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African Business

Jumia se rapproche de la rentabilité

Les résultats trimestriels de Jumia Technologies ont été plutôt bien accueillis par la communauté financière. Il reste au groupe de distribution en ligne à convaincre que l’embellie n’est pas que conjoncturelle et que son modèle économique est viable.

Par Kimberly Adams

Progressivement, Jumia se rapproche de la rentabilité, recueillant les fruits de sa politique de réduction des coûts et de chasse à la profitabilité. Au deuxième trimestre, la « licorne africaine » affiche toujours une perte nette ; mais à 39,4 millions d’euros, le déficit marque une sensible baisse (42%).

Le résultat avant intérêts, taxes, amortissement (Ebitda) ressort à -32,9 millions, une perte en recul de 26% et au plus bas depuis sept trimestre. Fin 2019, le groupe avait pris quelques décisions stratégiques importantes, comme le retrait du Cameroun, de Tanzanie et du Rwanda, et la revente de Jumia Travel, son service de réservation de billets d’avion et d’hôtel.

Le groupe de commerce en ligne affiche un insolent succès, sur le plan commercial. Le nombre de ses utilisateurs actifs, en glissement annuel, se porte à 6,8 millions, contre 4,8 millions à juin 2019. À la faveur d’une réduction drastique de ses dépenses marketing, il devient enfin bénéficiaire sur ses commandes.

Précisément de 0,9 centime d’euro par colis, contre une perte de 0,1 centime en 2019. La société a entrepris un changement de modèle de ses livraisons. « Nos partenaires logistiques tiers sont désormais payés par arrêt réussi à l’adresse du client, quel que soit le nombre de colis inclus dans la livraison. »

De même, Jumia a constitué un réseau d’entrepôts de proximité (système d’entrepôt « mère-fille ») dédié aux produits essentiels. Cette organisation permet de rapprocher l’assortiment des clients, réduire les délais de livraison ainsi que les coûts de livraison du dernier kilomètre.

Visiblement, Jumia a bénéficié d’une embellie de commandes due à la crise sanitaire, bien que ses dirigeants minimisent ce facteur. « Sur la majorité de nos marchés, nous n’avons connu aucun changement significatif dans le comportement des consommateurs. »

Outre la demande accrue de produits essentiels et quotidiens, le marchand a enregistré moins de commandes de plus grande taille. Il constate que les confinements, en Afrique, ont été localisés et ont donc moins entraîné de changements drastiques que dans les pays où le confinement a été généralisé.

Sortir plus fort de la crise

Dans certains pays, notamment au Maroc et en Tunisie, où à l’échelle nationale des confinements ont été décidés, « nous avons connu une envolée des volumes à partir de la mi-mars avec dynamique soutenue tout au long du deuxième trimestre 2020 ».

Il semble néanmoins que Jumia ait commercialisé davantage de biens de grande consommation, y compris les produits de beauté, ou bien des masques et des gels hydro alcooliques. Ce, au « détriment », en termes de mix-produits, des articles de téléphonie, de petit électronique, qui ont fait la réputation de Jumia mais qui dégagent des marges commerciales infimes, compte tenu de la concurrence.

Aux États-Unis, Jumia va verser quelque 5 millions de dollars d’indemnités pour faire taire une « class action ». En échange, la société n’est pas tenue de reconnaître une quelconque faute ni des irrégularités.

« Nous naviguons dans cette période incertaine de la pandémie de Covid-19 avec une solide discipline financière et opérationnelle, commentent les deux dirigeants, Jérémy Hodara et Sacha Poignonnec, dans un communiqué. « Cette agilité nous positionne pour sortir de cette crise plus forts, et encore plus pertinents, pour nos consommateurs, vendeurs et les communautés. »

On peut se demander si, toutefois, cette situation durera. « La bascule a commencé il y a quelques trimestres déjà, et sur des marchés qui n’ont pas connu de confinement généralisé comme en Europe », rassure Jérémy Hodara. Selon qui « petit à petit les usages se font, la nature du panier a changé. »

Au cours du deuxième trimestre de 2020, « nous avons poursuivi la mise en œuvre d’un certain nombre d’initiatives de rentabilité, y compris sur le front de la logistique et de l’exécution ». C’est pourquoi les dirigeants se donnent encore quelques mois pour « convaincre de la viabilité du modèle ». Ce tableau un peu plus encourageant a relancé l’intérêt envers Jumia, l’action étant particulièrement volatile à Wall Street.

Vers une sortie de MTN du capital ?

Autre point rassurant : la société a soldé son différend juridique aux États-Unis. Jumia faisait face à une « class action », accusée, comme d’autres commerçants en ligne, de « déclarations et omissions trompeuses ». Ces plaintes faisaient suite à la publication d’un rapport du spéculateur Citron Research. Le règlement n’est pas sans contreparties : Jumia va verser quelque 5 millions de dollars d’indemnités pour faire taire les plaintes. En échange, la société n’est pas tenue de reconnaître une quelconque responsabilité ni des irrégularités.

L’aspect spéculatif autour de Jumia continue néanmoins, alors que l’agence de presse Bloomberg affirme que les actionnaires de MTN pressent ce dernier de vendre tout ou partie de sa participation au capital.

La participation de l’opérateur télécom serait de l’ordre de 243 millions de dollars, pour 29,9 % du capital de Jumia Technologies AG. Une telle cession n’aurait rien d’étonnant. Depuis plusieurs mois, MTN tente de céder une grande part de ses actifs jugés non essentiels, dans le cadre de sa stratégie de recentrage autour de son cœur de métier et ses principaux marchés, ainsi que de réduction de sa dette.

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