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African Business

Afrique : Des pistes pour répondre à l’urgence et préparer l’avenir

L’Institut Montaigne publie une série de recommandations étayées face à l’urgence pandémique. Il souhaite soutenir les entreprises françaises, mais pas qu’elles, dans leur rôle de relance des économies africaines.

Par Kimberly Adams & Laurent Soucaille

Il ne fait guère de doute que l’Afrique sera profondément touchée par la pandémie de Covid-19, observe l’Institut Montaigne dans une note de conjoncture. Si ce n’est directement par l’importance de l’épidémie sur son sol, le continent subira le ralentissement mondial, le recul des activités touristiques et industrielles, ainsi que le recul des cours des matières premières.

C’est pourquoi le « Think Tank » français, d’inspiration libérale, émet une série de recommandations à l’endroit des entreprises qui investissent en Afrique, notamment celles de taille intermédiaire, ainsi qu’aux États et administrations françaises et africaines.

Ainsi, l’Institut constate, par exemple, que les expatriés français n’ont pas eu le réflexe du départ, en partie de la menace sanitaire qui couvait. Au contraire. « L’augmentation du nombre de voyageurs d’affaires vers l’Afrique traduit le désir des entreprises de reprendre rapidement les liens avec le continent. »

Le maintien de personnel sur place démontre également l’anticipation de ces entreprises pour une reprise de l’activité le plus rapidement possible. Il est ainsi primordial de favoriser et faciliter la réouverture de vols vers et depuis l’Afrique – du moins les principaux hubs tels que Casablanca, Abidjan, Addis-Abeba, Johannesbourg –, le plus rapidement possible pour les déplacements professionnels.

L’Institut Montaigne plaide, sur ce point, pour une « clarification » des autorités françaises et une étroite collaboration intra-africaine, du fait des escales fréquentes pour ces vols.

« Alors que les relations commerciales avec la Chine sont compliquées par le conflit qui l’oppose aux États-Unis, la France et l’Europe doivent envisager de donner la priorité aux relations avec leur voisin africain, qui constitue un relais de croissance potentiel important pour de nombreuses entreprises. »

Face à l’insécurité alimentaire et aux difficultés d’approvisionnement, le cercle parisien de réflexion demande l’instauration de politiques de grands projets d’infrastructures (logistique, stockage, traçabilité, approvisionnement).

Dans ce cadre, la simplification des normes – par exemple, privilégier le de gré à gré plutôt que l’appel d’offres, devant l’urgence –, et la simplification des démarches administratives, sont nécessaires. Bien sûr, il ne faudra pas abandonner les circuits traditionnels dont dépendent de nombreux agriculteurs.

Les mécanismes actuels sont trop lents

L’Institut Montaigne feint de s’étonner que les entreprises françaises, la coopération n’appuient pas les entreprises africaines productrices de masques à usage uniques ou de masques en tissus. Comme ceux fabriqués au Maroc.

« Le dynamisme des entreprises et ONG mobilisées dans la fabrication et la distribution des masques rend d’autant plus aisé le ciblage des producteurs qui pourraient faire l’objet de telles initiatives. » À Abidjan, par exemple, une entreprise s’est engagée à distribuer un million de masques.

La France pourrait aussi contribuer davantage au financement de petites infrastructures comme les petits centres de production électrique chargés de fournir de l’énergie aux unités de soin, au Nigeria et ailleurs.

« Une question centrale pour les entreprises française est de savoir si et comment elles seront en mesure de se positionner sur des projets financés, sachant qu’à moyen terme, les financements se concentreront sans doute sur les infrastructures. » L’appui d’organismes comme l’AFD (Agence français de développement) semble long à répondre à l’urgence, sur ce point.

Bien sûr, répondre à l’urgence doit s’accompagner de mesures de relance durable pour les économies africaines. Sur ce point, l’Institut Montaigne, comme d’autres, recommande une meilleure formalisation de l’économie et une meilleure gouvernance par la digitalisation, que la crise a poussé certaines administrations à adopter.

L’Afrique doit se doter de solutions plus sûres en matière de sécurité et de distribution alimentaire, plaide le Think Tank qui cite en exemple… Rungis, l’imposant marché de gros de la banlieue de Paris. Lequel propose « des solutions intéressantes, notamment en matière de préservation de la chaine du froid, qui pourraient être adaptées aux réalités de l’Afrique ».

Voilà pourquoi aussi les pays africains, appuyés par la France, doivent prévoir un mécanisme de garantie exceptionnelle post-crise, abordables pour le lancement de projets déjà mûrs, afin de dérisquer les investissements.

Pour l’Institut Montaigne, soutenir les entreprises passe aussi par une fiscalité plus juste. Gare aux mesures « confiscatoires », dont le secteur privé doit se prémunir. La réduction de la part de l’informel, qui augmente l’assiette fiscale, participe de cette logique.

En matière de relance, « des secteurs sont à privilégier », comme le digital et l’alimentaire, « tout en faisant du secteur énergétique un axe central car il est indissociable de tous les autres ». Dans ce cadre, rappelle la note, « la transition énergétique constitue une immense opportunité pour le continent africain ».

L’argent ne doit pas aller qu’aux grandes entreprises

Il en est de même de l’effort entrepris par les administrations en faveur du digital, « un atout sur lequel prendre appui pour la relance économique ». Concrètement, il est essentiel de donner la priorité à une articulation public-privé reposant sur la facilitation de l’investissement privé par des garanties publiques.

La reprise des échanges entre l’Afrique et l’Europe doit être organisée, afin que les investissements ne s’adressent pas qu’aux grands groupes. Enfin, sur un plan plus institutionnel, l’Institut Montaigne prône la création d’un commissaire européen à l’Afrique ainsi que la réciprocité au sein de l’Union africaine.

Les économistes font allusion à la promotion de zones de diversification (bois au Gabon, automobile au Maroc). Ce mouvement se heurte toutefois au fait que les zones franches africaines sont, pour l’heure, toujours incomparables à celles des pays asiatiques, notamment en matière de main-d’œuvre, ce qui implique des efforts de plus long terme pour les États.

 « Alors que les relations commerciales avec la Chine sont compliquées par le conflit qui l’oppose aux États-Unis, la France et l’Europe doivent envisager de donner la priorité aux relations avec leur voisin africain, qui constitue un relais de croissance potentiel important pour de nombreuses entreprises. »

Il est de manière générale « indispensable » de faire passer notre relation avec le continent africain à un autre niveau, notamment à travers les échanges culturels, académiques (alors que de plus en plus d’étudiants africains sont attirés par d’autres destinations comme le Canada), et économiques.

 

Cela nécessite néanmoins de favoriser davantage l’accès de l’Afrique aux importations en permettant aux entreprises africaines d’avoir plus facilement accès au marché européen. Un grand nombre d’entreprises pourraient tirer profit de cet élément de la relance.

En outre, des incitations de part et d’autre pourraient permettre de relocaliser en Afrique les activités de certaines entreprises aujourd’hui en Asie. « Cela pourrait même permettre de répondre à l’enjeu de la diversification nécessaire des économies africaines, dont la trop forte dépendance aux matières premières s’avère aujourd’hui plus néfaste que jamais ».

Les économistes font allusion à la promotion de zones de diversification (bois au Gabon, automobile au Maroc). Ce mouvement se heurte toutefois au fait que les zones franches africaines sont, pour l’heure, toujours incomparables à celles des pays asiatiques, notamment en matière de main-d’œuvre, ce qui implique des efforts de plus long terme pour les États.

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