Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Maroc : Un retour au solde ordinaire positif en 2022

La règle d’or au Maroc qui veut que les recettes ordinaires ne financent pas la dette ne sera pas respectée en 2021, pas plus qu’en 2020. Son retour est envisageable à horizon 2022-2023, jugent les analystes d’Attijari Global Research.

Par Laurent Soucaille

Pour la première fois depuis 2013, la loi de finances rectificative du Maroc envisage un déficit de son solde ordinaire, de l’ordre de 15 milliards de dirhams (1,39 milliard d’euros), pour 2020. Ce poste représente grosso modo, les dépenses d’administrations, avant les amortissements et les nouveaux investissements.

« Dans la perspective d’une dissipation proche de la crise sanitaire, et d’une reprise de la croissance économique en 2021, il est légitime de s’interroger sur la capacité du Trésor de renouer avec un solde ordinaire excédentaire, indicateur clé d’une situation saine pour les finances publiques », commente une note d’Attijari Global Resaerch. Laquelle conclut qu’un retour à la situation pré-Covid est envisageable à horizon 2022-2023, ce qui permettra au Maroc de recourir à la dette à des fins d’investissements, et non pour rembourser les dépenses urgentes.

Une reprise économique contribuerait à une progression des recettes de monopoles et présenterait les conditions nécessaires à la relance du programme de privatisations. Un facteur favorable aux recettes non fiscales.

Selon l’examen des analystes, la progression des recettes fiscales du Maroc n’est alimentée que marginalement par la croissance économique ou encore par l’élargissement de l’assiette. Les recettes fiscales ont augmenté de 2,7% l’an, en moyenne, entre 2012 et 2109, contre une croissance moyenne de 3,3% du PIB. De leur côté, les recettes non fiscales, irrégulières, soutiennent les revenus ; il s’agit des recettes des privatisations et des revenus des monopoles.

De fait, ce solde ordinaire a surtout bénéficié, depuis 2014, de la réforme de la caisse de compensation. C’est pourquoi « cet équilibre n’a finalement que peu résisté à une situation de choc ». Dans ce contexte, le redressement du solde ordinaire relève davantage d’un besoin de rehaussement des recettes plutôt que d’économies sur les coûts. En effet, la structure des dépenses présente peu de marge de manœuvre.

Néanmoins, ces dernières années, le solde ordinaire était positif. Cette exigence reflète l’engagement du Trésor à consacrer le financement par la dette à l’investissement et non à la couverture des dépenses ordinaires.

Un effet de ciseaux

L’ampleur sanitaire du choc Covid-19 combinée à la volonté d’ériger la santé du citoyen au centre des préoccupations ont eu un impact économique considérable.  

Parallèlement à la chute du PIB, le déficit budgétaire augmenterait de près de 4 points (7,5% contre 3,5%).

De son côté, l’endettement devrait enregistrer une hausse inédite de 12,8 points à 78,2% du PIB en 2020. Cette progression est à comparer à une hausse moyenne de 1,0 point lors de la période 2012-2019. Les besoins du Trésor ont pratiquement doublé en 2020, à 83 milliards de dirhams. À l’origine de cet « effet de ciseaux », une situation de solde ordinaire déficitaire aggravée par un maintien de l’effort d’investissement pour un besoin de relance économique.

Partant de l’hypothèse d’une dissipation progressive de la pandémie à partir du deuxième trimestre, l’année 2021 devrait renouer avec une croissance économique de 4,8%, prévoit la loi de finances. Sauf qu’en matière d’équilibre budgétaire, le solde ordinaire demeurerait déficitaire de 10 milliards. Ce décalage interpelle les analystes d’Attijari Research.

Les dommages collatéraux du choc Covid–19 ne devraient pas s’estomper de sitôt. En effet, les recettes d’impôts, principales contributrices aux revenus du Trésor devraient afficher une nouvelle baisse en 2021. Ceci s’explique par l’impact du chômage sur la consommation, en particulier, ainsi que par des ajustements fiscaux liés aux plans de soutiens à l’économie.

Le contexte économique actuel appelle à une forte participation de l’État pour alimenter la croissance. À cet effet, les dépenses ordinaires devraient augmenter de 4,0% en 2021 après 6,3% en 2020, contre un rythme de croisière de +0,5%.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts