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African Business

Forum du CIAN : Des investisseurs attentifs

En appel aux investisseurs et aux fonds publics internationaux, les entreprises actives en Afrique identifient avec inquiétude les enjeux et les défis de la reprise. Gouvernements et institutions financières veulent rassurer par des garanties et de nouveaux investissements de long terme.

Par Nicolas Bouchet

« Un pacte pour la relance. » Par temps de sortie de crise, les entreprises actives en Afrique vont à la rencontre des soutiens publics internationaux et de la reprise des investissements. Il le faut, tant le continent a vu en 2020 sa croissance spectaculaire devenir une récession se retourner de 2,1%.

La BAD (Banque africaine de développement) distingue dans cette moyenne trois grandes situations issues de la baisse mondiale de la demande. Les économies dépendantes du tourisme ont subi une récession de 11% de leur PIB tandis que celles où le revenu dépend des hydrocarbures ou des minéraux et des métaux ont décru respectivement de 1,5% et 4,7%. Les autres pays ont connu collectivement une décrue moindre, de l’ordre de 1%.

Faisant campagne pour le financement d’infrastructures, le président de la BAD a rappelé que les besoins du continent sont estimés à 485 milliards $ dont 245 milliards pour les pays à bas revenu. Si elle ne peut y pourvoir seule, la BAD y contribue par son programme spécifique.

Conséquences, 30 millions d’emplois ont été détruits et autant de personnes sont tombées sous le seuil de l’extrême pauvreté. Les moyens des pays africains pour amortir les effets de la crise sanitaire se sont élevés en moyenne à 2% du PNB, là où l’Europe a eu les marges nécessaires pour s’engager à hauteur de 25%.

« L’Europe a le quoi qu’il en coûte, l’Afrique a le coûte que coûte », résume Sami Agli, représentant de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC). Sur ces bases, les entreprises des deux rives en Afrique attendent autant une reprise dynamique qu’un soutien de leur activité à la hauteur de l’enjeu.

Organisé en deux temps, le Forum Afrique du CIAN (Conseil des investisseurs français en Afrique) a retrouvé son public en présentiel après un premier rendez-vous en visioconférence tenu en mars. L’occasion pour plusieurs panels de filer l’image du contact et de la relation en personne et de tirer le bilan dans un contexte africain affecté par la pandémie.

L’événement a fait la part belle aux dirigeants politiques avec la participation des chefs de gouvernements du Togo et de Côte d’Ivoire et du ministre français de l’Économie et des Finances. Bruno Le Maire a confirmé l’engagement de son gouvernement d’accorder à l’Afrique de tous ses DTS négociés auprès du FMI lors du Sommet de Paris sur le financement des économies africaines, participant à un total de 100 milliards de dollars de DTS pour le continent.

Interrogé sur la question des vaccins, Bruno Le Maire a confirmé que la France donnera jusqu’à 60 millions de doses mais a botté en touche au sujet de la levée des brevets, « une fausse question », selon lui. « Ce qui compte, ce sont les produits. Les pays doivent préciser leurs propositions mais il faut éviter les déclarations spectaculaires », sans contribuer à changer le paysage de dépendance aux importations de produits pharmaceutiques à hauteur de 70% sur le continent.

Les banques panafricaines mieux placées

Etienne Giros, président délégué du CIAN

Les entreprises représentées ont exprimé un certain nombre d’inquiétudes, à commencer par les banques. BGFI, représentée par Francesco De Musso, critique la pratique des banques centrales de maintenir des taux de refinancement élevés et le peu de possibilités pour les banques africaines de prêter à moyen terme. Celles-ci doivent encore assurer leurs marges, prennent peu de risques et pratiquent des taux d’intérêt à moyen terme parfois supérieurs de six points à la moyenne mondiale.

« Heureusement que les banques panafricaines sont là ! », appuie Alain Pêcheur, directeur financier de CFAO. Sébastien Beuque, s’exprimant au nom de Bolloré Logistics, relève les pratiques fiscales et douanières des pays qui confinent à une zone de « non libre-échange » et créent une trop haute barrière à l’entrée pour les PME qui souhaitent s’exporter sur une rive ou l’autre.

Il cite aussi des recettes fiscales trop faibles et un manque d’entrain à faire passer les entreprises de l’informel au formel, laissant les entreprises officiellement enregistrées subir seules « la pression de très fréquentes visites » et d’éventuels redressements. Les leaders africains présents ont tenu à rassurer.

Faisant campagne pour le financement d’infrastructures africaines, le président de la BAD a rappelé que les besoins du continent sont estimés à 485 milliards $ dont 245 milliards pour la catégorie des pays à bas revenu. Si elle ne peut pas y pourvoir seule, la BAD y contribue par son programme d’infrastructures, qui comprend la phase III des barrages hydroélectriques Inga (14 milliards $), qui finance un pipeline de projets d’une valeur de 208 milliards.

On y trouve aussi un lien routier du Burundi à la Zambie (1,5 milliard), du numérique en Egypte (1,5 milliard) ou encore une installation gazière au Mozambique (1,2 milliard). Aux régions de destination de ces équipements, il assure que « ces lieux seront industrialisés, avec des chaînes de valeur locales et des infrastructures logistiques intégrées ». Et à l’adresse du public du CIAN, Akinwumi Adesina a rappelé que la BAD n’est pas en reste pour le soutien aux entreprises avec 2 milliards $ annoncés en soutien aux institutions financières locales et au private equity.

Pour de nouveaux champions

L’échelon des États, situé entre leurs entreprises ressortissantes et les institutions internationales, a fourni les messages les plus éloquents. « Nous sommes un pays d’entrepreneurs », scande

Victoire Tomégah Dogbé, Première ministre du Togo. Le pays recherche des investisseurs pour appuyer la reprise en relayant des budgets publics déjà lourdement sollicités par des fonds de solidarité, de 800 millions d’euros en deux ans, accompagnés de réformes énergiques de l’environnement des affaires. En Côte d’Ivoire, le fonds de solidarité s’est élevé à 213 millions d’euros en 2020, abondés par 274 millions supplémentaires prévus cette année.

Parlant depuis Abidjan, le Premier ministre ivoirien, Patrick Achi, a exprimé de fortes attentes envers le taux de croissance prévu pour 2021 (6,3%), tiré par des investissements massifs dans les grandes entreprises à hauteur de 2,5 milliards d’euros. S’il estime que « l’État ne produit pas d’emplois ni de richesses », c’est pour mieux souligner que le taux d’investissement très élevé du pays (25%) profite d’abord au secteur privé.

La modernisation de l’agriculture pour la transformation sur place des matières premières et le développement d’infrastructures dans les villes secondaires du pays sont les priorités du gouvernement, reste aux investisseurs privés de faire croître un tissu de PME qui doit favoriser l’apparition de « champions nationaux et de PME à fort potentiel ».

NB

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