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African Business

Djibouti : La renaissance

Entretien

Mahdi Darar Obsieh, directeur général : »La transformation structurelle de l’économie est spectaculaire »

Sans nul doute, le climat des affaires s’améliore, à Djibouti. Le fruit de réformes majeures, ainsi que de l’augmentation et de la diversification des investissements. Le point avec Mahdi Darar Obsieh, chargé de promouvoir les affaires dans le pays.

Propos recueillis par DBM

Quelles sont les missions de l’Agence nationale pour la promotion des investissements ?

Elle a trois missions principales. La première consiste en la réalisation de diagnostics permanents sur l’état de développement du secteur privé. Cette veille permet aux autorités de dégager des perspectives d’amélioration du climat des affaires. Le processus de facilitation des affaires se cristallise, aujourd’hui, autour de l’opérationnalisation du Guichet unique.

La Banque mondiale a identifié les secteurs porteurs de Djiboui : la logistique & transport, les finances, le tourisme et la pêche ainsi que les télécommunications. De plus, un secteur transversal, l’énergie, doit appuyer les autres.

La seconde mission institutionnelle est la promotion des investissements. Nous avons l’objectif de mobiliser des capitaux privés, nationaux et étrangers, vers des secteurs porteurs. Une étude conduite par la Banque mondiale a retenu des secteurs porteurs de la transformation socio-économique. Il s’agit des secteurs de la logistique & transport, les finances, le tourisme et la pêche ainsi que les télécommunications. En plus, un secteur transversal, l’énergie, doit appuyer les autres.

La troisième mission de l’Agence, et non des moindres, est l’impulsion de partenariat et réseautage entre les opérateurs privés nationaux et internationaux. Nous mettons en œuvre des projets d’envergure pour les transferts de technologies et de savoir-faire.

Quels sont les outils, les mesures pour favoriser les investissements ?

Notre Agence accorde une large palette de facilités. En matière de procédures administratives, à travers notamment le Guichet unique, inauguré par le chef de l’État en 2017. Il abrite les représentants de quinze institutions de l’État pour rendre des services synchronisés aux opérateurs économiques, à moindre coût et en moins de temps. Les facilités procédurales ainsi accordées vont de la création d’entreprise au raccordement à l’électricité, les télécoms et l’eau, en passant par les services de visas, cartes de séjour, permis de travail, etc.

Nous offrons également des facilités structurelles, notamment en matière de foncier à vocation économique, de conseils juridiques et de marketing.

Toujours dans le cadre de l’assistance au déploiement des programmes d’investissement, notre Agence instruit les dossiers de demande d’agrément au Code des investissements et en accorde les facilités fiscales afférentes. Ceci pour contribuer à la consolidation et l’accélération du retour sur investissement des projets induisant des valeurs ajoutées à l’économie nationale et à impacts sociétaux.

Si ces dernières années, Djibouti a considérablement amélioré son climat des affaires, c’est au prix de réformes majeures. 

Effectivement, Djibouti a mis en œuvre un programme de réformes ambitieux pour assainir le climat des affaires et instaurer un environnement des affaires plus pratique et compétitif en termes de temps et de coût. Et le résultat a été au rendez-vous. Le rapport Doing Business de la Banque mondiale a classé Djibouti parmi les dix meilleurs pays réformateurs au monde, et ce, trois années consécutives ! Pour certains critères stratégiques, Djibouti a créé la surprise : en matière de relation avec les investisseurs, Djibouti figure dans le peloton des nations les plus protectrices. Dans le classement Mo Ibrahim, et bien d’autres référentiels, Djibouti occupe à une place honorable en matière de facilités pour faire des affaires et des investissements.

Quelles ont été les principales réformes menées ?

En premier lieu, une réforme significative au niveau de la justice commerciale avec la réactivation du Tribunal de commerce et en prime, la formation de juges dédiés. De plus nous avons entrepris une réforme d’envergure du Code civil et du Code des procédures civiles, qui dataient de plus de cent ans.

Un système d’information a également été déployé dans la juridiction pour plus d’accélération et d’objectivation des procédures de règlement des litiges.  Nous avons instauré la publication des décisions de justice commerciale de la Cour suprême.

Une autre grande réforme a été menée au niveau de l’accès au financement. La Banque centrale a ainsi développé un système national de paiement, le SNP, un registre des crédits, un registre des garanties ainsi que des lois en matière de crédit-bail, d’injonction de payer. Ce, pour instituer de plus grandes garanties pour les créanciers. La gamme des formes de garanties a été aussi élargie par l’instauration des garanties non immobilières.

