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African Business

Croissance : Le Burkina Faso est sur la bonne voie

Selon Standard & Poor’s, le Burkina Faso devrait retrouver le chemin de la croissance et de l’assainissement de ses comptes publics, dès 2021. Son ancrage à l’Uemoa, sa diversification, sa production d’or, devraient compenser le risque sécuritaire.

Par Laurent Soucaille

L’agence de notation S&P Global Rating vient de publier une riche note au sujet du Burkina Faso. L’un des premiers pays subsahariens touché par l’épidémie à coronavirus. Pour autant, les analystes ont maintenu leur notation « B », assortie d’une perspective « stable », concernant la dette souveraine du Burkina Faso. Un profil certes « spéculatif » (risqué) mais aux fondamentaux appréciables.

L’assainissement budgétaire reprendra en 2021, grâce à la numérisation en cours des déclarations et des paiements fiscaux, à l’intégration des plateformes informatiques des services des Douanes et du revenu. Et grâce à l’amélioration des processus de passation des marchés publics.

Selon l’agence américaine, les effets négatifs de la pandémie de Covid-19 seront « concentrés en 2020 et n’entraîneront pas une détérioration durable des tendances de croissance économique et des paramètres de crédit ». En outre, le Burkina Faso a bénéficié d’un décaissement d’urgence de 115,3 millions de dollars au titre de la Facilité de crédit rapide du FMI, permettant une réponse budgétaire plus robuste aux effets sanitaires et sociaux de la pandémie de Covid-19.

Conformément aux objectifs du programme du Burkina Faso avec les critères de convergence du FMI et de l’Uemoa, les autorités « reprendront leur trajectoire d’assainissement budgétaire d’avant la crise ».

 Parallèlement, les experts s’attendent à ce que l’escalade de la crise sécuritaire au Sahel n’« ait qu’un impact modéré sur les performances économiques et budgétaires du pays ». Bien sûr, si celui-ci était incapable de consolider ses progrès institutionnels, ou si les risques sécuritaires s’intensifiaient, l’agence serait amenée à revoir son jugement, prévient-elle.

Il en serait de même si des pressions sur le taux de change du franc CFA vers l’euro devaient se manifester, ou si les réserves internationales de l’Uemoa tombaient nettement en deçà des attentes. Pour l’heure, rien n’annonce ce scénario défavorable.

Au contraire, S&P n’exclut pas une hausse de son « rating » si les politiques budgétaires du Burkina Faso continuent de soutenir la baisse des déficits, conduisant à une réduction de la dette publique et des coûts de financement.

Des progrès dans la dépendance énergétique

Les notations sur le Burkina Faso sont également étayées par l’appartenance du pays à l’Uemoa, qui « réduit les risques externes spécifiques au pays et fournit un solide ancrage politique ».

Bien sûr, les faibles niveaux de revenus du Burkina Faso et les besoins budgétaires et externes toujours importants nuisent encore à sa qualité de crédit. De plus, l’économie du pays reste vulnérable aux aléas climatiques et aux termes de l’échange, étant donné sa dépendance aux produits agricoles et à l’or, pour les exportations.

À moyen terme, les réformes structurelles engagées par le gouvernement dans le cadre de sa stratégie nationale de développement 2016-2020 (PNDES) devraient continuer à moderniser progressivement l’administration et à renforcer la productivité, poursuivent les experts. Qui tablent sur une croissance moyenne de 6,2% l’an entre 2021 et 2023. Les investissements dans de nouvelles centrales électriques et la construction de plusieurs centrales solaires devraient améliorer la fiabilité de l’approvisionnement énergétique, qui reste un obstacle majeur à la croissance. À l’est du pays, s’achève la construction d’une précieuse centrale thermique.

Des revenus aurifères à attendre

Pendant ce temps, les efforts pour déployer un réseau de fibre (projet Backbone) et augmenter la proportion de routes pavées devraient améliorer les communications et les transports à travers le pays, tout en renforçant les technologies de l’information et des communications et les services financiers.

Parallèlement, les mines, l’agriculture et le secteur des services seront les principaux moteurs de la croissance. La production d’or a « considérablement augmenté » au cours des dernières années, atteignant 53 tonnes métriques en 2018, contre 5 tonnes en 2008. L’ouverture de nouvelles mines ainsi que la consolidation du secteur devraient favoriser l’expansion des capacités en 2020-2023, après un recul observé l’an passé. Les cours élevés de l’or (1 500 $ l’once en 2020, selon S&P) jouent en faveur du pays.

Menace sécuritaire au Sahel

L’or représente désormais près de 68% des exportations totales, contre 17% pour le coton, qui reste tributaire des conditions météorologiques. Le gouvernement soutient la transformation locale du coton, ce qui améliore la chaîne de valeur. De même, la nouvelle Banque agricole du Burkina Faso pourrait aider le secteur et améliorer l’inclusion financière.

Reste l’hypothèque sécuritaire. Les incidents au Sahel n’ont pas pesé de manière significative sur la performance économique du Burkina Faso. Pour autant, les attaques djihadistes répétées contre les sociétés minières en 2019 mettent en évidence la menace pesant sur un secteur clé de l’économie du pays.

Le gouvernement consacre également des ressources budgétaires limitées à sa tentative de stabiliser la situation sécuritaire. Cependant, le sommet de Pau, en janvier 2020, devrait permettre une réponse internationale de plus en plus coordonnée ; le groupe des pays du G5 Sahel et l’Union africaine engagent des ressources supplémentaires. Aussi, les experts du S&P font-ils le pari de « la stabilité politique » au Burkina Faso dans les années à venir, même si les manifestations sociales peuvent s’intensifier à l’approche des élections présidentielles et législatives de novembre 2020.

Hausse de la dette, encore soutenable

Ces dernières années, le Burkina Faso a réalisé des progrès vers l’équilibre budgétaire, le déficit des administrations publiques du pays passant à 6,8% en 2017 à 2,7% du PIB en 2019. Les autorités ont fait des progrès dans la mobilisation des recettes fiscales et ont dégagé un espace budgétaire pour les projets d’investissement prioritaires.

S&P prévoit que l’assainissement budgétaire reprendra en 2021, grâce à la numérisation en cours des déclarations et des paiements fiscaux, à l’intégration des plateformes informatiques des services des Douanes et du revenu. E

Les réserves des huit États membres de l’union monétaire étant mises en commun à la Banque centrale (BCEAO), les risques externes sont donc amortis par l’adhésion du Burkina Faso à l’Uemoa.

Et grâce à l’amélioration des processus de passation des marchés publics. En matière d’endettement, l’agence prévoit une hausse de 3,6% par an de la dette du pays d’ici 2023, ce qui porterait la charge de la dette à 41% du PIB, un niveau « encore modéré ». Gare toutefois à ce que les dépenses des administrations publiques, face aux revendications sociales, ne viennent affecter cette performance.

Pour autant, le coût de la dette du Burkina Faso devrait représenter en moyenne « environ 6% des recettes publiques entre 2020 et 2023, « ce qui est relativement favorable par rapport à ses homologues subsahariens ».

Enfin, les risques externes sont amortis par l’adhésion du Burkina Faso à l’Uemoa. Les réserves des huit États membres de l’union monétaire sont mises en commun à la Banque centrale (BCEAO). « Cela crée un tampon contre les chocs de balance des paiements spécifiques aux pays, ce qui est particulièrement important pour les petites économies ouvertes comme le Burkina Faso. »

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