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African Business

Le Tchad poursuit sa diversification

Trop dépendante des recettes pétrolières, l’économie du Tchad évolue au gré des cours du baril. Le pays poursuit sa diversification, mais l’effort doit se poursuivre, pointent les institutions financières qui soutiennent sa politique.

Par Marie-Anne Lubin

La BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) a accueilli, le 8 septembre 2020, la journée de la promotion du Fonds africain de garantie et de coopération économique (Fagace). Tenues à N’Djamena, ces assises ont fait le point sur le rôle de ce fonds dans la diversification de l’économie Tchad. Diversification par ailleurs saluée par une note interne de la BAD (Banque (Banque africaine de développement). Les progrès du pays sont lents, mais indéniables.

Le Fagace est une institution financière Internationale spécialisée dans la promotion des investissements publics et privés, fondé en 1977. Le Fonds compte comme membres le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Togo, et donc le Tchad, depuis 2011.

C’est d’ailleurs un Tchadien, l’ancien ministre de l’Économie Ngueto Tiraïna Yambaye, qui occupe le poste de directeur général du Fagace, depuis juin 2020. En tant qu’institution de développement, le Fagace appuie les efforts du gouvernement tchadien en vue de soutenir et pérenniser les activités économiques du pays, en dehors de l’industrie pétrolière.

La BAD et le gouvernement préparaient une nouvelle phase du Programme d’appui à la relance économique, avant que la crise sanitaire vienne en retarder le lancement. Il est pourtant nécessaire, pour le Tchad, d’améliorer le climat des affaires et de soutenir le secteur privé, conviennent les deux parties.

Sa démarche de croissance inclusive dans le pays privilégie notamment les PME PMI, et les secteurs prioritaires que sont l’agriculture, l’industrie, les infrastructures et les services. Le Fagace développe des relations de partenariat avec plusieurs banques d’Afrique subsaharienne ; il revendique la mobilisation de plus de 2 500 milliards de F.CFA (3,81 milliards d’euros) auprès des membres du Fonds.

Outre l’agriculture et l’agro-industrie, cette somme et les garanties apportées par le Fonds ont stimulé les secteurs de l’industrie, des télécommunications et de l’énergie.

Au Tchad, plusieurs projets ont été identifiés et suivent leur cours. Toutefois, ont reconnu les participants à ces assises, le niveau des interventions reste largement en deçà des objectifs visés.

Appel au soutien des banques

Face à cette situation, le nouveau directeur général et l’ensemble de l’équipe directionnelle ont jugé nécessaire de réfléchir sur les modes opératoires à même de faciliter les interventions du Fonds au Tchad en vue de contribuer à la croissance économique durable et inclusive du pays.

Ngueto Tiraïna Yambaye a diligenté une mission à N’Djamena, pour échanger avec l’ensemble des acteurs, afin de définir la meilleure approche pour accroître les réalisations du Fagace au Tchad. La secrétaire d’État aux Finances et au budget, Alixe Naimbaye, considère que cette coopération « permettra de réaliser des projets concrets à impacts sociaux visibles ».

Pour mobiliser les ressources, le Tchad a besoin aussi bien des institutions de garanties que des institutions prêteuses. Au cours de la réunion, elle a lancé un appel aux banques présentes pour une utilisation effective et efficiente de mécanisme de couverture de fonds qu’offre cette institution, afin de financer davantage de projets.

Les autorités tchadiennes ont conscience, depuis longtemps, que le pays doit diversifier son économie et moins dépendre de la manne – moins porteuse et volatile – du pétrole. Sur ce point, elles reçoivent un encouragement de la BAD, qui note qu’entre 2018 et 2019, les recettes fiscales non‑pétrolières et les investissements du secteur privé au Tchad ont augmenté, stimulant l’économie du pays.

Avec le Programme d’appui à la relance économique (PARE), financé à hauteur de 20,4 millions de dollars par le Fonds africain de développement, le Tchad a amélioré la situation de ses finances publiques et renforcé le climat des investissements.

Grâce à la mise en œuvre de ce programme, sur la période 2018-2019, la croissance du PIB, négative (-3,1%) en 2017 a rebondi en 2018 (2,4%) et en 2019 (3%). Il faut reconnaître qu’une fois encore, la croissance a été principalement tirée par la hausse des prix du pétrole, principal produit d’exportation du pays. Toutefois, la croissance cible initiale de 6,8% du PIB ne sera pas atteinte en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, qui devrait annihiler la croissance. En effet, le scénario le plus optimiste retient un repli de 0,1% du PIB cette année.

Des objectifs atteints, pour la plupart

« Les perturbations du commerce international et la baisse de la demande de pétrole et des autres matières premières, couplées aux mesures restrictives internes de prévention et de protection contre la pandémie, ont conduit à l’arrêt ou au ralentissement des activités économiques », explique ce rapport d’achèvement du PARE.

Néanmoins, l’exécution des réformes prévues par le Programme a permis au gouvernement tchadien d’améliorer les finances publiques. Ainsi, les recettes fiscales non pétrolières ont augmenté de 12% pour atteindre 421 milliards F.CFA (642 millions d’euros) en 2019, contre 373 milliards F.CFA en 2017. Concernant la maîtrise de la masse salariale, alors que la cible était de la ramener à 359 milliards F.CFA (contre 376 milliards FCFA en 2017), les efforts engagés ont permis de maîtriser celle-ci à 355 milliards F.CFA en 2019.

« Le PARE a également atteint les résultats escomptés en ce qui concerne les investissements publics financés sur ressources domestiques, qui sont passés de 36 milliards de F.CFA en 2017 à 105 milliards en 2019, soit le niveau de la cible », ajoute la BAD.

Sur la même période, le volume des investissements privés a enregistré « un accroissement significatif », bien au-delà du niveau prévu de 308 milliards de F.CFA en 2019. En effet, ces investissements sont passés de 268 milliards de F.CFA en 2017 à 386 milliards de F.CFA en 2019 (+44%).

« Le Programme d’appui à la relance économique a été mis en œuvre de manière satisfaisante, malgré la fragilité du contexte économique et social », conclut la note de la BAD. « Le ministère des Finances et du Budget a assuré le suivi de la mise en œuvre du PARE, et toutes les structures techniques impliquées dans l’exécution du programme ont joué pleinement leur rôle dans la réalisation des mesures spécifiques relevant de leur domaine de compétences. »

ML

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