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African Business

Le FMI plaide pour la relance budgétaire

De nouveau, les économistes du Fonds monétaire international recommandent une relance massive des économies en développement, notamment africaines. Si l’Afrique subsaharienne est résiliente, tout danger n’est pas écarté.

Par Laurent Soucaille 

Tout doit être fait pour combattre la pandémie à Covid-19, soutenir l’activité économique dans l’urgence et pour le moyen terme, sans pour autant rendre les dettes insoutenables. Une équation sur laquelle revient Papa N’Diaye, chef de la recherche au département Afrique du Fonds monétaire internationale, ainsi que les autres structures du FMI.

Selon l’économiste du FMI, l’« Afrique a un potentiel énorme, présente une forte capacité de résilience ; ensemble, nous pourrons sortir de cette crise et le continent pourra relever le défi qui se pose à lui ! »

L’économiste estime que la crise représente environ 200 milliards de dollars de perte de revenus, pour la seule Afrique subsaharienne. Sachant que la récession pourrait atteindre 1,6% cette année, dans la région. « Il s’agirait du pire résultat jamais enregistré, alors que la croissance était plutôt favorable, avant la pandémie. »

Ces dernières années, l’Afrique subsaharienne enregistrait des progrès constants dans son développement, ainsi qu’en matière de contrôle de sa dette. Des progrès étaient en cours en matière d’intégration régionale, par exemple avec la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine). Au-delà du simple retard de ce projet, « la crise risque de remettre en cause durablement certains gains acquis ».

Aussi faudra-t-il consentir d’énormes dépenses publiques durant et au-delà de la pandémie. Les pays africains doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour contenir la maladie, « quels que soient l’espace budgétaire et le niveau d’endettement ». Par la suite, les gouvernements pourront prendre des mesures de soutien pour amortir les effets de la crise sanitaire, par des transferts en espèce ou en nature aux ménages vulnérables, y compris en direction de l’informel. Les États pourraient accorder des aides ponctuelles et ciblées aux PME les plus touchées, aux secteurs les plus en difficulté. Une fois la crise passée, bien sûr, « il faudra que les critères budgétaires reviennent sur des trajectoires compatibles avec la soutenabilité de la dette ».

Sans doute, les pays exportateurs de pétrole sont confrontés à un problème beaucoup plus complexe, « car la faiblesse des cours du pétrole pourrait durer plusieurs années », considère l’économiste du FMI. Leur marge de manœuvre budgétaire est altérée ; ces pays doivent trouver des ressources supplémentaires et « reprioriser » leurs dépenses budgétaires. Ils devront aussi avoir davantage recours à l’aide internationale pour passer ce cap.

Une solidarité internationale bienvenue

La forte baisse des prix du brut affecte les exportateurs de pétrole. Sur le plan mondial, la croissance des pays exportateurs passerait de 1,8% à -2,8 %, pronostique le FMI. Cette nouvelle donne aura une incidence sur la position des bilans, la situation fiscale des compagnies pétrolières, donc sur les recettes fiscales des États. Dans le même temps, les besoins sanitaires augmentent…

Cela étant, plusieurs pays de la région sont eux, importateurs de pétrole ; ils vont donc bénéficier des prix bas, qui leur donneront quelques marges de manœuvre au plan fiscal. Pour autant, cette crise, tient à rappeler l’économise, ne va épargner personne. « Car les autres matières premières, sauf l’or, souffrent également, tandis que la consommation va reculer dans les pays clients de l’Afrique. » Les prix bas du pétrole auront donc, un impact plutôt négatif en Afrique subsaharienne.

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La communauté internationale aide en envoyant des fonds. Pour sa part, le FMI devrait fournir 11 milliards $ à 36 ou 38 pays d’Afrique subsaharienne qui ont demandé de l’aide. Le FMI a mis en place des facilités pour aider les pays les plus démunis. Et d’autres initiatives seront prises ces prochaines semaines, au-delà de ce qu’a décidé le G20 avec la dette des pays les plus pauvres. Il existe d’autres types d’instruments de financement qui permettent aux pays de stabiliser les économies et renforcer la confiance des investisseurs.

Les aides plus efficaces que par le passé

Plus généralement, le FMI plaide pour que les pays en développement adoptent une politique budgétaire active afin de sortir de la récession. Inévitablement, les mesures d’aide ne seront pas éternelles. Pourtant, « la pérennisation d’une partie d’entre elles et la mise à niveau des systèmes d’imposition et de prestations sociales pourraient doter les pays de mécanismes automatiques de stabilisation des revenus des ménages ». Ce, en prévision de futures épidémies ou crises.

Les aides doivent être larges et toucher en priorité les plus démunis. Pour autant, elles doivent préserver l’incitation au travail, l’obtention de soin de santé, d’éducation et de formation. Il ne faut pas tomber dans le piège de « l’écheveau complexe et fragmenté » de programme de protection sociale.

Dans les pays émergents et en développement, les lacunes de couverture peuvent être comblées par l’élargissement des programmes et le recours à d’autres modes de prestation, comme les réseaux de téléphonie mobile et la distribution en nature de biens et de services (soins de santé, nourriture et transport) afin d’aider les personnes qui échappent d’ordinaire aux aides publiques. Le FMI plaide pour un système progressif. Les dispositifs de protection sociale pourraient contribuer à la redistribution plus équitable de la richesse si une proportion plus importante des 20 % des plus pauvres recevait des allocations supérieures à celles remises aux 20 % des plus riches.

Ne pas oublier les infrastructures, pour le long terme

Il est indispensable que les pays effectuent des investissements de qualité dans la santé. Il faut aussi investir dans les infrastructures, les technologies vertes comme l’énergie éolienne et solaire. Les pays doivent poursuivre des autres objectifs de développement durable comme l’éducation, l’accès à l’eau propre et l’assainissement. « Aux prix actuels, les investissements additionnels nécessaires se chiffreront vraisemblablement à plus de 20 000 milliards $ à l’échelle mondiale dans les vingt ans », chiffre le FMI.

Les projets d’équipement comme la construction de routes, de ponts et de systèmes d’énergie propre sont en général longs à mettre en œuvre. Les gouvernements devraient donc immédiatement passer en revue leur filière d’investissements possibles, afin d’avoir sous la main un portefeuille de projets prêts à mettre en œuvre dès la fin du confinement.

Les décisions relatives aux investissements en infrastructures dépendront des besoins dans certains secteurs précis et des retombées sociales et économiques éventuelles, de la capacité de financement et de l’efficience des investissements publics. « Ce dernier point est vital, peu importe le pays : à l’échelle mondiale, l’inefficience et la corruption avalent en moyenne le tiers des fonds alloués aux infrastructures publiques », met en garde le FMI.

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Dans certains pays comme l’Afrique du Sud, à cause de la lourdeur de la dette publique et de l’augmentation des paiements d’intérêts, la prudence est de mise dans le financement du développement afin d’en assurer la durabilité. Ces pays devraient s’efforcer d’en faire plus avec moins. L’augmentation à long terme des recettes fiscales pourrait être cruciale pour les pays en développement à faible revenu, prévient le FMI qui cite en exemple le Nigeria.

À long terme, conclut Papa N’Diaye, « l’Afrique a un potentiel énorme, présente une forte capacité de résilience ; ensemble, nous pourrons sortir de cette crise et le continent pourra relever le défi qui se pose à lui ! »

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