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Economie

La Banque mondiale réplique aux accusations venant d’Algérie

La Banque mondiale réplique aux accusations venant d’Algérie
  • Publishedjanvier 10, 2022

Face aux accusations et aux sous-entendus réitérés de certains médias algériens, notamment de l’agence gouvernementale APS, la Banque mondiale publie un bref communiqué. D’un ton très sec, elle précise la manière dont a été rédigé le controversé Rapport de suivi de la situation économique en Algérie.

Par Laurent Soucaille

La Banque mondiale réplique face aux accusations. L’institution de Washington n’a pas apprécié la remise en cause de son rapport, publié fin décembre 2021, sur l’Algérie. Accusations réitérées, le 4 janvier 2022, par l’agence officielle APS.

Laquelle, cette fois, accuse nommément un des rapporteurs, Farid Belhaj, d’être un agent du Maroc ; ce vice-président de la Banque mondiale en charge de la région MENA, de nationalité tunisienne, serait un proche du prince Moulay Rachid, le frère du Roi.

Sur le plan social, l’accélération de l’inflation pénalise les ménages vulnérables. C’est pourquoi « en l’absence d’une mise en œuvre rapide de l’agenda de réformes, la reprise sera fragile et les soldes budgétaire et extérieur se détérioreront à moyen terme », prévient la Banque mondiale.

Voilà qui expliquerait, selon APS qui édite un article aux allures de pamphlet et d’attaques ad hominem, la « tentative de déstabilisation » de l’Algérie par la BM, « orchestrée par des parties connues pour leur hostilité à l’égard de l’Algérie », évoquée à la sortie du rapport.

On s’en doute, ces accusations déclenchent la colère des médias marocains et tunisiens, cette fois. De son côté, le nouveau Premier ministre Aïmene Benabderrahmane avait « demandé le temps de la réflexion », expliquant que son gouvernement allait prochainement réagir.

Dans un communiqué, la BM s’insurge de ces informations « factuellement inexactes » sur le contenu du rapport, assurant que ce document a « été préparé avec la plus grande rigueur ». Et que les auteurs sont « une équipe d’économistes travaillant sur la région du Maghreb ».

Le rapport, « qui fait l’objet d’un examen de qualité approfondi avant sa publication, est basé exclusivement sur des données publiques », dont la référence figure dans le document, ou sur des données fournies par les autorités des pays membres. Ses données sont donc cohérentes avec celles publiées par les services algériens. « Son objectif est d’encourager l’échange de connaissances et le dialogue sur le développement économique et social du pays », fait observer la BM.

« Certains médias ont exagéré »

Constatant le ton agressif parfois employé et le relent de complotisme de – quelques – articles publiés en Algérie, les auteurs de la BM « ont noté avec regret que certains des articles ont adopté un langage qui peut avoir dépassé les pensées de leurs auteurs anonymes ». Et de prévenir : « Tout inacceptable que sont ces propos, il n’y sera pas répondu, tant nous considérons qu’ils ne sauraient porter argument ni ne constituent un élément de débat ».

D’un ton plus conciliant, ils considèrent que l’Algérie constitue « un membre apprécié du Groupe de la Banque mondiale », représentée au Conseil des administrateurs.

Sur le fond, APS s’est indignée que la Banque mondiale analyse les conséquences économiques d’un éventuel tremblement de terre dans les grandes villes et trouve en Algérie « une supposée pauvreté ». En revanche, les grands quotidiens nationaux et les journaux économiques ont signalé, tout comme le Premier ministre, que ce rapport contient aussi des aspects positifs et qu’il encourage le pays à poursuivre les réformes engagées pour se rendre moins dépendant de la manne pétrolière.

