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Djibouti veut donner du tonus à son tourisme

Djibouti veut donner du tonus à son tourisme
  • Publiémai 13, 2024

Avec ses lacs, ses montagnes, ses îles paradisiaques et sa faune marine, le pays dispose d’arguments de choix pour dynamiser le tourisme et générer des emplois. À condition d’y consacrer d’importants investissements dans les infrastructures.

 

Chaque vendredi matin, l’hôtel Sheraton propose à ses clients une sortie en bateau sur l’île Moucha, à une quinzaine de kilomètres au large de la capitale. « Cette destination n’a rien à envier aux Maldives ou aux Seychelles », s’enthousiasme Emmanuel Riggi, le manager de cet établissement implanté dans le pays depuis 42 ans. Pourtant, peu de touristes dans le monde connaissent l’existence de cette île au sable fin, à l’eau turquoise, aux coraux et au fond marin d’une grande diversité. Il faut dire que les infrastructures touristiques n’y sont que peu développées. « De manière générale, le pays a un potentiel énorme, qui n’est pas encore exploité à sa juste valeur », regrette l’hôtelier.

« Le secteur touristique peut apporter une manne d’emplois énormes au pays, de manière directe et indirecte. Mais il faudrait que tout le monde bouge dans le même sens et d’un seul coup, pour construire des routes, démarcher des clients, développer les compétences des métiers de la restauration. »

C’est le défi du gouvernement djiboutien, qui souhaite améliorer l’attractivité du pays, pour diversifier son économie encore majoritairement dépendante de l’activité portuaire. « Notre objectif est d’accueillir 500 000 touristes en 2035, contre environ 140 000 aujourd’hui, c’est ambitieux, et la pandémie nous a ralenti, mais nous gardons espoir », explique Osman Abdi Mohamed, le directeur général de l’Office national du tourisme de Djibouti. « Pour cela, nous devons renforcer nos infrastructures sur les sites touristiques, avec un accès à l’eau et à l’électricité, et développer les transports balnéaires et terrestres, possiblement sous forme de partenariat public-privé. »

Loin du tourisme de masse, le pays entend capitaliser sur sa biodiversité marine et terrestre, constituée de plaines, de montagnes, de lacs, de plateaux, de plages, de mangroves et d’îles. Le pays possède notamment un joyau avec la baie de Tadjourah, où d’octobre à janvier, se rassemblent des dizaines de requins-baleines. Le pays est également réputé pour la plongée sous-marine. Autre argument en faveur de la promotion touristique de ce pays qui abrite cinq bases militaires étrangères : son environnement sécuritaire rassurant, dans une région qui est régulièrement minée par les conflits.

Les habitants du pays sont fiers de pouvoir dire qu’il est possible de se promener dans les rues de Djibouti à toute heure du jour et de la nuit. « Nous n’avons pas de patrimoine comme la tour Eiffel ou la pyramide de Khéops, notre modèle à nous s’appuie sur la protection des sites naturels. Nous visons un tourisme de niche, soucieux de son environnement », appuie Osman Abdi Mohamed.

Si le secteur contribue aujourd’hui à 3 % du PIB, le gouvernement espère doubler ce chiffre d’ici 2035. Pour cela, le directeur général de l’Office national du tourisme souligne les mesures mises en place ces dernières années pour la promotion du secteur, comme une diminution du prix du visa qui, en 2019, est passé de 70 à 20 euros, ainsi que la possibilité de l’obtenir par voie numérique. « Avec l’appui d’experts internationaux, le gouvernement a également mis en place un nouveau centre de formation dans les métiers de l’hôtellerie », ajoute-t-il.

 

Il faudrait construire entre 12 et 15 unités hôtelières d’ici à 2035

Du côté des infrastructures, l’aéroport a connu des travaux d’extension et de réfection, en vue d’améliorer sa capacité opérationnelle. Pour se positionner à terme comme un hub aéroportuaire, le gouvernement mène également une étude de faisabilité pour la construction d’un nouvel aéroport. Parmi les signaux positifs, figure également l’inauguration de l’hôtel 5 étoiles Ayla, début mars 2024, qui est idéalement placé sur la façade maritime de la capitale. Construit par l’opérateur privé émirati Cheikh Nahel, moyennant environ 200 millions de dollars, l’hôtel dispose d’une capacité de 217 chambres et peut abriter des conférences internationales. L’homme d’affaires est connu dans le pays pour avoir investi dans l’hôtel Kempinski, le centre commercial Bawadi Mall ou encore une trentaine de villages à Haramous, un quartier résidentiel de la capitale.

Les mangroves de Godoria (photo Agence nationale du tourisme de Djibouti).
Les mangroves de Godoria (photo Agence nationale du tourisme de Djibouti).

Toutefois, la marche est encore haute pour atteindre les objectifs fixés pour 2035. Si le secteur compte aujourd’hui sur 44 hôtels pour un total de 1 814 chambres, toutes ne correspondent pas au standing visé par la stratégie gouvernementale. « Il faudrait construire entre 12 et 15 unités hôtelières d’ici 2035 pour pouvoir subvenir aux besoins de 500 000 touristes », calcule Slim Feriani, le directeur général du Fonds souverain de Djibouti. Lequel rappelle que la clientèle est essentiellement constituée « de touristes d’affaires qui passent deux à quatre nuits dans le pays ». Selon lui, le déséquilibre entre l’offre et la demande participe aux prix élevés pratiqués par les établissements.

De plus, le pays peine à retrouver sa fréquentation antérieure à la pandémie. En 2023, le pays a accueilli 142 551 touristes, soit 25 000 de moins qu’en 2019, à une période où l’industrie touristique mondiale n’avait pas encore été plombée par la crise sanitaire. « Il y a tout à faire, mais le potentiel est énorme, il suffit de venir ici pour se rendre compte des opportunités », poursuit Slim Feriani.

 

 

Un grand potentiel touristique

Pour faire bouger les lignes, le secteur privé national a également sa partition à jouer. La femme d’affaires Hibo Bacha l’a bien compris. Elle se déplace régulièrement à des salons internationaux pour faire la promotion de son pays. « Quand les gens me demandent à quoi ressemble Djibouti, je leur parle des requins baleines qui se retrouvent chaque année dans le Golfe de Tadjourah, je décris le Lac Assal, une immense étendue de sel qui se trouve à 150 mètres sous le niveau de la mer, ou le Lac Abbe, qui ressemble à la planète Mars, avec du sable rouge et de l’eau chaude qui sort de terre. Je parle également de l’archipel des Sept Frères, une zone corallienne où il est possible de faire de la plongée », explique la fondatrice de Bacha Travel, une agence qui dispose d’une certaine notoriété dans la capitale djiboutienne. « Notre pays a un grand potentiel touristique, ce qui nous manque, ce sont les infrastructures. Il faut trouver des investisseurs, pour vendre la destination. »

Le directeur général du groupe Kamaj, Houssein Mahamoud Robleh, qui opère dans l’immobilier, la distribution, la sécurité, l’hôtellerie ou encore les transports, aimerait également changer le visage du tourisme national. « C’est une bonne chose de disposer de grands hôtels à Djibouti-ville, mais maintenant, il faut construire des prolongements pour aller dans les sites touristiques. La route est très mauvaise pour aller au Lac Abbe, par exemple, ça freine le développement d’infrastructures sur place », estime cet homme d’affaires, propriétaire de l’hôtel Les Acacias, qui est situé dans la capitale, sur le front de mer du quartier résidentiel du Héron.

Pour rejoindre des sites comme le Lac Abbe en un temps record, l’homme d’affaires réfléchit à proposer des hélicoptères en location-vente, en partenariat avec des opérateurs internationaux. En attendant, il finalise la construction d’un gîte-étapes à As-Eyla : « L’idée est de se lever très tôt pour voir le lac au moment du lever du soleil, avec des vols de flamants roses. »

Fourmillant d’idées, l’entrepreneur construit également des bungalows et un restaurant sur Maskali, l’île voisine de Moucha, au large de la capitale. En parallèle, il aménage la façade maritime de son hôtel qui donne sur le Golfe d’Aden. « Le développement d’un tourisme responsable peut nous permettre de développer nos régions et de mieux redistribuer les richesses. Il faut créer des emplois, car le taux de chômage est élevé, notamment chez les jeunes. L’idée, c’est de créer une économie endogène. Il y a beaucoup à faire, dans les infrastructures routières notamment, nous sommes dans un pays qui est encore vierge », observe-t-il.



Un manque de visibilité à l’international

Pour développer son secteur touristique et répondre aux objectifs de la vision 2035, le pays devra également renforcer sa notoriété à l’international. « En Europe, neuf personnes sur dix ne savent pas positionner Djibouti sur une carte, et les autres pensent que c’est une garnison militaire. Les gens ne voient pas Djibouti comme une destination touristique. D’ailleurs, seuls 10 % de nos clients font du tourisme de type « vacances« , c’est aussi lié au nombre limité de vols disponibles et au prix élevé des billets », estime Emmanuel Riggi, le manager principal du Sheraton, qui dispose de 185 chambres et emploie 226 employés.

« Un problème également est la cherté des produits, car tout est importé. Dans un Sheraton d’Abou Dabi, vous allez payer 120 dollars la nuit, ici, c’est 230 $ pour le premier prix. Moi, à titre d’exemple, je paie un million $ d’électricité par an. C’est l’un des kWh les plus chers au monde. »

Ce spécialiste du secteur en est toutefois convaincu : « Le secteur touristique peut apporter une manne d’emplois énormes au pays, de manière directe et indirecte. Mais il faudrait que tout le monde bouge dans le même sens et d’un seul coup, pour construire des routes, démarcher des clients, développer les compétences des métiers de la restauration. Il faut des investisseurs avec les reins solides pour monter des choses qui ne seront pas rentables avant plusieurs années. Il faut arriver à créer l’offre pour attirer la demande, car 2035, c’est demain. »

@AB

Écrit par
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