Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Félix Bikpo, PCA de African Guarantee Fund : «Comment intervenir en temps de crise »

Le rôle de l’African Guarantee Fund (AGF) est de faciliter l’accès aux prêts pour les PME, pilier des économies africaines. Le nouveau Président du Conseil d’administration, Félix Bikpo explique comment le Fonds atténue les retombées économiques de la Covid-19.

Par Omar Ben Yedder.

Pour paraphraser le plus grand investisseur de tous les temps, Warren Buffett, « Ce n’est que lorsque la marée se retire que vous pouvez découvrir qui nage nu ! ».  L’épidémie de Covid-19 a déclenché l’équivalent d’un tsunami, emportant à la fois les bonnes et les moins bonnes entreprises.

En ces temps de crise, il est naturel que des organisations comme AGF éprouvent le besoin de s’imposer et de démontrer leur valeur, explique le Président Félix Bikpo.

Il a bien  conscience que les retombées de l’épidémie auront un grand impact , mais il est convaincu qu’avec des actions rapides et  des mesures appropriées, ses conséquences peuvent être durablement atténuées.

Le PCA Félix Bikpo analyse ces neuf années achevées fin juin à la tête de AGF. Il considère que sa plus grande réussite a été « de démontrer qu’avec un peu d’ingéniosité, il est toujours possible de débloquer des problèmes qui semblent insolubles au premier abord ».

Son équipe, nous dit-il, est surmenée : Elle a plus de discussions avec les banques qu’à n’importe quelle autre période. « C’est un signe positif ! », tranche-t-il. « Cela montre que les banques comprennent le rôle essentiel qu’elles doivent jouer dans le plan de relance économique et dans le soutien à l’économie réelle – c’est-à-dire auprès des PME. »

En effet, les banques africaines doivent faire face à un  deuxième choc exogène grave en l’espace de dix ans. Le premier étant la crise financière qui a provoqué une grave contraction mondiale et menacé de faire tomber le système financier mondial.

Néanmoins, Félix Bikpo est certain que le système financier, comme il l’a fait il y a dix ans, se montrera assez résilient, « même s’il nécessite une action concertée de multiples parties prenantes ». Les banques elles-mêmes, les institutions de financement du développement telles que AGF, les régulateurs et  les gouvernements. Ce « pour protéger et aider  le secteur privé », ajoute-t-il.

Les grandes entreprises, qui peuvent utiliser leurs lignes de crédit et qui bénéficient de réserves de liquidités plus importantes, devraient être capables de traverser la tempête. « Comme souvent, ce seront les petites entreprises, dont dépendent nos économies, qui subiront le plus gros choc », redoute-t-il.

« Les blocages vont à l’encontre de l’essence même des économies africaines. Celles- ci dépendent beaucoup des marchés informels, des vendeurs de rue et du secteur non officiel qui constitue une composante essentielle du commerce. »

Les prêts aux PME représentent aujourd’hui, en moyenne, 20% du portefeuille d’une banque. Sans intervention ferme et soutien durable aux banques, Félix Bikpo craint que ce chiffre ne dégringole à 2% ou 3%, ce qui serait “catastrophique”.

Quadrature du cercle

Félix Bikpo a été le premier  directeur général de l’AGF lors de sa fondation il y a neuf ans. Il dit avoir accepté le poste à une condition : l’approche du Fonds à l’égard des PME doit être complètement différente de la pratique menée jusqu’alors.

Les actionnaires fondateurs, la Banque africaine de développement et les agences de développement du Danemark et de l’Espagne, ont soutenu cette démarche.

« En contestant l’ensemble du modèle de prêts aux PME, nous avons  débloqué à ce jour environ 2 milliards de dollars de prêts pour ce segment d’entreprises », se félicite-t-il. Cela a été fait principalement en aidant à réduire les risques liés aux prêts aux PME. Parallellement, un travail de fond  a été accompli  avec les banques pour mieux analyser et appréhender les risques des PME.  Enfin, les nouvelles technologies ont parmis de moderniser et de rendre plus efficaces les systèmes informatiques des banques.

Grâce aux garanties du Fonds, les banques n’ont plus besoin de constituer de trop  fortes provisions lorsqu’elles accordent des prêts aux PME.  Ce qui permet d’élargir considérablement le nombre d’entreprises financièrement viables pour les banques. Les PME dont les marges bénéficiaires sont suffisantes peuvent beaucoup plus facilement bénéficier de prêts bancaires, alors qu’elles on en été systématiqement exclues faute de garanties suffisantes.