Nous avons aussi engagé de grandes réformes en faveur de la création des entreprises. Un décret présidentiel a imparti un délai maximum de trois jours pour la formalisation des entreprises. Aujourd’hui, le délai moyen est seulement d’un jour. Et en termes de coût, on est passé d’une moyenne de 2 000 dollars à 150 $. Ce qui s’est traduit par la multiplication par trois, dès la première année, du nombre de création d’entreprises. Nous sommes ainsi passés d’une moyenne de 450 entreprises à plus de 1500 par an.

Quel impact sur les flux d’investissement ?

Ils connaissent une augmentation exponentielle. Sur la période 2015-2019, les flux des investissements privés s’élèvent à environ 2 milliards $, avec la consolidation de plus de 5000 emplois directs permanents. On assiste également à une diversification de la structure sectorielle des investissements. L’on relève une expansion du secteur industriel, qui est autour de 30 %. Ceci, malgré les contraintes en termes d’énergie, et de marché.  

Cette amorce forte de l’industrie a doté le pays de capacités de substitution à l’import, voire d’exportation. Des produits alimentaires, des matériaux de construction, des articles de bureautique, et même une industrie d’assemblage de véhicules à 4 et 3 roues, s’exportent dans la sous-région. Sans parler de la grande zone Comesa qui jouera un rôle pivot. La balance commerciale va bien évidemment s’en améliorer.

En matière d’origine, 60% des flux des investissements sont promus par des internationaux et 40 % par des nationaux. Parmi les internationaux, une majorité provient des pays frères arabes, à la tête desquels les Émirats arabes unis, qui investissent dans l’industrie, avec une cimenterie et une fabrique de fers à béton ; le tourisme, l’hôtellerie et l’immobilier, les services commerciaux et de distribution (Mall) et bientôt une importante structure privée de santé.

On ne peut réussir seul. Ainsi, Djibouti consolide sa position de leader de l’intégration régionale, notamment avec l’Éthiopie, au travers d’infrastructures routières, ferroviaires, aériennes et de télécommunications.

De plus, Djibouti assiste à des flux d’investissement d’origine africaine, principalement somalienne et éthiopienne, notamment, dans les secteurs bancaires, immobilier et touristique. Là, l’intégration régionale prend tout son sens et une tangibilité. On ne peut pas omettre du tableau les investissements privés chinois dans le développement de la chaine de valeur du sel, de l’immobilier et dans l’hôtellerie. Nos partenaires mettent en œuvre des projets d’envergure dans l’hôtellerie pour optimiser les potentiels naturels du pays et le placer en position de destination internationale. Pourquoi pas concurrer à Charm-el-Cheikh, avec nos plages paradisiaques et préservées ?

Quels sont, en plus de l’amélioration du climat des affaires, les principaux atouts de Djibouti en matière d’attractivité des investissements ?

La sécurité et la stabilité avant tout ainsi qu’un ensemble d’avantages comparatifs, dont un avantage monétaire. Notre monnaie est indexée au dollar américain, ce qui garantit une prédictibilité des schémas financiers des projets d’investissement et prévient tout risque d’inflation, la peur bleue des investisseurs. Un paramètre important pour les investisseurs.

Pour conclure, selon la feuille de route Vision 2035, Djibouti doit se transformer dans les années à venir, à la fois hub logistique, financier, télécom… C’est un nouveau pays qui émerge ?

On assiste à une transformation spectaculaire de la structure de l’économie, de la structure sociale également du pays, avec des efforts importants au niveau de la valorisation du capital humain. Ainsi Djibouti emboîte le pas, voire dépasse Dubaï, qui n’avait pas le même potentiel que notre pays, au départ.

Djibouti est en train de se constituer en locomotive de l’intégration régionale. On sait qu’on ne peut réussir seul. Ainsi, Djibouti consolide sa position de leader de l’intégration régionale, notamment avec l’Éthiopie, au travers d’infrastructures routières, ferroviaires, aériennes et de télécommunications.

Djibouti est ainsi parmi les premiers pays membres de la Comesa à avoir ratifié l’accord pour la libre circulation des biens et des personnes. Djibouti est également un des premiers pays africains à avoir ratifié l’accord pour la mise en vigueur de la ZLECAf. Djibouti ne rate aucun rendez-vous en faveur de l’intégration régionale. Djibouti est par ailleurs bénéficiaire de l’accord UE-ACP, de l’AGOA, du Greater Arab Free Trade Area Agreement… Nous présentons cette double casquette arabe et africaine, fruit de l’histoire de ce pays carrefour de civilisations, terre des rencontres et d’échanges que nous essayons d’optimiser.

*Agence nationale pour la promotion des investissements

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