« Certains médias ont exagéré dans l’analyse de la teneur » du rapport de la Banque mondiale, en le présentant comme « un document uniquement négatif », a en effet déclaré le Premier ministre algérien. D’ailleurs, ce rapport précise dans ses premières pages : « L’équipe de la Banque mondiale remercie particulièrement le ministère des Finances de l’Algérie pour ses commentaires sur le rapport avant la publication. »

Aïmene Benabderrahmane cumule le poste de ministre des Finances… Toutefois, ce dernier s’est publiquement étonné que des institutions internationales proches puissent se contredire en quelques mois, faisant allusion à un rapport plus positif publié par le FMI à la fin de l’été 2021.

Au fait, que dit la Banque mondiale de si choquant ? D’abord, que l’Algérie profite d’un « répit temporaire », alors que les prix des hydrocarbures atteignent de nouveaux sommets et que la pression de la crise sanitaire s’apaise. Le plan d’actions du nouveau gouvernement s’inscrit « dans un contexte où les évolutions mondiales et sanitaires sont favorables ».

Une embellie temporaire ?

En parallèle, les cours mondiaux du pétrole et du gaz ont atteint des niveaux inédits depuis la crise pétrolière de 2014, favorisant une augmentation progressive des quotas de production de pétrole brut et un essor de la production et des exportations de gaz naturel. Que du bon pour le pays : l’envolée des recettes d’exportation d’hydrocarbures contribue à réduire nettement les besoins de financement extérieur, et permet de stabiliser à court terme les besoins croissants de financement domestique.

Grâce à la dépréciation continue du taux de change, à des politiques soutenues de compression des importations et à une amélioration des termes de l’échange, le déficit du compte courant se réduit et les réserves internationales se stabilisent.

Le déficit budgétaire global demeure élevé, juge toutefois la BM, mais la hausse des recettes pétrolières dans le budget compense la baisse des recettes fiscales et finance l’augmentation des dépenses courantes, le rebond de l’investissement public, ainsi que le coût du soutien à la caisse nationale des retraites. Sur le plan financier, le programme massif de rachats de créances des entreprises publiques allège la pression financière.

De plus, l’embellie risque de n’être que temporaire : la reprise dans le segment hors hydrocarbures s’essouffle et demeure « largement incomplète », tandis que les risques inflationnistes se concrétisent.

Sur le plan social, l’accélération de l’inflation pénalise les ménages vulnérables. C’est pourquoi « en l’absence d’une mise en œuvre rapide de l’agenda de réformes, la reprise sera fragile et les soldes budgétaire et extérieur se détérioreront à moyen terme », prévient la BM.

Qui prévoit une hausse du PIB réel de 4,1% en 2021, avant un ralentissement progressif de croissance à moyen terme, le temps de la transition vers une économie moins dépendante du pétrole n’étant pas achevé. Si l’industrie pétrolière et gazière continue de fournir des devises, elle ne créera que peu d’emplois, compte tenu de sa forte intensité capitalistique.

Un dispositif anti sismique à poursuivre

Au chapitre social dénoncé par l’agence APS, le rapport précise que la pauvreté a diminué en Algérie jusqu’en 2019, dans toutes les dimensions (éducation, santé, conditions de vie). Et nuance : « Si l’Algérie s’en sort relativement bien au sein de la région MENA, et malgré des améliorations notables, de grandes lacunes subsistent et la pauvreté multidimensionnelle varie considérablement d’une région à l’autre et entre les zones rurales et urbaines. »

Enfin, la BM signale bien que l’Algérie est exposée à un large éventail d’aléas naturels, « notamment dans les zones urbaines qui enregistrent une croissance démographique rapide et concentrent une part considérable de l’activité économique ».

Les inondations représentent le risque le plus fréquent dans le pays, mais ce sont les tremblements de terre qui ont causé les plus grandes pertes économiques. La BM salue le cadre juridique qui entoure la gestion des risques de catastrophe, et les « sérieux efforts » entrepris par le pays pour protéger les infrastructures et secteurs essentiels.

@LS

 

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Par Laurent Soucaille

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