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African Business

L’agroécologie, une approche globale

L’agroécologie est un ensemble d’approches agricoles, une science, mais aussi un mouvement social. Telle est la grille de lecture soutenue par Oxfam qui édite un document résumant les arguments en faveur de cette autre agriculture.

Par Kimberly Adams

Appelant à une transition agroécologique, l’ONG Oxfam cite de nombreux exemples de réussites de l’agroécologie. Comme les initiatives déployées en Inde, à Cuba. Ainsi qu’au Sénégal, un pays pionnier en Afrique de l’Ouest, ainsi que le mentionne également l’Agence française de développement dans sa dernière publication

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L’agroécologie améliore les rendements

La question de l’évolution de nos modes de production et de nos habitudes alimentaires est d’autant plus importante, souligne l’ONG, que notre système agricole et alimentaire, de la fourche à la fourchette, représente jusqu’à 37% des émissions des GES (gaz à effets de serre).

Les techniques agricoles et agronomiques utilisées dans l’agroécologie sont inspirées des lois de la nature. La pratique agroécologique envisage l’ensemble du milieu dans lequel elle s’inscrit en intégrant par exemple la dimension de la gestion de l’eau, du reboisement, de la lutte contre l’érosion, de la biodiversité, des changements climatiques, du système économique et social, de la relation de l’humain avec son environnement, etc.

C’est pourquoi le fait que la production, la transformation, la distribution et la consommation soient envisagées localement est un élément central de son approche.

Afin de rendre l’approche agroécologique opérationnelle, la FAO a distingué dix piliers pour en dessiner ses contours. Ainsi, la diversité : la rotation des cultures, une plus grande variété dans les espèces permettent d’améliorer la sécurité alimentaire, la nutrition, la résistance face aux changements climatiques.

L’agroécologie est le fruit d’une démarche participative, associant des savoirs locaux et ancestraux, des connaissances pratiques et des enseignements mondiaux. Voilà, ajoute-t-on, qui rejoint les aspirations des agriculteurs africains, à qui l’on impose souvent des semences standardisées et peu adaptées à leur environnement.

Des sols plus résilients

En matière de synergies, les connexions entre les éléments humains et naturels améliorent les fonctions écologiques, d’où une utilisation optimale des ressources naturelles et une plus grande adaptation du milieu aux évènements extérieurs. En imitant les écosystèmes, qui ne gaspillent pas, les pratiques agroécologiques tentent d’utiliser au mieux les ressources, pour limiter gaspillage et pollution. Le recyclage est un pilier essentiel.

La technique n’est en rien incompatible avec la recherche d’une plus grande efficacité ; laquelle permet d’accéder à une production plus importante ou de meilleure qualité, sans utiliser plus de ressources, et améliore la résilience des sols.

Oxfam cite l’exemple de l’ouragan Mitch qui a traversé l’Amérique centrale en 1998. Les exploitations pratiquant l’agroforesterie ont conservé entre 20% et 40% de terres arables en plus, ont été moins touchées par l’érosion et ont accusé moins de pertes économiques que celles qui avaient adopté un système de monoculture. 

L’agroécologie, dans ce schéma, transmet des valeurs humaines et sociales et favorise les cultures et traditions alimentaires. Les deux derniers piliers sont la gouvernance responsable et l’essor d’une économie circulaire.

« L’agroécologie est comprise comme un retour en arrière, comme quelque chose de passéiste, comme un retour à des traditions paysannes que l’on aurait oubliées, alors qu’en fait, elle est la science du xxie siècle et elle est d’avant-garde », juge Olivier de Shutter.

En renforçant leur autonomie et leur capacité d’adaptation, juge Oxfam, l’agroécologie donne aux producteurs et aux populations les moyens d’être des acteurs du changement.

