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African Business

Des dirigeants africains confiants et exigeants

Des dirigeants africains confiants et exigeants
  • Publiémars 15, 2024

Selon une enquête, les dirigeants africains ont soif de libre-échange et souhaitent renforcer leurs liens avec l’Europe. Ils restent conscients des difficultés et des efforts à fournir.

 

Le cercle de réflexion Choiseul Africa a réalisé une enquête, en partenariat avec Skema Business School, sur la vision des dirigeants économiques africains du développement de l’Afrique, à l’horizon 2050. L’enquête porte sur plus de 300 décideurs économiques au croisement des sphères privées, institutionnelles et publiques, représentant 37 nationalités et près de 40% de femmes. Le compte-rendu sait éviter la froideur des chiffres en citant directement les propos de décideurs interrogés.

Plusieurs priorités se dégagent : le besoin d’accélérer la construction de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale) pour 97% des dirigeants économiques, le souhait que l’Union européenne devienne – ou redevienne – le premier partenaire commercial de l’Afrique (pour 53% d’entre eux) et la volonté de mettre en œuvre une transition vers un développement durable.

Chez les décideurs africains, un équilibre pragmatique semble avoir été trouvé entre confiance en l’avenir et conscience de l’ampleur des défis à relever.

Le premier élément saillant que révèle cette enquête, soulignent ses auteurs, est l’ouverture au continent et au monde des décideurs africains. En effet, l’échelle d’appartenance des dirigeants interrogés dépasse les frontières nationales et s’inscrit dans une identité panafricaine, voire mondiale. En Afrique francophone, par exemple, moins de 4% des décideurs font d’abord état d’une identité nationale.

Sur l’ensemble des réponses, 51 % se considèrent davantage citoyens du monde et 42 % davantage Africains.

Dès lors, essentiellement par pragmatisme, l’identité africaine est vue comme « un atout politique et économique ». Voilà pourquoi la création de la ZLECAf apparaît comme bénéfique ou très bénéfique pour 93% des décideurs. Cependant, évoquant un manque d’homogénéité des besoins, certaines personnes interrogées, dont William Nkontchou, président d’AFIIP (Cameroun), invitent à « consolider les marchés régionaux, plutôt qu’un marché africain ».

 

Un essor envisagé hors d’Afrique

Quoi qu’il en soit, les décideurs africains interrogés sont très majoritairement optimistes quant au développement du continent dans les décennies à venir. Plus de 80 % d’entre eux sont ainsi convaincus que la situation socio-économique de leur pays à horizon 2050 sera « favorable » voire « très favorable ».

Hicham Bensaid Alaoui sur LinkedIn : Loi sur les délais de paiement : une  hausse des défaillances d'entreprises…Ainsi, Hicham Bensaid Alaoui (photo ci-contre), directeur général d’Allianz Trade Maroc considère-t-il les perspectives comme « excellentes, au regard du potentiel de développement, du vivier démographique et d’une amélioration croissante de certaines pratiques ».

Comme principaux vecteurs de croissance, les décideurs citent l’agrobusiness (à 63%), l’énergie (60%), les technologies numériques (36%).

« Le continent africain constitue un réel relais de croissance avec le plus important vivier de jeunes talents. Les perspectives de développement sont multidimensionnelles, les derniers investissements ayant résulté en une amélioration du secteur de la santé, un renforcement du système éducatif, une accélération de la transition énergétique mais aussi numérique, sans oublier le développement des infrastructures », commente Jordana Remon Coubeche, directrice générale de Coubèche Distribution (Djibouti).

Jordana Remon Coubeche, directrice générale de Coubèche Distribution.
Jordana Remon Coubeche, directrice générale de Coubèche Distribution.

 

À noter que les dirigeants voient bien au-delà de leurs frontières. Ils sont 82% à envisager un développement de leur entreprise hors d’Afrique, y compris à court terme (29%).

Bien sûr, optimisme ne signifie pas aveuglement, et les dirigeants ne méconnaissent pas les obstacles de l’Afrique. Ils citent en priorité les difficultés politiques (71%), l’insécurité (50%), le manque d’investissements (48%). Et 82% d’entre eux de déplorer que les infrastructures soient insuffisantes, dans leur domaine d’activité.

Sans surprise, ils citent les domaines prioritaires : l’énergie, les transports, le numérique. Et citent aussi les problèmes de « capital humain », deux tiers des dirigeants reconnaissant avoir des difficultés de recrutement.

Malgré les profils variés des décideurs, issus de tous secteurs et types de structures, cette étude met en lumière le fait que « les dirigeants africains semblent avoir une vision commune pour leur continent », commentent les auteurs de l’étude. « De fait, la caractérisation des urgences et de leur capacité collective à y répondre donne systématiquement lieu à un constat, positif ou négatif, partagé par une large majorité d’entre eux. Un équilibre pragmatique semble ainsi avoir été trouvé entre confiance en l’avenir et conscience de l’ampleur des défis à relever. »

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Encadré

Une Europe toujours attractive

 

Dans cette étude aux résultats finalement attendus, un thème pourra surprendre : l’Europe dispose d’une image très favorable parmi les dirigeants africains interrogés. Elle est pour la majorité d’entre eux le partenaire commercial idéal (53 % des choix), avec une aspiration légèrement plus forte dans l’espace francophone (59 %) qu’en Afrique anglophone où la demande d’Europe est disputée par la Chine (24 % contre 16 % au niveau continental) et, dans une moindre mesure, les États-Unis (17 % pour 11 % à l’échelle du continent).

D’ailleurs, la Russie n’est pas particulièrement perçue comme un partenaire commercial intéressant et souhaitable ; elle ne recueille que 3 % de manifestation d’intérêt à le voir devenir le premier partenaire commercial.

En particulier, la politique portée par l’Union européenne en la matière, le Global Gateway, est très favorablement perçue avec 53 % des répondants la qualifiant de « prometteuse » et seulement 7 % la jugeant « peu utile ». La stratégie européenne est appréciée, aussi bien par les répondants francophones qu’anglophones.

Au sein de l’Union européenne, ce sont les relations commerciales avec l’Allemagne et la France qui suscitent le plus d’appétences (avec des intérêts comparables, y compris en Afrique francophone), loin devant l’Espagne, l’Italie, la Belgique et le Portugal.

Cherifa Othmani, directrice générale de Vega International Trade (Groupe Othmani, Algérie), fait observer : « Le coût du transport est en train de devenir un atout pour les échanges commerciaux entre les pays d’Afrique du Nord et les pays européens ».

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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