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African Business

Des infrastructures retardées, mais pas menacées

En matière de priorités, outre le secteur de la santé, il faudra analyser l’impact du choc actuel sur les PME et PMI ; d’importants fonds seront conservés à leur redressement. De plus, beaucoup de pays seront tentés d’investir dans le digital, au détriment peut-être d’autres secteurs. Les investissements dans l’énergie seront aussi nécessaires.

Est-ce à dire que les transports seront le parent pauvre des investissements ? « C’est hélas à craindre », redoute l’économiste qui rappelle l’importance des transports dans la chaîne d’approvisionnement logistique.

Au contraire, a-t-on besoin, au sortir de la crise, de se lancer dans de nouveaux grands projets d’infrastructures ? « Sans doute pas. » Il faudra des projets qui permettent de créer des emplois, relancer la croissance. À cet égard, des investissements dans la maintenance de l’existant auront un fort effet de levier : « La maintenance crée très vite des emplois. » 

Interrogé sur les nouvelles sources de financement, Ibou Diouf répond que les financements extérieurs ne seront jamais la panacée. « Les États sont là et seront toujours là. » Le premier garant de l’investissement public est d’abord l’État. Nos économies, quelle que soit leur puissance, restent vulnérables. « On l’a vu y compris entre pays développés, qui se sont battus sur les tarmacs pour des lots de masques ! », fait-il observer.

Trouver de nouveaux mécanismes de financement

Avant de réaliser des investissements de long terme, il faut nous assurer que les impacts de la crise sont bien identifiés. Par exemple, si le télétravail prend de l’ampleur, que les grandes entreprises réduisent la voilure dans la construction de sièges sociaux, quel sera l’impact sur le foncier, sur les revenus fonciers de l’État ? Une problématique que l’on retrouve aussi bien à Abidjan qu’en région parisienne !

Mehdi Serghini observe que le moment est venu de s’interroger sur le financement mixte (Blended finance). Comment faire intégrer des mécanismes de financements internationaux pour stimuler le secteur privé ? L’Uemoa vient de lancer une consultation pour relancer la promotion immobilière en Afrique subsaharienne. La zone cherche de nouveaux outils de financement pour aider les populations, y compris de l’informel, à accéder au secteur privé.

Bientôt, il faudra des projets qui permettent de créer des emplois et relancer la croissance. À cet égard, des investissements dans la maintenance de l’existant auront un fort effet de levier : la maintenance crée très vite des emplois. 

Bref, « de nouveaux outils apparaissent, qui vont dans le sens d’une désintermédiation du financement du secteur privé, au-delà des circuits classiques », explique l’analyste. Mais pour l’heure, l’assistance vient bien des institutions de Washington et dans une moindre mesure des institutions européennes.

Joseph Kouassi Guessan, responsable du pôle infrastructure de la Banque africaine de développement, rappelle que la BAD a agi essentiellement par les appuis budgétaires classiques.

« Nous avions identifié un certain nombre d’investissements, avant la pandémie. Or, les ressources accordées viennent des mêmes paniers de ressources. » Nous avons donc procédé, dans l’urgence, à une priorisation. « Les investissements directs envisagés par ailleurs seront reportés à 2021. Il nous a aussi été demandé de procéder à une restructuration interne des projets déjà actés, nous devrons le faire », prévient-il.

L’ancien représentant de la BAD, Mohamed H’Midouche, intervient. À son sens, la mobilisation des ressources externes pour financer les projets d’infrastructures en Afrique ne peut constituer la panacée aux besoins de nos États ! Ces derniers se doivent de mobiliser certaines ressources internes, notamment en luttant contre l’évasion fiscale des entreprises multinationales opérant dans le secteur minier et en procédant à la cession de certaines entreprises publiques dans le cadre d’opérations de privatisations.

Pérenniser ce qui a marché

Mehdi Serghini amorce la conclusion du débat : « il faut retrouver la capacité, à court terme, de trouver un peu d’énergie afin de limiter la casse économique. La croissance forte ne reviendra pas immédiatement, nous le savons. Pour autant, faut-il tant que cela réviser nos priorités ? Nous aurons besoin de ports, de routes, pourquoi revoir cela sous prétexte de l’essor du télétravail ? Bien sûr, nos choix anciens ne sont pas acquis, ne repartons pas avec nos certitudes ! La crise est également l’occasion de mieux lutter contre la fraude fiscale et de mieux intégrer les populations dans le formel. La solidarité suppose une contribution fiscale, fut-elle modeste. Sous cette condition, nous pourrons avoir des ambitions encore plus fortes en matière d’infrastructures, notamment sociales. »

Siélé Silué confirme : il y aura des décalages dans le temps de certains projets, pas des annulations. Nous y travaillons tous, à notre niveau. À la sortie de la crise, nous reprendrons notre marche normale dans le temps. Le virus est venu nous rappeler que dans toutes les situations, il faut penser à l’homme : donc oui, la santé devient plus que jamais prioritaire. « La relance économique passera sous cette contrainte », prévient l’économiste ivoirien.

Selon Ibou Diouf, la « pause » viendra du fait que les IDE vont se ralentir, dans un premier temps. Aux Africains de trouver les niches pour développer l’emploi social. « Le logement bien sûr, mais il y en aura d’autres, sachant que la protection des personnes et des vies continuera de nécessiter des fonds. »

Le secteur du transport ne sera pas bouleversé, les approvisionnements continueront ; mais les chaînes logistiques devront être soutenues pour être plus résilientes. Ce qui ne nécessite pas des investissements considérables, d’ailleurs (routes secondaires, entrepôts, etc.)

Avec la tentation du protectionnisme, l’Afrique a l’occasion de réfléchir pour elle-même. Quels sont les mécanismes de solidarité qui doivent être pérennisés, ceux qui ont échoué ? Là aussi, la réponse à ces questions permettra de mieux cibler les investissements, conclut l’expert de la Banque mondiale.

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