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African Business

Des projets remis en cause dans le carbone

Des projets remis en cause dans le carbone
  • Publiénovembre 29, 2023

La perte de confiance dans le marché compromet la viabilité économique de nombreux projets de compensation carbone annoncés ces derniers mois en Afrique. Le marché pourrait s’orienter vers des produits moins risqués et à l’efficacité prouvée.

 

Ces derniers mois ont été marqués par un regain d’intérêt pour le rôle potentiel de l’Afrique sur le marché volontaire du carbone, accompagné d’une série d’annonces importantes concernant des transactions foncières pour des projets d’élimination du carbone. Pourtant, cette activité fait facilement oublier une réalité majeure : le marché volontaire du carbone est en grande difficulté.

« Toute notre mission pour le moment est de nous stabiliser, d’améliorer nos processus et nos produits au cours des 12 à 18 prochains mois. »

Le concept de base des marchés du carbone, selon lequel les organisations à l’origine d’émissions de carbone doivent financer des projets qui « compensent » ce préjudice en éliminant le carbone de l’atmosphère, n’a jamais fait l’unanimité. Ses détracteurs estiment que le fait de permettre aux pollueurs d’acheter des « crédits carbone » constitue une carte de sortie de prison qui leur permet d’éviter de réduire leurs émissions.

Les critiques à l’égard du marché du carbone se sont intensifiées cette année, à la suite d’une série d’articles de presse exposant des projets de compensation carbone dont la conception et la méthodologie semblent présenter des lacunes flagrantes.

Des articles parus dans The Guardian et d’autres médias internationaux ont attiré l’attention sur les projets REDD+, un type de projet dans lequel les recettes des crédits carbone peuvent être utilisées pour protéger les forêts existantes. Des enquêtes ont suggéré que nombre de ces projets exagèrent leur impact – dans certains cas, des crédits auraient été vendus pour « protéger » des forêts qui ne sont pas en danger immédiat. Ces programmes sont réputés sans valeur, car l’achat de crédits carbone ne change rien à la quantité de carbone éliminée de l’atmosphère.

Bien que la majeure partie de la couverture médiatique négative se soit concentrée sur un seul type de projet, elle a eu pour effet de jeter une ombre sur l’ensemble du marché volontaire du carbone. En octobre 2023, le groupe à but non lucratif Carbon Direct estimait que l’émission de crédits carbone devrait diminuer de 7 % entre 2021 et 2023. Dans le même temps, les « retraits », qui indiquent que le crédit a été réclamé et retiré du marché, sont en passe de chuter de 25 %.

 

Les prix s’effondrent

« Le marché s’est effectivement effondré », reconnaît Ken Newcombe, PDG de C-Quest Capital, une société qui propose des crédits carbone dans le cadre de projets qui visent également à produire des avantages pour la société. L’un de ses principaux domaines d’intervention en Afrique est le déploiement de fourneaux propres, en particulier au Malawi. Les solutions de cuisson propres sont conçues pour éviter les émissions de carbone provenant de la combustion de la biomasse, y compris le charbon de bois, tout en réduisant la pression exercée sur les forêts par la collecte du bois et en améliorant la santé et le bien-être des femmes dans les zones rurales.

Ken Newcombe concède que les critiques formulées à l’encontre de la compensation des émissions de carbone « ne sont pas sans fondement », mais il ajoute qu’elles sont « souvent à côté de la plaque ».

Ken Newcombe, PDG de C-Quest Capital.
Ken Newcombe, PDG de C-Quest Capital.

Il indique qu’en raison de l’absence de demande, C-Quest a cessé de lancer des projets basés sur l’attente de ventes futures de crédits carbone. Au lieu de cela, la société ne lance des projets que lorsqu’un acheteur à terme est disponible. « Nous ne prenons plus nous-mêmes le risque du marché », nous confie son dirigeant. « Nous ne pouvons tout simplement pas nous le permettre, car les prix du marché ont littéralement baissé de moitié ou d’un tiers par rapport à l’année dernière. »

Cette réalité sur le terrain peut sembler surprenante, étant donné l’appétit de la part de certains pour investir dans des projets de compensation du carbone à grande échelle en Afrique. L’initiative des marchés africains du carbone a été lancée lors de la COP27 en 2022, dans le but de générer 6 milliards de dollars de revenus en crédits carbone d’ici à 2030. L’initiative a reçu un sérieux coup de pouce en septembre, lorsqu’un consortium des Émirats arabes unis s’est engagé à acheter pour 450 millions $ de crédits carbone sur le continent.

Plus controversé, l’investisseur Blue Carbon, basé à Dubaï, a tenté de négocier d’énormes transactions foncières pour des projets de compensation carbone dans plusieurs pays africains, ce qui a suscité de vives réactions en raison de l’absence présumée de consultation des communautés forestières.

Loin des annonces qui font la une des journaux et qui visent à créer un élan avant la COP28 à Dubaï, Ken Newcombe affirme que C-Quest s’efforce de résister à la tempête jusqu’à ce que le marché se rétablisse. « Toute notre mission pour le moment est de nous stabiliser, d’améliorer nos processus et nos produits au cours des 12 à 18 prochains mois. »

Du côté positif, le PDG souligne que C-Quest continue d’être approché par des entreprises, dont beaucoup préfèrent actuellement rester « sous le radar », mais sont prêtes à payer une prime pour des compensations de carbone qui peuvent démontrer leur intégrité. « Il en existe suffisamment pour que je sois convaincu que le marché ne va pas disparaître, tant que nous nous assurons que ce que nous offrons au marché est de haute qualité. »

@AB

 

Écrit par
Ben Payton

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