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African Business

Le Gabon face aux inquiétudes sur sa dette

Les spécialistes financiers redoutent de nouvelles turbulences pour le Gabon, dont la dette dépasse les normes admises. Sans attendre un soutien extérieur, le pays prépare certaines solutions, comme le recours à une réserve d’or.

Par Kimberly Adams

À son tour, Fitch s’inquiète de la situation financière du Gabon. Après sa consœur Moody’s, la banque d’affaires Goldman Sachs, l’agence de notations prévient d’un potentiel défaut de paiement du pays. Lequel est pourtant engagé dans une ambitieuse opération vérité quant à son endettement. Fitch Ratings avait renouvelé fin décembre sa notation « CCC » à la dette souveraine du Gabon, sans préjuger de ses intentions futures.

Dans une note publiée le 17 février, elle lance un avertissement de « risques d’illiquidité ». Le Gabon ne semble pas en mesure « de couvrir ses besoins de financement sans l’appui budgétaire des créanciers multilatéraux ou l’émission d’une nouvelle émission obligataire ».

Les besoins globaux de financement de l’État ont totalisé environ 1,05 milliard de dollars (12% du PIB) en 2020, nets de l’opération de refinancement obligataire conclue en février, qui a entraîné une forte pression sur la position de liquidité du Gabon.

Une telle opération serait forcément coûteuse, compte tenu du profil de risques. Aussi, le Gabon pourrait-il se retrouver, dans le courant de l’année ou en 2021, en panne de liquidités. Les déficits s’accumulent tandis que l’investissement public n’est pas toujours au rendez-vous, note l’agence.

Laquelle considère que les besoins de financement pour les deux années à venir devraient s’élever à près de 10% des dépenses. Le manque de recettes devrait contraindre l’exécutif à multiplier les emprunts à des conditions défavorables. Une situation qui affecterait un peu plus le niveau d’endettement, qui se situe déjà à plus de 6 000 milliards de F.CFA (9,15 milliards d’euros).  

Compte tenu des projets d’investissements du gouvernement, qui entend accélérer la transformation de l’économie du pays, la dette reste « soutenable » dans une perspective de moyen terme. Toutefois, dans les mois qui viennent, le respect du plan d’investissements de 1600 milliards de F.CFA risque d’entraîner quelques turbulences.

Un matelas aurifère

Et à court terme, l’« absence prolongée d’un nouveau programme du FMI augmenterait les risques pour la capacité du Gabon à rembourser sa dette à échéance ». Le Gabon aura besoin de décaissements de prêts d’appui budgétaire auprès des créanciers extérieurs d’environ 3,5% du PIB pour répondre à ses besoins de financement.

« Des retards sont probables et pourraient entraîner des tensions de liquidité, même si le pays entre dans un nouveau programme du FMI et identifie un financement supplémentaire suffisant pour couvrir ses besoins de court terme. Le Gabon a toujours eu recours à l’accumulation d’arriérés pendant les périodes de bas prix du pétrole, y compris les arriérés extérieurs. Il a probablement accumulé de nouveaux arriérés extérieurs en 2020. »

Les besoins globaux de financement de l’État ont totalisé environ 1,05 milliard de dollars (12% du PIB) en 2020, nets de l’opération de refinancement obligataire conclue en février, qui a entraîné une forte pression sur la position de liquidité du Gabon.

Le Gabon n’a pas pu obtenir le décaissement de plusieurs prêts d’appui budgétaire attendus en 2020, mettant en évidence « les faiblesses de la gestion des finances publiques et la flexibilité de financement limitée », notait déjà Fitch en décembre 2020.

Le ministère de l’Économie a indiqué en janvier 2021 que l’encours de la dette conventionnée du Gabon est de 5 907 milliards de FCFA et celui de la dette non conventionnée (les instances du Trésor, les arriérés de taxes) se situe à 521 milliards de F.CFA. Ces deux montants conduisent à un encours total de 6 428 milliards de FCFA, soit au-delà du communautaire de 70% fixé par les autorités de la Cemac.

Le gouvernement ne reste pas inerte : ainsi, un projet d’ordonnance publié le 19 février annonce-t-il la future constitution d’une une réserve stratégique d’or. « Le projet de texte institue une réserve stratégique d’or dans l’objectif d’assurer les avoirs extérieurs du Gabon dans la réalisation de certaines opérations courantes, de réaliser une consignation légale et de réaliser sur les marchés extérieurs toute opération financière autorisée par la République gabonaise », explique un communiqué du conseil des ministres. La réserve d’or devrait donner plus de crédibilité au Gabon sur le marché extérieur, faisant office d’épargne, à mettre en opposition au niveau de la dette.

KA

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