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African Business

Dossier : Cameroun, un pays aux multiples talents

Même si les prévisions pour 2018 sont légèrement revues à la hausse, à 4,3 %, l’aver­tissement selon lequel le gouvernement devrait « continuer d’élargir l’assiette fiscale non pétrolière et accroître l’efficience de la dépense, notamment en accordant la priorité aux dépenses d’investissement présentant le plus de dividendes de croissance » est plus que jamais d’actualité. Sauf pour le patron du Minepat, Louis Paul Motaze, qui conteste ce « diktat ».

Avec son collègue des Finances (MINFI), Alamine Ousmane Mey, il soutient que, compte tenu de la capacité de rebond de l’économie camerounaise, le taux de crois­sance hors pétrole du Cameroun n’est pas très différent du taux de croissance du PIB réel estimé par le FMI, soit 3,9 % en 2017 et 4,4 % l’année prochaine.

Pente dangereuse

Pour des experts comme Pierre Alaka Alaka, docteur en questions fiscales et finan­cières, cette spirale de l’endettement met le pays sur une pente dangereuse. Alors que l’endettement annuel avait été arrêté à 1 000 milliards de F.CFA à la fin 2016 (1,52 milliard d’euros), six mois plus tard, les emprunts atteignaient 1 700 milliards de F.CFA (2,59 milliards d’euros).

« Cela témoigne de la navigation à vue du gouver­nement dans sa politique de gestion financière», a-t-il déploré. Même son de cloche du côté de l’Assemblée nationale où le député Jean Michel Nintcheu (Social Democratic Front) a dénoncé le manque de sérieux ayant entouré l’élaboration de la loi de Finances 2017.

Interpellant en séance plénière mi-juin le ministre des Finances qui était présent, le député a assuré : « On ne bombe pas le torse lorsqu’on a échoué ! La crise sévère s’abat sur le Cameroun. » Elle serait liée, selon le député, à « l’insuffisance des réformes structurelles et aux mauvais choix économiques».

Augmenter les recettes

Selon un récent classement de la Banque mondiale, le Cameroun – mauvais élève de la zone Cemac –,compte parmi les pays les plus endettés : 5 722 milliards F.CFA (8,72 milliards d’euros), ce qui le place au 10e rang sur 45 pays recensés en Afrique par les institutions de Bretton Woods.

Ce score est encore plus mauvais si on le compare aux « pays subsahariens les plus endettés en proportion de leur PIB » : selon ce critère, le Cameroun se classe à la 34e place sur 45. Pour le représentant résident du FMI au Cameroun, Kadima Kalondji, « la dyna­mique de croissance en Afrique subsaharienne demeure fragile… L’année 2016 a été difficile pour de nombreux pays et la croissance régio­nale est descendue à 1,4 %, le niveau le plus faible depuis plus de deux décennies».

Lors de la présentation de son rapport de prévisions sur l’Afrique, le FMI invite les pays de la sous-région à « réduire la dette, diversi­fier l’économie et améliorer les recettes fiscales ». Concernant le Cameroun, les craintes du FMI sont restées lettre morte auprès des autorités : « Je ne suis pas tout à fait d’accord qu’il faille réduire la dette. Mais je pense qu’un pays devrait bien s’endetter. Un pays qui s’endette bien améliore sa productivité. Ce n’est pas un problème de dette, mais un problème de qualité de la dette », a commenté le ministre Louis Paul Motaze.

Chaises musicales

Parmi les bonnes nouvelles concernant le Cameroun, citons les recettes publiques (hors dons) qui vont légèrement s’accroître en 2017, passant de 16,2 % du PIB à 16,7 % ; elles devraient continuer d’augmenter en 2018 atteignant 17,3 %, selon les prévisions du FMI. Ce qui va constituer un appel d’air pour les finances.

Le ministre Alamine Ousmane Mey a déjà instruit les établissements du secteur public d’arrêter les comptes et les états finan­ciers de l’exercice 2016 au plus tard le 30 juin 2017. Le Cameroun compte 119 entités et entreprises qui constituent le secteur public. Plus de 70 % des établissements étatiques sont des entités administratives non commerciales. Le FMI reproche depuis plusieurs années au gouvernement, l’augmentation des subven­tions publiques à ces 119 structures.

Et pour cause, les subventions sont passées de 0,4 % du PIB en 2009 à une moyenne annuelle de 0,9 % du PIB depuis 2012. En période de réductions de train de vie de l’État, la chasse au gaspillage n’épargne plus personne.

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