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African Business

L’impact social, une stratégie d’investissement

Encore peu représentés, les investissements et les entreprises à impact social ont de grandes marges de progression à faire valoir, en Afrique. Le groupe de réflexions CADE veut faire reconnaître leur importance dans le paysage financier, comme dans celui de la RSE.

Par Nicolas Bouchet

L’investissement à impact social veut étendre son influence sur le continent africain. Très spécifique, ce flux financier se distingue du simple investissement par le primat qu’il donne au progrès économique et social sur la recherche du profit. La CADE (Coordination pour l’Afrique de demain), association dédiée à la promotion d’une vision progressiste du continent, veut éclairer son chemin et l’accélérer.

Dans ce paysage, la part de l’Afrique sub-saharienne dans les actifs considérés était de 19% en 2015 (15,6 milliards $) ; cette part est retombée à 11% en 2020 tandis que sa valeur a progressé pour atteindre 24,8 milliards $.

Son président, Roland Portella, voit l’investissement d’impact jouer « un rôle essentiel dans la recherche d’économies résilientes et d’un capitalisme patient » en Afrique. L’organisation publie 25 Recommandations pour accélérer la croissance de l’activité ; ce « livre blanc » débute naturellement par un appel à populariser et à normaliser la notion d’impact et s’intéresse aux enjeux opérationnels de sa croissance.

Actualiser la norme de l’investissement à impact, c’est guider les flux futurs vers les bonnes cibles en écartant celles qui pratiquent un « impact washing ». Pour cela, la CADE lui reconnaît trois caractéristiques essentielles : « La prévision d’une rentabilité financière positive sur la durée de vie de l’investissement ; l’intention de créer un impact social et environnemental positif ; l’engagement de mesurer et suivre l’impact. »

Image : Cure Bionics

Voilà qui contribue à placer cet investissement à proximité de la philanthropie, sur un spectre qui irait de celle-ci à l’investissement traditionnel « qui cherche uniquement un retour financier ». C’est encore l’approche retenue par une financière spécialisée qui opère en Afrique, Investisseurs et Partenaires, pour qui l’investissement d’impact se reconnaît à ce que « l’entreprise doit mobiliser des ressources qui ne seront plus disponibles pour la maximisation du profit » et a fortiori, « renoncer à une partie du rendement pour privilégier l’utilité sociale ». Cette clarification opérée, se pose alors la question des véhicules et des instruments.

Des fonds dédiés

Parmi les recommandations phare de la CADE, la mobilisation de fonds dédiés à l’investissement d’impact devrait tour à tour puiser dans l’épargne des sociétés d’assurance qui opèrent en Afrique, avec une cible de 1% à 2% de leurs capitaux. Ainsi que dans celle gérée par les investisseurs institutionnels, dont les fonds de pension et les régimes de retraite.

Il est plus délicat, car il s’agit seulement d’incitations, de sécuriser une partie des investissements réalisés par les fondations de grandes entreprises soucieuses de RSE (responsabilité sociale de l’entreprise). Plus entreprenant mais prometteur, arriver à la création de fonds dédiés.

Ceux-ci se déclineraient en fonds d’impact avec un engagement sur la technologie ou la santé, en véhicules ouverts aux transferts d’argent des diasporas, et en fonds dits « de proximité » pour permettre le passage à l’échelle de PME communautaires agricoles. Parmi ces cibles, les start-up sont pour l’instant de grandes absentes.

En effet, la CADE relève que les sociétés qui attirent majoritairement les fonds d’impact en Afrique sont des PME « présentant des tracks records d’au moins cinq ans et les entreprises de taille intermédiaire ». Pour voir des jeunes pousses devenir des entreprises à impact et bénéficier de cette nouvelle manne, il faudra d’abord l’éclosion d’écosystèmes favorables et la diffusion de Business models compatibles avec la mentalité de l’impact.

Pour cela, les recommandations portent en priorité sur le repérage et la cartographie des acteurs clés par bases de données et des baromètres dits « endogènes ». Du côté de l’influence, le développement de plateformes d’entreprises à impact devra faire connaître et adopter ce financement par les entreprises comme par les investisseurs et les pouvoirs publics. Il s’agit de projections nécessaires voire urgentes car en pratique, la réalité des volumes d’investissements d’impact est encore bien trop faible pour parler de pratique courante.

Croissance trop lente en Afrique

De 2015 à 2020, pour les seuls actifs sous gestion qui relèvent de l’impact, le GIIN (Global Impact Investment Network) a mesuré que leur volume est passé au niveau mondial de 77 milliards de dollars à 221 milliards. Il existe dans le monde seulement 400 fonds d’investissement à impact dignes de cette appellation. Sur le continent, la CADE recense 26 investisseurs à impact et cinq fondations à vocation d’impact.

Dans ce paysage, la part de l’Afrique sub-saharienne dans les actifs considérés était de 19% en 2015 (15,6 milliards $) ; cette part est retombée à 11% en 2020 tandis que sa valeur a progressé pour atteindre 24,8 milliards $. On le voit, cette croissance, pourtant sensible, se déroule à un rythme bien inférieur à la moyenne mondiale.

L’investissement à impact social ne reçoit pas encore un appui ferme des pouvoirs publics africains. L’OCDE relève sur le continent un total de 19 outils de politique publique dédiés à favoriser les investissements à impact contre 46 en Amérique latine, 105 en Asie… et 250 en Europe. L’Afrique du Sud est le seul pays africain représenté parmi les pays cités comme les plus actifs sur ce terrain. Malgré ces lacunes, les premières Success stories émergent.

Le livre blanc de la CADE rapporte ainsi, parmi les bénéficiaires des fonds, des entreprises mises en avant pour l’originalité comme pour l’engagement social de leur démarche. L’agro-alimentaire sénégalaise La Laiterie du berger trouve sa valeur dans le sourçage local du lait. L’ivoirienne OHEL International s’illustre dans la construction en matériaux durables tandis que la techno-médicale Cure Bionics, basée à Tunis, impressionne par le développement de prothèses bioniques personnalisables à destination des amputés.

La filière valorisation est représentée par la togolaise Africa Global Recycling qui va au-delà de son cœur d’activité pour porter l’éducation au tri et au recyclage dans les écoles et participe à la formation professionnelle du secteur.

S’exposant aux côtés de quelques investisseurs d’impact notable comme Oiko Credit (1,6 milliard d’euros d’engagements), Coop Med (56 millions) ou la réputée BPI France (1,2 milliard d’euros investis en Afrique), ces entreprises donnent à la CADE l’ambition de voir s’agrandir cette photo de famille d’année en année.

NB

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