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African Business

BAD : croissance de l’Afrique de 3 % en 2021, si…

La Banque africaine de développement revoit son scénario économique pour chaque pays africain, dans un volumineux rapport. Elle entrevoit une sortie de crise progressive et graduelle, mais prévient des risques et des incertitudes.

Par Laurent Soucaille

La BAD (Banque africaine de développement) publie, en ce début juillet, un volumineux supplément à son document annuel Perspectives économiques de l’Afrique. On devine que la crise pandémique de Covid-19 a rendu obsolètes les prévisions publiées en janvier.

Sans catastrophisme, la Banque se montre prudente, parfois alarmiste, face aux conséquences sociales et économiques de la crise sanitaire, notamment dans l’hypothèse où celle-ci se prolongerait. La pandémie de Covid, « si elle n’est pas traitée rapidement, pose un risque élevé de survenue d’une catastrophe humanitaire et de santé publique pour l’Afrique ».

Pour rouvrir les économies, « les décideurs politiques devront procéder à des arbitrages entre d’une part, la relance de l’économie et d’autre part, le contrôle de la propagation du coronavirus », suggère la BAD.

La propagation du coronavirus en Afrique dépend en grande partie du degré de préparation des pays, de leur capacité à isoler les patients infectés du reste de la population et à les traiter, indique le rapport.

Sur le plan clinique, seuls 21 des 54 pays d’Afrique ont les moyens de faire face aux épidémies. Néanmoins, le supplément souligne que la courbe de la pandémie en Afrique est en train de s’aplatir progressivement. Si la tendance se confirme, le scénario « pessimiste » d’une chute de 3,4% du PIB en 2020, peut être écarté.

De même, la BAD constate une « accélération soudaine » de l’inflation, mais considère que l’inflation sous-jacente devrait reprendre son rythme d’avant crise, une fois la pandémie atténuée.

Pour autant, compte tenu des insuffisances des systèmes de santé et de la protection sociale, le virus reste une menace pour les vies humaines et les moyens de subsistance des populations. Le continent demeure également vulnérable à d’autres menaces, comme les nuées de criquets en Afrique de l’Est, ou encore les évènements climatiques extrêmes.

Selon le scénario retenu, après une contraction de 1,7% du PIB de l’Afrique, cette année – chiffre qui masque des disparités selon les pays –, la croissance devrait être de 3% l’an prochain. Néanmoins, « les gouvernements et les partenaires au développement doivent intervenir de manière mieux coordonnée, plus ciblée et plus rapide pour limiter efficacement les répercussions de la crise de Covid-19 », souligne le rapport.

Une reprise différente selon les cas

Avec de nouveaux cas d’infection virale doublant tous les 7 à 14 jours dans la plupart des pays d’Afrique, et 33 des pays disposant d’une « très faible préparation du système de santé » face à la pandémie, son impact menace de bouleverser la récente trajectoire de développement du continent.

Une « récupération partielle » d’environ 3 %, donc, est prévue pour 2021. Mais la reprise prévue en 2021 ne compenserait pas une estimation perte cumulée du PIB de l’Afrique de 173,1 à 236,7 milliards de dollars pour 2020 et 2021.

Des variations importantes des impacts économiques de la Covid-19 sont attendues dans les pays africains, en fonction de leur structure sectorielle et des conditions initiales.

Les pays dépendant du tourisme, les exportateurs de pétrole, et d’autres économies à forte intensité de ressources devraient être les plus durement touchées. Ils subiront les restrictions de voyage dans le monde entier et l’effondrement de la demande et des prix des matières premières, notamment le pétrole.

Pour les pays de ces groupes, la croissance en 2020 devrait se contracter, en moyenne, de plus de 4 points de pourcentage que la moyenne. Les économies moins gourmandes en ressources, grâce à des structures économiques plus diversifiées, devraient mieux résister au choc.

Les déficits budgétaires devraient doubler et les niveaux d’endettement augmenter de 10 points de PIB. Ainsi, la pandémie entraînerait un déficit de financement supplémentaire du secteur public de 122 milliards $. Problématique d’autant que les marchés financiers mondiaux ont fui vers la sécurité, affectant la liquidité des marchés émergents. D’où la forte baisse des investissements étrangers, les envois de fonds et les flux de portefeuille.

Selon les estimations, 28,2 à 49,2 millions d’Africains supplémentaires pourraient être plongés dans l’extrême pauvreté, redoute la BAD. De 24,6 à 30 millions d’emplois pourraient être perdus en raison de la pandémie.

L’impact direct de la maladie sur plus de 23 millions de travailleurs déjà vulnérables en Afrique, entraînerait le nombre total de personnes vivant dans l’extrême pauvreté à 463 millions, dans le pire des cas.

Bien anticiper les risques

Compte tenu de l’ampleur mondiale de la pandémie, les gouvernements et les partenaires au développement doivent réagir de manière coordonnée, ciblée et rapide en utilisant tous les leviers politiques disponibles. Ces leviers comprennent une intervention de santé publique bien ciblée pour contenir la propagation du virus et minimiser les décès.

De même qu’une réponse politique pour atténuer les contraintes de liquidité et les risques de solvabilité. Les politiques supposent une réponse budgétaire pour amortir les impacts du virus et pour protéger les groupes vulnérables.

Elles supposent aussi un contrôle du marché du travail pour protéger les travailleurs et leurs emplois, et des politiques structurelles pour se préparer à un monde post-Covid-19 et renforcer la résilience aux chocs futurs.

Pour rouvrir les économies, « les décideurs politiques devront procéder à des arbitrages entre d’une part, la relance de l’économie et d’autre part, le contrôle de la propagation du coronavirus », suggère la BAD. Selon qui les activités économiques peuvent être redémarrées progressivement sur la base des risques de transmission des différents secteurs.

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