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African Business

Le Tchad doit convaincre

Le Fonds monétaire international tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme, au sujet du Tchad, dont les perspectives de rebond de l’économie ne font pas oublier les craintes sur la dette. Le pays doit convaincre les créanciers privés du bien-fondé de ses réformes.

Par Paule Fax

Ces derniers mois, la situation économique et financière du Tchad, de même que ses perspectives à moyen terme, n’ont cessé de se détériorer, juge le Fonds monétaire international. Bien sûr le pays a subi le choc pandémique, mais il doit également faire face au retard dans le soutien des créanciers privés, peu convaincus par les discussions en cours sur le traitement de la dette.

La mobilisation des recettes intérieures, l’amélioration de la gestion des finances publiques, la gouvernance et les mesures de lutte contre la corruption, ainsi que la réduction des formalités administratives sont les principaux engagements du programme approuvé par le FMI.

Pourtant, le pays avait reçu des assurances de financement par le comité des créanciers, en juin 2021. Désormais, un engagement fort des créanciers privés est nécessaire « de toute urgence » pour débloquer le financement du FMI, ce qui catalyserait un financement officiel substantiel pour l’économie du pays.

L’horloge tourne : le gouvernement tchadien a réitéré son engagement ferme en faveur d’un ambitieux programme de réformes convenues avec les services du FMI, en janvier 2021. Or, ce programme n’a pas encore reçu l’approbation du Conseil d’administration du FMI, qui ne peut pas enclencher la Facilité élargie de crédit.

Une mission du Fonds, dirigée par Edward Gemayel, s’est rendue à N’Djamena du 5 au 9 octobre 2021. Elle a fait le point sur les développements macroéconomiques et financiers, a discuté des progrès réalisés sur les priorités de réforme du gouvernement, et a examiné les efforts du gouvernement pour intensifier les discussions en cours sur le traitement de la dette avec les créanciers du secteur privé.

« Les chocs combinés et durables de la pandémie de Covid-19, de la volatilité des prix du pétrole, du changement climatique, des attaques terroristes et des retards dans le soutien des donateurs continuent d’ébranler l’économie tchadienne », résume Edward Gemayel. Le FMI n’attend qu’un « maigre 1% » de croissance en 2021, après un repli de 0,8% du PIB en 2020. Soit des niveaux de production inférieurs à ceux anticipés au début de la pandémie, tandis que les prévisions sont, en général, revues en hausse partout en Afrique.

Dette insoutenable

Cette morosité tient divers facteurs : la baisse des investissements, notamment dans le secteur pétrolier, es perturbations des activités économiques directement liées à la crise sanitaire, et les importantes réductions des dépenses en 2021, notamment la réduction des filets sociaux.

En raison de la détérioration significative des perspectives économiques, « le service de la dette extérieure est devenu insupportable et la dette insoutenable », prévient le FMI. Des progrès limités dans les discussions sur le traitement de la dette ont retardé le financement officiel.

Une voie claire vers le rétablissement de la viabilité de la dette et la mobilisation d’un financement suffisant, y compris l’allégement du service de la dette, sont des conditions préalables essentielles pour un programme soutenu par le FMI, qui devrait catalyser un soutien important des donateurs.

Ces conditions n’ayant pas encore été remplies, les financements officiels se sont taris en 2021. En conséquence, le gouvernement a été contraint de réduire les dépenses sociales et de développement, pourtant jugées « essentielles ».

La poursuite de cette situation pourrait avoir de graves conséquences sociales dans un pays déjà pauvre et fragile, avec des indicateurs sociaux défavorables, notamment un taux de pauvreté en hausse, un faible accès aux services de base et des indicateurs de santé et d’éducation parmi les plus faibles au monde. Pour aider à faire face à la situation, le gouvernement tchadien a décidé de dépenser la part de la récente allocation de DTS (Droits de tirage spéciaux) afin de répondre aux besoins sociaux urgents.

Dès l’aval des créanciers privés obtenu pour une renégociation de la dette, le programme soutenu par le FMI pourra donc s’enclencher. Selon l’institution américaine, ce programme fournira le financement nécessaire de toute urgence, mais il donnera également une forte impulsion au train de réformes engagé pour le moyen terme.

Un soutien coordonné est essentiel

L’État entend mener des réformes structurelles visant à améliorer la capacité du gouvernement à renforcer les services sociaux, à investir dans le capital humain et les infrastructures, à commencer à renforcer la résilience au changement climatique et à promouvoir le développement du secteur privé.

La mobilisation des recettes intérieures, l’amélioration de la gestion des finances publiques, la gouvernance et les mesures de lutte contre la corruption, ainsi que la réduction des formalités administratives sont les principaux engagements du programme approuvé par le FMI.

« Le soutien coordonné et opportun des donateurs pour le financement du budget et des projets, ainsi que pour le développement des capacités, est essentiel à la réussite du programme des autorités », conclut Edward Gemayel.

@PF

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