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Dossier Mauritanie : Préparer l’avenir

La Mauritanie vivra en 2019, peut-être la première transition démocratique de son histoire récente. L’ancien Président, s’il résiste à la tentation de se représenter, fera-t-il élire un proche pour garder indirectement le pouvoir ? Entre vieille garde et jeunes pousses, la course a commencé.

Dossier réalisé par Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Nouakchott

L’accord politique conclu le 20 octobre 2016 entre la majorité et l’opposition « dialoguiste » et le référendum du 5 août 2017 (qui a failli tourner au fiasco) ont permis d’apaiser les tensions.

Mais ni la réforme du système judiciaire, ni la détermination à modifier le cadre légal et institutionnel de promotion et de protection des droits de l’homme, notamment la révision de la constitution en 2012 et en 2017 pour y inclure les lois relatives à l’incrimination de la torture et de l’esclavage et leur qualification comme crimes contre l’humanité, n’ont suffi à lever toutes les inquiétudes.

Mobilisés avec toute la haute administration en prévision des échéances électorales (législatives, régionales et municipales), les ministres du sixième gouvernement de Yahya Ould Hademine, ont reçu l’ordre de porter la bonne parole et, surtout, de convaincre les électeurs !

Le Président Aziz pourrait viser le prix Mo Ibrahim et vouloir jouer un rôle à l’international, avant, le cas échéant, de revenir par les urnes. Un scénario « à la Poutine » est plausible, à condition de trouver un Medvedev convenable…

L’implication des cadres du régime dans la campagne de « placement » des cartes du parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR), commencée en avril, a porté ses fruits, puisqu’un million de cartes, sur une population de 3,5 millions d’âmes, ont été distribuées.

Reste la désignation des délégués au Congrès qui va élire les instances dirigeantes de l’UPR, et dont les assises sont prévues « d’ici la fin de l’année ». Elle promet une belle foire d’empoigne entre « vieille garde » et « jeunes pousses » qui émergent.

Compte tenu de l’impossibilité juridique du président sortant de se représenter, la classe politique mauritanienne a pris conscience que le moment est historique. Hormis Moktar Ould Daddah, le premier président de la République islamique de Mauritanie, tous les autres sont arrivés au pouvoir, ou ont été destitués, par un coup d’État. On comprend mieux, dans ces conditions, les séquelles qu’entraîne le peu de culture politique, encore ressenties aujourd’hui.

Le Président mauritanien n’a cessé de le répéter : il ne se représentera pas en 2019 ! Même si des affiches pour un nouveau mandat ont commencé à fleurir un peu partout dans la capitale, Mohamed Ould Abdel Aziz est tout à fait conscient du danger qu’entraînerait un non-respect de la Constitution, s’il venait à briguer un troisième mandat. De surcroît, comme le souligne le directeur de la publication de l’un des principaux mensuels de Nouakchott, Dia el Hadj Ibrahima, le Président « se réserve la possibilité de recevoir le prix Mo Ibrahim, de jouer un rôle à l’international, voire revenir un jour par les urnes… ».

Une opposition à reconstruire

Un scénario à la Poutine, « sous réserve de se trouver un Medvedev convenable », apparaît comme le plus plausible. D’ailleurs, parmi les dauphins, le nom d’un général de division, Mohamed Ould Ghazouani, revient sans cesse, ainsi que celui de Cheikh Ould Baya, l’actuel maire de Zouerate. Le chef d’état-major des armées, qui est issu d’une grande famille maraboutique de l’est de la Mauritanie, et qui doit partir en retraite dans quelques mois, ainsi que l’ancien « promotionnaire » du président Aziz ont, également, le profil idéal pour continuer l’oeuvre de leur ancien compagnon.

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