Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Les enjeux du débat sur la dette

Tandis que le moratoire sur la dette des pays créanciers du G20 expire en juin, le débat se poursuit quant à la suite des décisions. L’avis de la Chine comptera. De même que l’intérêt des créanciers privés, face à une possible détérioration des notations, prévient Moody’s.

Par Laurent Soucaille

De nombreuses voix s’élèvent, en Afrique, pour demander la prolongation du moratoire sur la dette des pays les plus pauvres, voire l’annulation des dettes. La réunion du G5 Sahel, en février 2021, a été l’occasion d’une déclaration solennelle des pays membres. Qui ont réaffirmé leur plaidoyer en faveur de l’annulation de la dette extérieure et pour un soutien massif en matière de développement.

« Dans le cas de la Zambie, la notation (Ca) intègre déjà notre attente que les créanciers privés subiront des pertes et que l’ampleur ultime de ces pertes sera vraisemblablement importante », pointe Moody’s. En revanche, dans le cas de l’Éthiopie, la note B2 incorpore seulement une faible probabilité de défaut.

Le président de la Mauritanie, Mohamed Ould El-Ghazaouani, a rappelé l’enjeu : « Nos économies, longtemps entre le ralenti et l’arrêt, ont besoin d’investissements massifs pour être relancées. » Or, a-t-il poursuivi, « les défis liés à la pauvreté, à la gouvernance, aux changements climatiques, à l’égalité des genres, à l’accès aux services sociaux de base et au respect des droits de l’homme ne peuvent être durablement relevés que si nous favorisions le développement économique, l’investissement dans le capital humain et la création d’opportunités d’emplois pour les jeunes ». Plus de 14 milliards de dollars seront débloqués pour la lutte contre la désertification favorisant un développement inclusif et durable dans les onze pays concernés, d’ici à 2025.

Dans ce cadre, « la dette des pays du G5 Sahel dont le poids devient un fardeau de trop… et qui s’impose en tant que véritable impératif socioéconomique, comme nous l’avons fortement souligné dans l’Appel de Nouakchott d’avril 2020 », a considéré le président mauritanien.

Au cours de ce Sommet du G5-Sahel, le président français a estimé qu’il fallait « continuer le travail de restructuration des dettes africaines ». Ce travail, pour être efficace, « nécessite d’avoir tous les créanciers autour de la table », a poursuivi Emmanuel Macron qui faisait allusion à la Chine. « Nos partenaires chinois ont jusqu’à présent continué d’avancer avec nous là-dessus et je souhaite qu’on puisse dans le cadre du G20, mais aussi par la poursuite de négociations ad hoc, continuer à restructurer les dettes africaines. »

Un Cadre commun

Il faudra bien trancher et agir. Certains appellent à une restructuration, à une mutualisation des engagements, à un appel aux Droits de tirage spéciaux du FMI. La Banque africaine de développement, qui se fait aujourd’hui l’écho des préoccupations du G5-Sahel, a titré son rapport annuel sur les perspectives de l’Afrique « De la résolution de la dette à la croissance économique », laissant au second rang le terme en vogue de « résilience ».

« Un pays ne peut pas unilatéralement refuser de rembourser sa dette, pour des raisons de crédibilité sur le marché, mais aussi pour sa notation. En revanche, il peut se tourner vers le Cadre commun mis en place par le G20 afin de mener des discussions sur la restructuration de sa dette », explique le juriste Nicolas Jean, au cours d’une conférence conduite par l’agence 35’ Nord. « Cela peut comprendre un allongement de la durée de la dette, une réduction de son montant ou une annulation partielle. Il doit y avoir des réponses spécifiques à chaque pays, car toutes les dettes sont différentes. »

Convaincre les pays occidentaux, le Club de Paris, convaincre le nouveau grand prêteur qu’est la Chine, voilà qui ne semble pas insurmontable. Toutefois, prévient l’agence Moody’s, « il est de plus en plus clair que les prêteurs du secteur public sont déterminés à faire respecter le principe de traitement comparable des créanciers publics et du secteur privé dans le cadre du cadre commun pour les traitements de la dette au-delà du DSSI ».

Qu’elle soit fondée ou non, « la décision d’un moratoire reviendra en fin de compte aux prêteurs du secteur public plutôt qu’à l’emprunteur, comme c’était de facto le cas en 2020 », fait observer l’agence américaine. Qui se demande si on tient compte des intérêts de chacun, y compris des pays endettés, dans cette question. En effet, l’extension du moratoire sur la dette, pire une annulation, pourrait entraîner un non-remboursement, donc un défaut de paiement préjudiciable pour tous.

Des risques de dégradations des notations

À ce jour, trois pays africains, le Tchad, l’Éthiopie et la Zambie, ont indiqué leur intention de demander un allégement de la dette, via le Cadre commun qui offre un soutien financier pour aider les pays emprunteurs à faire face aux défis engendrés par la crise sanitaire.

Il apparaît désormais « clair », aux yeux des experts de Moody’s, que les États veulent engager les acteurs privés, bon gré mal gré.

« En d’autres termes, les risques ont augmenté : la demande d’allégement de la dette d’un pays dans le cadre du Cadre commun entraînera des pertes pour le secteur privé créanciers. »

Par « risque », l’agence veut dire une nouvelle dégradation des notations des pays concernés, donc des difficultés supplémentaires pour obtenir un crédit, une fois l’urgence passée.

C’est une réflexion, un arbitrage, que les pays africains ne peuvent pas négliger. Certains, il est vrai, n’en sont pas à se poser ce genre de question : « Dans le cas de la Zambie par exemple, la notation (Ca) intègre déjà notre attente que les créanciers privés subiront des pertes et que l’ampleur ultime de ces pertes sera vraisemblablement importante », reconnaît Moody’s. En revanche, dans le cas de l’Éthiopie, la note B2 incorpore seulement une faible probabilité de défaut.

Par conséquent, un moratoire de la dette pourrait avoir « des implications fortement négatives pour la notation de l’Éthiopie », explique Moody’s, qui ne note pas le Tchad. Au pays du G20 et aux pays africains de dégager le bon grain de l’ivraie, et de distinguer, par exemple, ce qui relève de l’allègement de la dette ou de la simple facilité de paiement.

LS

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts