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African Business

Vers une riposte contre la pêche illicite

Sept pays ouest-africains se concertent pour parvenir à une réponse commune au fléau de la pêche illicite. Tensions entre pêcheurs, surexploitation des ressources halieutiques, insécurité alimentaire… l’enjeu impose de dépasser le chacun pour soi.

Par Marie-Anne Lubin

La pêche illicite coûterait 1,9 milliard d’euros, chaque année, aux pays d’Afrique de l’Ouest. Réunis à l’initiative du Comité sous-régional des pêches (CRSP), les représentants de sept pays côtiers, Sierra Leone, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau, le Cap-Vert, la Mauritanie, la Gambie et le Sénégal, ont convenu de s’attaquer ensemble à ce fléau. Reste à décider de mesures concrètes et concertées.  

En effet, il semble nécessaire de consentir « un effort commun de gestion, de surveillance, et une synergie des moyens afin de préserver les intérêts de nos États », résume Dy Ould Zein, ministre mauritanien de la Pêche et de l’économie maritime.

Lorsque des navires industriels s’aventurent dans des eaux réservées à la pêche artisanale, leurs opérations deviennent illégales. En Afrique, l’ampleur de ces opérations entraîne de graves problèmes économiques, de sécurité alimentaire et de sécurité maritime.

Selon les chiffres du CRSP, un millier de bâtiments de pêche industrielle, et entre 40 000 et 50 000 pirogues naviguent dans les mers d’Afrique de l’Ouest ; leur activité entraîne une surexploitation de 30% des réserves halieutiques.

En présentant le rapport du CRSP sur la pêche illégale, Mamadou Ndiaye, chef de la direction de la protection et de la surveillance des pêches au Sénégal, et lui-même capitaine de vaisseau, a précisé que 57% des stocks halieutiques d’Afrique de l’Ouest étaient pleinement exploités.

Cette situation était favorisée, jusqu’à présent, par le manque de coordination des États africains dans leur politique de surveillance, de droits et de quotas. « Tous les partenaires qui viennent veulent négocier séparément avec nos États, et cela ne nous arrange pas forcément, reconnaît le ministre gambien de la Pêche, James Gomez, qui veut faire en sorte de parler d’une seule voix avec tous les négociateurs. »

Le ministre « se réjouit » d’avoir pu rencontrer ses collègues, notamment ceux du Sénégal et de la Mauritanie, afin d’échanger sur la démarche à adopter. « Avec les échanges, je suis sûr que nous allons trouver une formule qui nous satisfera tous. »

Avis partagé par son homologue sénégalais Alioune Ndoye, selon qui les sept pays trouveront « une vision commune pour une meilleure gestion de la ressource et un bon contrôle de gestion ».

Des contrôles portuaires plus performants

Dans l’arsenal de lutte contre la pêche illicite, l’utilisation des nouvelles technologies figure en bonne place. Précisément, les pays ouest-africains s’associent avec des ONG comme Global Fishing Watch et Trygg Mat Tracking dans un projet pilote, mené dans le Golfe de Guinée, visant à fournir des données de suivi par satellite.

La collecte de ces données se double d’un appui analytique et de la formation des autorités compétentes pour les interpréter. Avec de nouveaux outils, les autorités maritimes – tout se joue dans les ports –, serait en mesure d’évaluer la non-conformité du parcours suivi par un navire de pêche. Elle pourrait ainsi mieux cibler ses interventions sur le terrain.

Des contrôles portuaires plus performants « garantissent que les captures illégales n’arrivent sur aucun marché, réduisant ainsi les bénéfices que des opérateurs peuvent tirer de la pêche illégale », explique Duncan Copeland, directeur exécutif de Trygg Tracking.

Au cours de la réunion de Dakar, les ONG ont présenté un nouvel outil, Vessel Viewer, qui permet aux utilisateurs de recueillir et recouper des informations pertinentes, manquantes ou fausses sur un navire et ses opérations de pêches, aidant par là même, la prise de décision des autorités.

Un enjeu crucial

La pêche artisanale est essentielle à la durabilité des communautés côtières ; elle fournit des moyens de subsistance et des revenus, assurant la sécurité alimentaire. Cependant, leur zone géographique d’opération chevauche celle de la pêche industrielle, augmentant la compétition pour la ressource, les risques de collision avec les navires et les conflits, tout en mettant en péril la durabilité des stocks de poissons.

Lorsque des navires industriels s’aventurent dans des eaux réservées à la pêche artisanale, leurs opérations deviennent illégales. En Afrique, l’ampleur de ces opérations, au-delà de leurs implications juridiques, entraîne de graves problèmes économiques, de sécurité alimentaire et de sécurité maritime.

Les flottes industrielles passent 3 % à 6 % de leur temps à pêcher dans les zones côtières réservées à la pêche à petite échelle, du total 4,2 millions d’heures de pêche industrielle dans les zones économiques exclusives des pays africains. C’est le constat d’une étude publiée en mars 2020 par la revue Fish and Fisheries. Laquelle évaluait l’effort de pêche total par cette forme d’opérations de pêche illégale à 166 millions de kWh au moins sur 4,9 milliards de kWh au total consacrée à cette activité.

@Malu

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