Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Gare aux tontines 2.0 !

Les autorités des marchés financiers alertent sur la recrudescence d’arnaques aux produits d’investissement supposés offrir de juteux rendements. Les autorités gabonaises, notamment, ont lancé une enquête.

Par Laurent Soucaille

La Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) informe le public dans un communiqué de deux nouvelles tentatives d’escroqueries qui prennent de l’ampleur.

Elle a relevé des activités suspectes de démarchage, de publicité, de sollicitation des fonds pour des placements financiers avec une promesse de rendement, depuis plusieurs semaines. Il s’agit de pseudo-véhicules d’investissement, nommés « Crowd1 » et « Le Coffre de Luxe » (parfois orthographié « Coffre 2Lux »), dont les activités sont réglementées.

Le Gabon dénonce ces « systèmes d’arnaque pyramidale en marketing réseau dans lesquels le profit ne relève pas de l’activité de vente mais du recrutement de nouveaux membres », et dans lesquels « seuls les concepteurs desdits systèmes en tirent les bénéfices au détriment des adhérents ».

Elles constituent « des opérations de sollicitation illicites de public » dans la mesure où aucune entité ne peut intervenir sur le marché financier régional pour solliciter le public en vue d’un placement financier sans avoir sollicité et obtenu préalablement un agrément, une habilitation ou une autorisation. Seule la Cosumaf peut autoriser l’accès aux activités, aux services de prestations ou d’engager des opérations.

La Commission d’Afrique centrale rejoint d’autres agences de régulation des marchés, telle la Namibia Financial Institutions Supervisory Authority. La Namfisa avait alerté, dès la mi-mai, de la recrudescence d’arnaques de ce genre.

Dans le cadre de sa mission de protection de l’épargne publique, la Cosumaf attire l’attention des populations de la Cemac, et en particulier celles du Gabon sur ces cas d’escroqueries qui sévissent actuellement. Elle « en appelle à la plus grande prudence et à la vigilance quant à toutes offres de placement non autorisées ».

En quelques clics…

La Commission tient à porter à l’attention des promoteurs de ces plateformes que seuls les intermédiaires agréés du marché peuvent exercer les activités de collecte de fonds auprès du public. Sans préjudice de poursuite pénale, le non-respect de ces dispositions est passible de lourdes sanctions conformément à l’article 388 du Règlement Général de la Cosumaf.

Sur le Net, constate-t-on, des vidéos circulent vantant les bénéfices de ces produits financiers, qui ressemblent à des « pyramides de Ponzi ». Chaque « investisseur » permet à ceux déjà entré dans le fonds de toucher des « bonus ». Pour espérer, hypothétiquement, un gain, il lui faut parrainer de nouveaux entrants, et ainsi de suite. Un système dangereux et interdit.

Le commentateur de l’une de ces vidéos, visiblement un Français, se félicite que depuis quelques semaines que « de nombreux Africains » viennent rejoindre « la société ». Il promet à chacun « jusqu’à 1000 euros par semaine », et des gains minimums à coup sûr, ce qui est bien entendu illusoire.

Réaction des autorités gabonaises

Un autre système de tontine circule notamment via l’application WhatsApp. Elle promet un gain rapide de 80 000 F.CFA moyennant un ticket d’entrée de 10 000 F.CFA. À condition, bien entendu, de faire entrer quatre nouvelles personnes dans le groupe… L’opérateur de téléphonie mobile Airtel a également prévenu ses clients de ne pas entrer dans ce type de placement et de ne surtout pas confier ses coordonnées et ses codes d’accès à l’un de ses promoteurs.

L’analyste gabonais Mays Mouissi, prévenait, dès le 29 mai, sur son compte Twitter : « Actuellement circulent de nombreux messages où on vous miroite des gains faciles sous réserve d’adhérer à des coffres numériques, Crowd1, QuiAri, etc. qu’on présente comme des sortes de tontines. Il s’agit de systèmes de fraude pyramidale. N’Y ADHÉREZ PAS. »

En 2015-2016, de nombreux épargnants gabonais avaient été abusés par une société de microfinance, BR Sarl, qui promettait de juteux rendements. Quatre ans après, certains d’entre eux réclament encore dédommagement auprès de la justice.

Dans la foulée de cette alerte le gouvernement gabonais a décidé de lancer une enquête « pour identifier tout relais de ces plateformes d’escroquerie et protéger les consommateurs », selon un porte-parole du ministère de l’Économie et des finances. 

Ainsi, face à ces « systèmes d’arnaque pyramidale en marketing réseau dans lesquels le profit ne relève pas de l’activité de vente mais du recrutement de nouveaux membres », et dans lesquels « seuls les concepteurs desdits systèmes en tirent les bénéfices au détriment des adhérents », le gouvernement a décidé de faire la lumière sur ces « tontines 2.0. ».

En 2015-2016, de nombreux épargnants gabonais avaient été abusés par une société de microfinance, BR Sarl, qui promettait de juteux rendements. Quatre ans après, certains d’entre eux réclament encore dédommagement auprès de la justice.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Share This