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African Business

Report de dettes pour le Cameroun

Le Japon vient d’accorder un délai au Cameroun pour rembourser la dette du pays à son égard. Une initiative salutaire, qui en appelle d’autres, de la part de la France probablement, et pourquoi pas de la Chine. Ce, alors que la dette du pays inquiète.

Par Marie-Anne Lubin

Une bouffée d’oxygène pour le Cameroun ? Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, et l’ambassadeur du Japon, Ossawa Tsutomu, ont procédé le 23 mars 2021 à un échange de notes accordant un moratoire d’un an au Cameroun pour le remboursement de sa dette, initialement prévu pour juin 2020.

La dette globale du pays atteindrait 10 164 milliards de F.CFA (15,49 milliards d’euros) à la date du 30 septembre 2020. Voilà qui fait dire à la BAD que le Cameroun apparaît sur la liste des pays « actuellement en situation de surendettement ou jugés à haut risque de surendettement ».

Le Japon n’attend donc pas un éventuel prolongement de l’initiative de suspension du service de la dette prônée par les pays membres du G20. « En signant cet échange de notes, le Japon a accordé au Cameroun une suspension du service de la dette d’un montant de 91 506 204 de yen, soit environ 460 millions de F.CFA, que le Trésor camerounais a dû rembourser au profit de JICA dans le cadre de prêts concessionnels accordés par cette institution », explique le ministère des Finances. Le Cameroun procédera au remboursement formel à partir de juin 2021. La JICA est l’Agence de coopération japonaise.

Selon Louis Paul Motaze, les documents en cours de préparation devront permettre un moratoire additionnel sur environ 500 millions de F.CFA correspondant au service de la dette qui aurait dû être réglée à la Jica au cours du premier semestre de cette année 2021.

Cette dette sera maintenant réglée au premier semestre de 2022. Le ministère y voit là « un soulagement » pour les finances publiques et un coup de pouce bienvenu. En effet, le Cameroun s’est engagé à utiliser les fonds dégagés par cette initiative pour augmenter les dépenses visant à atténuer les impacts sanitaires, économiques et sociaux de la Covid-19.

Des conditions strictes

La Chine et sept pays membres du Club de Paris (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Japon, Corée et Suisse), un groupe de créanciers bilatéraux, ont accordé au Cameroun le droit de suspendre le service de sa dette pour un montant de près de 100 milliards de F.CFA.

Dernière minute : Tarifs bancaires : Louis-Paul Motaze hausse le ton  

Le ministre des Finances menace de sanctionner les établissements bancaires et de microfinance qui prélèvent des commissions indues lors du paiement des impôts à leurs guichets. Selon le Code général des impôts, ces frais doivent être compris entre 500 F.CFA et 10 000 F.CFA. 

Louis-Motaze invite au respect du Code ; le ministre donne suite à une requête de l’Association camerounaise pour la défense des droits des contribuables (ACDC). « L’impôt est un prélèvement obligatoire en même temps que les cotisations de la Caisse nationale de prévoyance sociale. Le paiement des frais au guichet des banques se fait sans commission et nous demandons que ce soit le cas pour le paiement des impôts. Que ce soit par virement, au guichet ou par mobile taxes », mentionnait l’ACDC.

Néanmoins, cette initiative s’accompagne de conditions strictes, telles que l’obligation de « divulguer toutes les obligations financières du secteur public » et de « n’encourir aucune nouvelle dette non concessionnelle pendant la période de suspension », en dehors du cadre fixé par le FMI et la Banque mondiale sur les prêts non concessionnels.

Le Cameroun négocie également actuellement un moratoire avec la France. Ce qu’a révélé l’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou. Le diplomate assistait à la 14e session du comité d’orientation et de suivi du C2D, initiative bilatérale de remise de dette vis-à-vis du gouvernement français, dont bénéficie le Cameroun depuis 2006.

Dilemme

« Nous le savons, cette crise sanitaire et économique majeure n’est pas derrière nous. Pour y faire face, le Cameroun a demandé à bénéficier de l’Initiative de suspension du service de la dette. La France, en tant que membre du Club de Paris et du G20, a accédé à cette requête, et un accord entre nos deux pays relatifs à la suspension temporaire des échéances de 2020 a été récemment signé. Les discussions se poursuivent concernant les échéances de 2021. » Au cours de la période allant du 1er mai au 31 décembre 2020, par exemple, la charge de la dette envers la France s’élevait à 72,6 milliards de F.CFA (110,7 millions d’euros). Ce montant est enregistré en moins-value dans le compte C2D.

Dès lors, le Cameroun peut espérer une charge atténuée d’au moins 145 milliards de F.CFA (221 millions d’euros) en deux ans, calcule le magazine Investir au Cameroun. Qui ne cache pas le dilemme : si cette facilité permet d’atténuer la pression sur la trésorerie de l’État, elle affecte la bonne exécution des programmes et projets financés par les fonds issus du C2D.

Le ministre Motaze ne cache pas que s’il veut investir pour préparer l’avenir, le Cameroun devra s’endetter de nouveau. Sa tâche ici est de parvenir à des arbitrages qui permettent un financement du C2D sans trop alourdir le poids de la dette. Des décisions sur ce point sont à attendre « avant la fin du premier semestre », pronostique l’ambassadeur francais.

Divers organismes internationaux, dont la Banque africaine de développement dans son rapport annuel sur les perspectives de l’Afrique, s’alarment de la situation de la dette du Cameroun. La dette globale du pays atteindrait 10 164 milliards de F.CFA (15,49 milliards d’euros) à la date du 30 septembre 2020. Soit près de 46% du PIB. À elle seule, la Chine détiendrait 61,3% de la dette bilatérale du Cameroun, soit 27,4% de la dette totale du pays. Voilà qui fait dire à la BAD que le Cameroun apparaît sur la liste des pays « actuellement en situation de surendettement ou jugés à haut risque de surendettement ».

Et tandis que nous parlons ici de repousser les dettes bilatérales ou concessionnelles, se profile déjà la perspective pour le Cameroun, à décembre 2023, de devoir procéder au premier versement de 150 milliards de F.CFA pour honorer les échéances de remboursement de son obligation émise en 2015 sur les marchés financiers. Si les taux d’intérêt le permettent, un refinancement pourrait, là aussi, alléger la facture.

ML

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