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African Business

Nairobi évitera la récession en 2020

En dépit de son endettement le redressement économique du Kenya s’annonce plus rapide que prévu. Ce dont le FMI devrait tenir compte dans son rapport sur l’économie mondiale attendu en octobre.

Par Marie-Anne Lubin

Inédit ces derniers temps, le fait mérite d’être signalé. Le FMI (Fonds monétaire international) annonce son intention de revoir en hausse ses estimations de PIB pour le Kenya.

Bien sûr, la principale économie d’Afrique de l’Est a, elle aussi, été touchée par la pandémie de Covid-19, qui n’a pas épargné ses principales sources de revenu. Néanmoins, ce changement de perspective est motivé par une amélioration sensible de divers indicateurs économiques. L’institution juge désormais que sa prévision d’une récession de 0,3% est trop pessimiste. Ce pronostic ne datait pourtant que de juin dernier.

Le Kenya affiche un endettement supérieur à 60% de son PIB, sans même financer toutes les infrastructures souhaitées. Le pays s’est doté de règles budgétaires qui lui permettraient d’atteindre une dette supérieure à 100% du PIB, faisant fi des recommandations du FMI.

Tobias Rasmussen, représentant résident du FMI pour le Kenya, a confirmé ce meilleur sentiment vis-à-vis du Kenya lors d’une conférence virtuelle des investisseurs, organisée par Renaissance Capital. Le FMI publiera un rapport mis à jour sur les perspectives économiques dans le monde en octobre, a-t-il confirmé à cette occasion, rapporte l’agence Bloomberg.

« Nous avons constaté une reprise de la plupart des indicateurs d’activité », a déclaré Tobias Rasmussen. « En regardant les chiffres provenant du Kenya, il est juste de dire que les niveaux atteints ici ont jusqu’à présent été meilleurs que ce à quoi nous nous attendions au FMI. »

Une industrie retient l’attention, celle des fleurs. En effet, le Kenya est le plus grand exportateur de fleurs vers l’Europe. Contre toute attente, ses recettes d’exportation augmentent depuis juillet, tout comme celles du thé et des fruits par rapport à l’année dernière.

De son côté, le bureau parlementaire du Budget a également révisé ses perspectives de croissance (entre 1% et 2%) par rapport à une prévision antérieure de -1,5% à 1% en avril 2020, citant des exportations agricoles meilleures que prévu.

De son côté, Renaissance Capital prévoit une croissance de l’économie kényane de 1,5% en 2020 grâce à des rendements agricoles supérieurs après de bonnes pluies, selon Yvonne Mhango, économiste pour la banque d’investissement.

Une dette attractive mais élevée

L’économie du Kenya reste résiliente en raison de sa diversification et de sa faible dépendance aux ressources naturelles pour l’exportation, a déclaré Sheila M’Mbijjewe, vice-gouverneure de la Banque centrale du Kenya (BCK), lors de ce webinaire.

Elle a précisé que le Kenya a collecté 47% de son objectif d’emprunt intérieur au cours des premiers mois de l’été. L’objectif de financement intérieur net du Kenya pour 2020-2021 est de 493,4 milliards de shillings (3,84 milliards d’euros), soit 4,4% du PIB.

Selon Charles Robertson, économiste en chef mondial chez Renaissance Capital, les marchés émergents et frontaliers, comme le Kenya, pourraient bénéficier d’emprunts moins chers, car les fonds d’investissement recherchent des rendements sur ces marchés.

Reste que la dette demeure un sujet de préoccupation, et qui sait, constituera peut-être un sujet de fâcherie avec le FMI. La dette publique du Kenya a grimpé de 410 milliards de shillings kényans (environ 3,2 milliards d’euros) durant la période avril-juin pour atteindre 6 600 milliards de shillings (environ 51,4 milliards d’euros), contre 6 200 milliards de shillings trois mois auparavant, selon les données de la Banque centrale.

Il s’agit de l’une des accumulations de dette publique les plus rapides encaissées par l’administration du Jubilee, le parti au pouvoir. Cela se traduit par environ 136 milliards de shillings par mois ou 4,5 milliards de shillings par jour, précise la BCK.

Le pays est désormais proche de 7 000 milliards de shillings de dette (environ 54,5 milliards d’euros).

En octobre 2019, le Parlement kényan avait approuvé une proposition du gouvernement visant à définir le seuil d’endettement maximal en valeur absolue, et non plus en comparaison au PIB.

La dette publique ne devait en effet pas excéder les 50% du PIB, un seuil recommandé par le FMI comme « soutenable ». Or, le Kenya a depuis dépassé ce niveau et sa dette se retrouve désormais à plus de 60% du PIB, sans même parvenir à financer toutes les infrastructures souhaitées. Cette proposition fait débat, car le nouveau seuil d’endettement proposé, qui est de 9 000 milliards de shillings, représente plus de 100% du PIB actuel, loin du seuil à ne pas dépasser de 72% estimé par le FMI.

ML

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