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African Business

Une lente reprise attendue en Tunisie

Après la récession de 2020, l’OCDE s’attend à une faible reprise économique, ces deux prochaines années. Le pays ne manque pas d’atouts, mais tandis que tout risque sanitaire n’est pas écarté, les lourdeurs étatiques et fiscales grèvent le dynamisme.

Par Laurent Soucaille

Selon l’OCDE, la croissance de la Tunisie devrait avoisiner 3-3,25% en 2021 et en 2022. Les prévisionnistes rappellent que l’économie avait enregistré un solide rebond au troisième trimestre 2020, mais le durcissement des mesures d’endiguement de l’épidémie, – qui ne devraient pas être assouplies avant l’automne –, a affecté les secteurs de services à forte intensité de main-d’œuvre.

La suppression de certaines exonérations d’impôts, un meilleur respect des obligations fiscales et une fiscalité sur la propriété immobilière pourraient permettre de lever davantage de recettes fiscales, dans des conditions de plus grande équité, recommandent les économistes du château de la Muette.

Encore quelque temps, poursuit l’analyse, l’ampleur du chômage pèsera sur les revenus des ménages, freinant la consommation privée. Tandis que la confiance des investisseurs reste faible en l’absence de réformes structurelles et des incertitudes entourant le financement de l’imposant déficit budgétaire. L’amélioration de la situation sanitaire chez les principaux partenaires commerciaux de la Tunisie stimulera les exportations, mais la persistance des risques sanitaires dans le pays continuera à peser sur l’activité touristique.

La politique monétaire devrait rester accommodante face à une inflation modérée, du moins en 2021. Une meilleure efficience des dépenses publiques assurerait une marge de manœuvre budgétaire et un soutien mieux ciblé à destination des ménages fragiles et des investissements publics dans les infrastructures, l’éducation et la santé, recommande l’OCDE.

« Alléger le fardeau administratif qui pèse sur l’entrée des entreprises sur le marché et sur leur croissance, et réduire les barrières commerciales pour les entreprises nationales renforceraient la concurrence et l’innovation, et stimuleraient l’investissement et la création d’emplois formels. »

La Tunisie a quelques atouts : grâce au dynamisme de la demande extérieure, notamment d’équipements électriques et de matériel TIC ainsi que de produits pharmaceutiques et médicaux, la production industrielle a renoué avec ses niveaux d’avant la crise. L’exploitation pétrolière et gazière, ainsi que l’activité minière, ont redémarré.

Un chômage toujours élevé

Toutefois, la nécessité de concentrer les efforts sur l’efficience de la dépense publique et du système fiscal laissera peu de marge de manœuvre pour une relance budgétaire. C’est pourquoi la reprise sera lente : un déploiement poussif de la vaccination et les restrictions de déplacement vont brider l’activité dans les secteurs de services à forte intensité de main-d’œuvre. Les faillites d’entreprises, au fur et à mesure de la suppression des aides, vont maintenir le chômage à un niveau élevé et affaiblir la demande des ménages.

Néanmoins, les grandes réformes structurelles devraient progresser du fait du dialogue amorcé avec les partenaires sociaux, tandis que la confiance des investisseurs devrait se redresser graduellement. Une amélioration de la situation sanitaire chez les principaux partenaires commerciaux de la Tunisie soutiendra les exportations de biens et de services au second semestre.

Étant donné les besoins de financement, estimés à quelque 18% du PIB, un plan à moyen terme crédible de réduction du déficit budgétaire, ainsi que des progrès dans le domaine des réformes structurelles, ont une importance fondamentale pour éviter toute nouvelle détérioration de la confiance des investisseurs et pour permettre aux bailleurs de fonds multilatéraux d’aider le pays à refinancer une dette publique élevée.

Demeure un risque, celui d’une hausse des taux d’intérêt dans le monde, qui pourrait déclencher des sorties de capitaux et une dépréciation du dinar, accentuant le risque d’un défaut de remboursement de la dette souveraine et d’une crise financière. En effet, la dette en devises du secteur public comme du secteur privé est importante, même si une part non négligeable est détenue par les banques tunisiennes.

Des verrous à supprimer

Les réformes structurelles sont la clé de la stabilité macroéconomique. « Il est crucial, pour réduire les déséquilibres macroéconomiques et les risques qu’ils entraînent, que le dialogue national soit à la hauteur en matière de réformes structurelles. » Toute amélioration de l’efficience de la dépense publique devrait passer par une réforme de l’emploi public et des entreprises publiques, et par un redéploiement des ressources vers les investissements nécessaires dans l’éducation, la santé et les infrastructures.

La suppression de certaines exonérations d’impôts, un meilleur respect des obligations fiscales et une fiscalité sur la propriété immobilière pourraient permettre de lever davantage de recettes fiscales, dans des conditions de plus grande équité. Le remplacement progressif de subventions énergétiques, régressives et inefficaces, par un soutien ciblé des revenus en faveur des ménages vulnérables, permettrait d’atténuer l’impact négatif de l’ajustement budgétaire.

Enfin, la suppression de certains obstacles administratifs à la création et au développement des entreprises, le renforcement de l’application du droit de la concurrence, la levée de certains obstacles aux échanges et de meilleures infrastructures portuaires dynamiseraient l’investissement et la création d’emplois dans le secteur formel.

LS

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