sociales et aux conflits armés.

 

Une gouvernance plus difficile

« Si les élections ont lieu, les candidats à la présidence soutenus par les juntes militaires s’avéreront difficiles à déloger dans les urnes, car ils maintiennent une emprise ferme sur les institutions de l’État et répriment tout opposant politique sérieux. »

Les coups d’État depuis 2019 (en rouge, réussis ; en bleu : avortés).
Les coups d’État depuis 2019 (en rouge, réussis ; en bleu : avortés).

 

De nombreux pays africains organiseront des élections présidentielles et législatives en 2024, notamment l’Algérie, la Tunisie et l’Afrique du Sud. Selon les experts du groupe The Economist, « les régimes en place devraient l’emporter dans la plupart des élections, mais il existe un risque accru de réduction des majorités parlementaires et de conditions de gouvernance beaucoup plus difficiles ». Dans certains pays, le sentiment d’opposition et le mécontentement généralisé à l’égard des performances des gouvernements actuels entraîneront un transfert du pouvoir à l’opposition. Il subsiste aussi le risque de tensions post-électorales dans les pays qui ont voté fin 2023, telle la RD Congo.

En Afrique du Sud, l’ANC de Cyril Ramaphosa devrait emporter les élections législatives, mais avec une faible marge. Et « il est fort possible que le parti ne parvienne pas à atteindre la barre des 50 % nécessaire pour obtenir la majorité ». Ce qui suppose la recherche d’alliance avec des petits partis. L’alternance est envisageable au Ghana.

En Tunisie, « la répression autoritaire en cours verra le président sortant remporter une élection présidentielle soigneusement gérée en 2024, ce qui provoquera de nouveaux troubles civils », redoutent les analystes.

Au plan financier, les pays d’Afrique ressentiront les pressions créées par « une dette excessive et un lourd fardeau de remboursement de la dette », ce qui pèsera sur la croissance économique et la stabilité dans certains pays.

Divers facteurs ont mis en évidence les faiblesses de la dette africaine en 2023, et les risques sont susceptibles d’augmenter en 2024 en l’absence d’une restructuration de la dette extérieure. Par exemple, le Kenya doit faire face à une échéance (le 24 juin) de remboursement d’une euro-obligation de 2 milliards de dollars en un seul versement, en plus d’autres engagements liés au service de la dette. Cette échéance « suscite de légitimes inquiétudes mais n’est pas ingérable », nuancent les experts.

 

Une inflation moins pesante

Du côté de la Zambie, après son accord sur la dette, le pays pourrait parvenir à « une résolution complète » avec ses créanciers extérieurs d’ici début 2024, plus de trois ans après être entré en défaut de paiement. D’ailleurs, « la lenteur des négociations fait de l’expérience de la Zambie un exemple à suivre pour d’autres pays, en particulier ceux qui sont lourdement endettés auprès de la Chine ». En effet, les pays hésiteront à se lancer dans une restructuration de la dette à moins que cela ne soit absolument nécessaire. Des négociations pourraient concerner certains pays, mais les prêteurs officiels chinois seront peu enclins à accepter une décote sur leurs actifs financiers ou à accepter des remises de dettes qui rendent le défaut de paiement et la prise de risques excessifs plus attrayants. À moins que la realpolitik ne l’emporte.

Taux de croissance (arrondis) attendus en 2024.
Taux de croissance (arrondis) attendus en 2024.

 

D’autre part, les économistes s’attendent à un ralentissement des pressions inflationnistes un peu partout en Afrique, « un soulagement bienvenu pour les décideurs politiques et les ménages ». Toutefois, l’inflation restera élevée tout au long de l’année et restera un sujet de préoccupation pour quelques pays, dont le Nigeria et la RD Congo. C’est pourquoi les monnaies africaines devraient continuer de souffrir face au dollar, dans une proportion moindre qu’en 2023.

Au Nigeria, par exemple, « une politique monétaire peu favorable implique que le naira restera sous pression, tandis que la Banque centrale manque de puissance de feu pour approvisionner adéquatement le marché ou résorber un arriéré de commandes de devises ». De leur côté, les pays des zones CFA pourraient bénéficier d’une meilleure performance de l’euro face au dollar.

 

L’Afrique redevient une belle destination touristique

Enfin, les économistes signalent « cinq secteurs clés aux perspectives prometteuses ».

Ainsi, la construction continuera-t-elle de bénéficier d’un grand nombre de projets en cours et prévus dans le secteur de l’énergie, de l’expansion des infrastructures de transport de la région et de nouveaux investissements dans des projets d’électrification. Les transports et la logistique bénéficieront d’une demande intérieure relativement optimiste sur certains marchés clés, du rôle croissant des chaînes d’approvisionnement régionales et de la bonne tenue des échanges import-export entre l’Afrique et ses principaux partenaires étrangers.

En matière de tourisme, certaines parties de l’Afrique devraient figurer parmi les points à la croissance la plus rapide au monde en 2024, en particulier l’Afrique du Nord. Les investissements, l’amélioration de la connectivité internationale et la forte demande de destinations africaines sur les marchés établis et émergents soutiendront l’activité touristique.

La bonne dynamique des industries extractives, y compris hydrocarbures et les énergies renouvelables, se poursuivra cette année.

En outre, le secteur des nouvelles technologues continuera d’être « dynamique et innovant » et de bénéficier d’une diffusion rapide des technologies auprès des ménages, des entreprises et des administrations publiques. Ce que de nouveaux investissements de la part de grandes entreprises internationales viendront confirmer.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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