Outre le souci pour l’environnement, l’agroécologie se préoccupe des revenus de ceux qui produisent notre alimentation. Le fait que l’agriculture se pratique avec moins d’intrants chimiques limite les dépenses des agricultrices et agriculteurs, ainsi que l’accroissement de leurs dettes. Des récoltes variées leur donnent la possibilité de mieux valoriser leurs produits, et d’être moins dépendants des prix des denrées fixés sur les marchés internationaux, souvent volatils.

Le Sénégal, à la pointe en Afrique de l’Ouest

En outre, le modèle agroécologique promeut la création d’emplois, car nécessite plus de main-d’œuvre, tout en donnant lieu à de nouvelles activités paysannes sur l’exploitation, par exemple la transformation du blé en farine, etc. Bien sûr, l’agroécologie se préoccupe aussi de ceux qui consomment, en proposant une alimentation locale, de saison et de meilleure qualité.

Afin d’opérer une transition agroécologique, il faut que se mettent en œuvre simultanément une volonté et une stratégie politique de transformation des systèmes agricoles et alimentaires, en mettant en cohérence les politiques publiques. Voilà pourquoi il faut transformer la gouvernance et donner les moyens financiers aux agriculteurs.

Oxfam cueillette thé en Inde

Lesquels permettront d’opérationnaliser cette stratégie (achat de matériel agricole, d’engrais organiques, etc.), et permettront surtout de rediriger les flux financiers, avec l’arrêt des subventions aux groupes agro-industriels. Il est nécessaire également, suggère Oxfam, d’assurer le suivi technique, par la formation des exploitants, par la révision du foncier, l’aide aux consommateurs les plus précaires pour qu’il puisse accéder aux produits, etc.

Depuis 2015, sous l’initiative de la FAO qui a décidé d’en faire un pays pilote pour la transition agroécologique, le Sénégal transcrit cette priorité dans ses politiques publiques.

Berceau de ces initiatives et hôte d’une multitude de programmes, le Sénégal est aussi au cœur des conférences de lancement d’une initiative multipartite en Afrique de l’Ouest, se réjouit Oxfam, qui entend soutenir les initiatives dans la sous-région. Depuis un an, Oxfam fait partie de l’Alliance pour l’Agroécologie en Afrique de l’Ouest (3AO), une plateforme de coordination et de relais d’information composée de diverses organisations paysannes.

Concrètement, le travail de cette plateforme consiste à faciliter les échanges pour la recherche, les programmes, la communication et le plaidoyer, afin de promouvoir et d’accompagner une transition agroécologique en Afrique de l’Ouest. Cette transition est envisagée comme une garantie pour des moyens d’existence résilients, durables et adaptés aux nouveaux enjeux agricoles ouest-africains.

Combattre la sécheresse

Une démarche similaire est entreprise à Cuba, afin, entre autres initiatives, d’améliorer la résilience des unités productives. Les pratiques agroécologiques sont particulièrement adaptées à une région qui fait face à des épisodes de sécheresse. Les associations ont conçu un guide de travail, qui permet aux paysans et paysannes d’évaluer leur capacité de résistance à la sécheresse, et propose des mesures d’adaptation spécifiques à l’exploitation.

Cet outil prend également en compte d’autres éléments, comme le niveau d’infrastructures, la rotation des cultures et la diversité variétale, la disponibilité du fourrage, l’usage d’énergies renouvelables sur l’exploitation. Cette dimension holistique permet de proposer des solutions d’adaptation mieux calibrées pour l’exploitation.

Le mot de la fin revient à Olivier de Shutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation : « L’agroécologie est mal comprise, elle est comprise comme un retour en arrière, comme quelque chose de passéiste, comme un retour à des traditions paysannes que l’on aurait oubliées, alors qu’en fait, elle est la science du xxie siècle et elle est d’avant-garde. »

KA

LÉGENDES PHOTOS

@Photos 1 : En Ethiopie, Hadush Atsiba travaille sur un système d’acheminement d’eau vers les plantations. Le projet a permis à sa communauté d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et économique.

@Photos 2 : Cueillette du thé en Inde. © Oxfam / Roanna Rahman

© Oxfam / Petterik Wiggers

 

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