Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Les potentiels inexploités de la Centrafrique

La Banque mondiale émet une série de recommandations à l’égard de la République centrafricaine : renforcer et diversifier la filière bois, ainsi que l’agriculture, aux forts potentiels. Le pays doit également améliorer sa gouvernance et son attractivité économique. 

Par Marie-Anne Lubin

Tandis que la Centrafrique s’apprête à élire un nouveau président, la Banque mondiale se penche les retards du pays en matière de croissance économique, tout en soulignant un potentiel peu soupçonné. Jusqu’en 2019, la politique de prudence budgétaire a été maintenue, mais la République centrafricaine reste exposée à un risque élevé de surendettement. La dette publique, bien qu’en repli, représente 47,8 % du PIB.

L’économie reste fragilisée par des exportations modestes et la faible mobilisation des ressources nationales. Point positif : la position extérieure s’est améliorée, à la faveur d’une nouvelle réglementation, qui a limité le rapatriement des revenus des investissements, en particulier dans le secteur minier, y compris le diamant et l’or.

Les difficultés structurelles préexistantes de la Centrafrique ont renforcé sa vulnérabilité à l’épidémie de Covid-19 et à son impact socio-économique, juge la Banque mondiale.

En raison de la crise pandémique, l’année 2020 devrait se solder par une récession de l’ordre de 1,2%. L’épidémie devrait détériorer la position budgétaire et la position extérieure du pays et activer l’inflation, dans le sillage des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Surtout, la Covid-19 devrait exacerber les vulnérabilités existantes et annuler des années de progrès dans la réduction de la pauvreté. L’extrême pauvreté devrait augmenter de 1,5 point en 2020, que plus de 140 000 personnes pourraient rejoindre. La Banque mondiale retient l’hypothèse d’une croissance de 2% en 2021 et de 3% en 2022.

La situation politique et sécuritaire aggrave encore les risques pesant sur le pays. L’accord de paix signé en février 2019 a néanmoins constitué une étape cruciale vers la paix et la sécurité.

Le bois remplace le diamant

Enfin, la dépendance de la Centrafrique vis-à-vis de l’aide internationale, qui représente plus de la moitié des recettes totales du gouvernement, constitue un risque important. Dans un tel contexte, même une légère perturbation du flux de l’aide internationale affaiblira la position budgétaire et extérieure du pays et les perspectives de croissance économique.

Pour réduire sa vulnérabilité aux flux d’aide internationaux, la Centrafrique doit renforcer le recouvrement des recettes intérieures, améliorer la gestion des ressources naturelles et privilégier les investissements productifs, résume la Banque mondiale.

En effet, les exportations ont diminué de moitié depuis 2000, entraînant une détérioration de la participation de la Centrafrique aux chaînes de valeur mondiales. Les exportations de diamants ont considérablement baissé, ce bien avant la crise de 2013, en raison de problèmes de transparence et de gouvernance.

Les diamants ont été remplacés par le bois, principal produit des exportations totales depuis 2005. Le fossé entre la qualité des produits exportés par la Centrafrique et des produits sur le marché mondial, qui s’était creusé entre 2002 et 2010, a commencé de se combler. Néanmoins, la qualité de ses exportations reste inférieure à la moyenne de celle de ses voisins.

De même, la complexité de l’économie a diminué au fil du temps, principalement en raison de la succession de conflits qui ont sapé le développement du secteur privé. Le pays doit diversifier son économie pour renforcer sa résilience, créer des emplois et remédier à ses vulnérabilités.

Elle est fortement dépendante de l’agriculture de subsistance et de l’exportation de quelques produits de base, ce qui rend l’économie vulnérable aux chocs. Malgré la richesse du pays en ressources naturelles et son potentiel, ses performances économiques ont été moins bonnes que prévu. Ses principaux produits d’exportation – café, coton, diamant et bois – représentent environ 90 % des recettes d’exportation.

Des filières inexplorées

La diversification économique peut réduire davantage la pauvreté et les vulnérabilités en générant un large éventail d’opportunités d’emploi dans l’ensemble de l’économie. Sans compter les bénéfices au plan social. La Centrafrique pourrait tirer parti du potentiel des secteurs agricole et forestier ainsi que des opportunités d’exportation existantes pour diversifier son économie.

Les autorités peuvent diversifier l’économie en augmentant les exportations existantes et en tirant parti des produits émergents pour lesquels le pays dispose d’un avantage comparatif. Les principaux produits d’exportation tels que le bois et le coton présentent un fort potentiel de nouveaux domaines de spécialisation, car ils ouvrent la voie à une large diversification.

La Banque mondiale distingue « au moins dix produits connexes » liés à l’industrie du bois, que le pays pourrait exploiter. Tels que le contreplaqué, les produits à base de liège, le bois travaillé ou formé, les engrais et le bois à usage décoratif. Il existe de fortes opportunités de se spécialiser dans ces produits, car le savoir-faire et les capacités nécessaires pour les produire sont comparables à ceux actuellement exploités dans l’industrie du bois.

De même, le coton brut est lié à plus de dix autres produits. Bien que les diamants et le café soient liés à quelques autres produits, ils peuvent surtout offrir de précieuses opportunités pour des marchés de niche. En outre, la Centrafrique a un avantage comparatif révélé pour dix-huit produits émergents, dont la cire, les perruques et les légumineuses, qui pourraient servir de base à la diversification de son économie. Il existe également des opportunités de découvrir de nouveaux produits et marchés.

Bref, le pays regorge de gains d’opportunités potentiels, à produire et exporter des produits étroitement liés aux biens déjà produits et exportés. Il s’agit notamment des œufs, des aliments pour animaux, des extraits de malt et des produits de boulangerie, que le pays semble en mesure de les produire avec une certaine facilité.

La filière bois de la RCA

Et d’exporter sans trop de difficultés vers les pays voisins. Si l’Asie et l’Europe sont les principaux marchés d’exportations, les coûts élevés de transports rendent le potentiel moindre. Le marché régional représente 31 milliards de dollars d’importations chaque année, pour une population de plus de 175 millions d’habitants. Tandis que les pays voisins de la Centrafrique importent encore des produits qu’elle exporte actuellement ailleurs.

Des verrous à ouvrir

Les faibles niveaux de commerce intrarégional s’expliquent, entre autres, par une faible intégration régionale, un manque d’infrastructure logistique et la mauvaise qualité de l’infrastructure. Bien sûr, les exportations vers les États-Unis, qui ont augmenté depuis 2017 peuvent encore progresser, sachant que les produits tirés du bois sont favorisés par l’accord AGOA.

En matière politique, afin de renforcer la cohésion sociale et la diversification économique, les autorités devraient s’atteler à rétablir l’État de droit, et mettre en place des institutions efficaces et forte. Le manque d’attractivité de l’environnement des affaires a constitué un frein pour le développement du secteur privé, l’accès au crédit et l’inclusion financière.

Enfin, l’accès insuffisant aux transports et à l’électricité constitue des verrous que le pays pourrait progressivement lever. Seuls 8 % de la population ont accès à l’électricité, principalement dans la capitale Bangui, et seulement une commune sur trois est desservie par la compagnie nationale des eaux. Si le secteur de l’énergie a été libéralisé, il ne compte aucun investisseur privé et les entreprises publiques affichent de mauvaises performances.

ML 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Share This