Les banques peuvent tirer parti de la notation AA (par l’agence Fitch) du Fonds, tout en partageant le risque. Le cercle a été quadrillé.

Stabilité puis relance

Félix Bikpo explique que la réponse d’AGF à la crise a pris deux volets. « Le premier est la stabilisation : protéger le portefeuille de prêts existant, afin de donner aux entreprises le temps de renforcer leur résilience et  de ne pas  faire défaut. »

Le deuxième est l’appui direct pour aider les banques à accroître leurs prêts aux PME, afin de relancer la croissance économique. « Les banques sont inévitablement  prudentes et peu enclines à prendre des risques. Nous assumons donc une partie du risque pour les encourager à prêter, stimuler l’esprit d’entreprise et aider les PME à être un moteur de croissance. »

Le Fonds va lever selon Félix Bikpo 300 millions $ sur les marchés. Cette somme aidera par un effet de levier à débloquer 1,2 milliard $ de prêts supplémentaires au cours des 18-24 prochains mois.

La politique de stabilisation du Fonds a étendu les garanties pour inclure les prêts décaissés par les banques avant même que ne survienne la pandémie. L’AGF aide ainsi les banques à restructurer les prêts et à fournir le soutien nécessaire aux PME.

Le Fonds risque-t-il perdre de l’argent à cause de cela ? « Oui, reconnaît son promoteur, « mais c’est ainsi que notre modèle d’entreprise devrait fonctionner. » Ces pertes auront-elles une incidence sur la notation du Fonds ? « Non, rassure-t-il, nous avons suffisamment d’amortisseurs et de liquidités. »

Ce nouveau financement ne fera que renforcer la position d’AGF et lui permettra d’étendre encore plus ses services. «La seule source de financement pour les PME sont les services financiers. Si les PME  s’effondrent, les économies africaines s’effondreront », justifie Félix Bikpo, soulignant l’urgence de la question. « Si AGF ne peut pas soutenir le secteur des PME maintenant, alors il n’a aucune raison d’exister! »

Le dirigeant considère que les Banques centrales à travers le continent ont, dans l’ensemble, « agi de manière décisive et ont fait un excellent travail ». Notamment, en offrant une flexibilité dans les exigences de fonds propres des banques et en prolongeant la période de non performance des prêts. Ces dispositions offrent ainsi plus de temps aux banques et aux entreprises pour restructurer les prêts et permettre une relance de l’économie.

Le temps est essentiel

Ce dont les entreprises ont besoin pour rebondir, poursuit-il, c’est le temps. Mais de combien de temps, voilà l’inconnue. Les économies africaines étant très variées , des généralisations ne peuvent être préconisées.

Beaucoup dépendront de facteurs tels que la levée des restrictions de voyage pour relancer le tourisme et l’accueil, ou la vitesse de la reprise économique mondiale pour les exportateurs de produits de base.

On estime que les deux tiers de la croissance sur le continent proviennent de la consommation intérieure. « L’attitude du consommateur sera donc également critique et il est difficile de prédire à quelle vitesse la consommation va repartir », considère-t-il. L’investissement public et le rôle des banques seront donc essentiels pour relancer la croissance.

Félix Bikpo a été le premier  directeur général de l’AGF lors de sa fondation il y a neuf ans. Il dit avoir accepté le poste à une condition : l’approche du Fonds à l’égard des PME doit être complètement différente de la pratique menée jusqu’alors.

Quels secteurs sont les plus touchés par la crise ? « Le tourisme d’abord » ,répond-il, à cause du portefeuille de prêts dans lesquels ses clients bancaires sont impliqués.  « ensuite les transports et la logistique, mais aussi l’énergie qui sont particulièrement touchés ».

Bien que la situation actuelle ait tempéré certaines de ses ambitions, le mandat de l’organisation continuera de s’élargir de plus en plus. Par exemple, AGF a été choisie par la BAD et ses partenaires pour gérer un fonds de 300 millions $ visant à accroître les prêts aux entreprises dirigées par des femmes.

Devenu PCA, Félix Bikpo analyse ces neuf années achevées fin juin à la tête de AGF. Il considère que sa plus grande réussite a été « de démontrer qu’avec un peu d’ingéniosité, il est toujours possible de débloquer des problèmes qui semblent insolubles au premier abord ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Share This