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African Business

Comment renforcer la résilience

Qu’il s’agisse d’élargir les filets de Sécurité sociale, d’améliorer la gouvernance ou de stimuler le commerce intra-continental, l’Afrique a les moyens de faire face aux défis actuels, juge la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique.

 

Par Aude Darc

Hanan Morsy, économiste en chef à la CEA (Commission économique des Nations unies pour l’Afrique), ne cache pas l’impact négatif attendu de la crise ukrainienne. Elle souligne les inégalités croissantes dans les économies africaines, les nouvelles perturbations de la chaîne d’approvisionnement et l’aggravation des niveaux de tension sociales et économiques, dans un contexte de chocs mondiaux persistants. Une logique qui rejoint celle du patron de la BAD, Akinwumi Adesina (lire ici). L’économiste s’exprimait lors d’une réunion virtuelle avec, entre autres participants, les représentants des Nations unies de chaque pays africain.

« Nous devons plaider pour accélérer davantage le commerce entre nous car bon nombre de ces produits peuvent être trouvés dans d’autres pays africains », considère Siaka Coulibaly, coordonnatrice des Nations unies au Sénégal, rejoignant le sentiment de ses collègues onusiens.

L’Ukraine et la Russie sont deux des principaux fournisseurs mondiaux de produits agricoles, d’engrais et d’énergie. « Ces deux pays représentent ensemble plus de la moitié de la part du marché mondial de l’huile de tournesol, par exemple. Un tiers de la production mondiale de blé provient d’Ukraine et de Russie, et ils fournissent près d’un cinquième du maïs dans le monde », explique l’économiste. Denrées alimentaires, pétrole, engrais… les prix atteignent des records.

« Si nous examinons les expositions commerciales entre l’Afrique, la Russie et l’Ukraine à un niveau global, elles ne pas si importantes. Mais le problème ici est la concentration. Les importations africaines en provenance de Russie et d’Ukraine sont concentrées sur quelques produits et pays. »

C’est pourquoi les dix principaux importateurs africains d’Ukraine et de Russie (l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya, la Libye, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Soudan et la Tunisie) sont exposés à la crise car ils dépendent fortement des importations de blé et de maïs.

« Ces dix pays constituent la moitié de la population de l’Afrique et les deux tiers du PIB du continent. Ainsi, même s’il ne s’agit que de dix pays, leur sort a des implications importantes pour l’Afrique dans son ensemble, y compris des risques imminents pour la sécurité alimentaire. »

En outre, les ménages à travers le continent dépensent l’essentiel de leurs revenus en nourriture, bien plus que dans toute autre région du monde. Une augmentation des prix des denrées alimentaires se traduit par une augmentation des dépenses personnelles et un impact négatif sur le niveau de vie et la qualité de vie.

 

43 pays non producteurs de pétrole en difficulté

Dans ce contexte, Hanan Morsy suggère que les pays africains conçoivent des filets de Sécurité sociale ciblés pour atténuer l’impact de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie sur les plus vulnérables. De plus, améliorer la gouvernance signifie aussi mettre un terme à toute fuite de revenus.

Certes, dans la conjoncture actuelle, les exportateurs nets d’énergie verraient des gains et une certaine amélioration de leur situation financière et de leur solde courant. En revanche, 43 pays africains, importateurs d’énergie et de produits alimentaires, devraient faire face à des pressions financières. Les pays exportateurs de pétrole devraient utiliser les gains exceptionnels pour soutenir la reprise économique et reconstituer leurs marges de manœuvre. Tel est le cas notamment du Congo, souligne une note du FMI (lire ici).

Par exemple, en Égypte, environ 80 % du blé importé provient d’Ukraine et de Russie. Le gouvernement a publié un décret fixant les prix du pain non subventionné, afin de prévenir l’inflation. Selon Elena Panova, représentante des Nations unies en Égypte, les pays africains doivent commercer davantage entre eux. « Nous devons plaider pour accélérer davantage le commerce entre nous car bon nombre de ces produits peuvent être trouvés dans d’autres pays africains », approuve Siaka Coulibaly, coordonnatrice de l’ONU au Sénégal.

« Même avant la crise ukrainienne, la pandémie de la Covid-19 avait déjà entraîné la pire récession économique en un demi-siècle en Afrique », insiste Hanan Morsy, rappelant la contraction du PIB réel de 3 % en 2020. Si rien n’est fait, prévoit-elle, la croissance du PIB réel de l’Afrique devrait se contracter de 0,7 point de pourcentage en raison de la crise ukrainienne, et l’inflation devrait augmenter de 2,2 points supplémentaires, poussant davantage de personnes dans l’insécurité alimentaire.

Pour Akinwumi Adesina, l’Afrique doit se préparer au pire

@AB

 

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