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African Business

Des constructions résilientes et décarbonées

Des constructions résilientes et décarbonées
  • Publiémars 13, 2024

Le forum mondial sur les bâtiments et le climat s’est tenu à Paris, avec de nombreux représentants africains. L’occasion d’insister sur le rôle de la construction dans la transition énergétique.

 

Durant deux jours, à Paris, les 7 et 8 mars 2024 sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), décideurs et acteurs clés du secteur du bâtiment, des organisations professionnelles et des représentants d’organisations internationales se sont réunis pour se pencher sur le rôle et la responsabilité des bâtiments dans le réchauffement climatique.

La réduction des émissions de gaz à effet de serre des bâtiments représente « un tiers de l’effort total nécessaire pour être en ligne avec le scenario de développement durable de l’Agence internationale de l’énergie », selon Global ABC, l’Alliance mondiale pour les bâtiments et la construction.

Les pays du Sud sont souvent défavorisés dans les négociations internationales. La question de la décarbonisation des industries et des bâtiments entre en jeu et vient s’ajouter à longue liste des instruments de l’Occident.

Le secteur du bâtiment est responsable actuellement de 21% des émissions totales de gaz à effet de serres dans le monde. Le parc immobilier représentait en 2022, 34% de la consommation finale d’énergie, selon Global ABC. Cette énergie est destinée simplement à chauffer, climatiser ou illuminer des bâtiments créant derrière ce besoin d’innombrables dégâts sur l’environnement. La construction des bâtiments est loin de tenir en compte les aspects écologiques et environnementaux. La fabrication ou la construction du ciment engendre de forts impacts sur le climat. Le ciment, l’un des éléments majeurs de la construction, est un produit très émetteur. Comme l’acier et l’aluminium qui génère autant de CO2.

Ces matériaux de constructions sont difficiles à décarboner et à rendre propre. Les promoteurs immobiliers peinent à trouver des solutions pour remplacer le ciment, l’aluminium et l’acier dans la construction. Pourtant des alternatives écoconstructions existent, mais séduisent moins.

Des terres cuites, le bambou ou le bois sont les plus sollicités dans les constructions actuelles et appellent à d’énormes efforts pour se libérer du ciment et de ses dérivés. La rénovation des maisons permet aussi de réduire, selon les experts, à 75% des émissions de gaz carbonique.

 

Durabilité

Lors de ce sommet, Ligia Noronha, du PNUE, a souligné la nécessité, d’« aligner écologie et construction » et de répondre concrètement aux défis environnementaux du secteur, afin d’« approcher la neutralité carbone » à l’horizon 2030. Elle a insisté sur le soutient des projets innovants au bénéfice de l’environnement et des populations, la diffusion de l’enseignement et des bonnes pratiques dans la construction.

Ligia Noronha a salué les efforts des Etats et des gouvernements dans la mise en œuvre des politiques environnementales qui « facilitent la réduction du gaz à effet de serres, encourage à prendre des initiatives importantes pour protéger la nature, l’environnement et réduire considérablement les effets du réchauffement climatique ».

Dans son allocution de bienvenue, Christophe Béchu, le ministre français de la Transition écologique et de la cohésion des territoires, a rappelé que « la façon dont on construit et dont on habite cette planète, c’est 7% des emplois de la planète, 13% du PIB mondial et 50% de la valeur de la richesse consolidée de nos États ou de la totalité de nos acteurs ».

 

D’ailleurs, a-t-il ajouté, « la course dans laquelle nous sommes rentrés, la lutte contre les dérèglements climatiques et la réduction des gaz à effet de serre, il y a la fois la construction et la vie des bâtiments après construction. » La moitié des bâtiments qui existeront dans le monde en 2060 ne sont pas construits. Tous les cinq jours, il se construit dans le monde l’équivalent de la ville de Paris. Chaque année, c’est plus que la surface totale de tous les bâtiments du Japon qui s’ajoute au patrimoine immobilier mondial ». Et le ministre d’ajouter : « Nous devons prendre ici des solutions avec des professionnelles pour montrer qu’il y a d’ores et déjà des solutions qui existent. »

Jamie Fergusson, directeur mondial de l’activité climatique IFC-Banque Mondiale, reconnait les problèmes et la contrainte de convaincre les décideurs au niveau national et international. Il encourage néanmoins sur toutes les initiatives fiscales pour répondre à cette problématique du bâtiment climat et à réfléchir sur toutes les incitations. « Il faut s’intéresser à la chaine d’approvisionnement et décarboner le ciment et l’acier. Mais il faut également travailler sur la résilience. »

 

 

L’exemple de l’Afrique de l’Ouest

Natalia Alonso Cano (Nations unies) est revenue sur la résilience et la durabilité des infrastructures.

« L’engagement de notre bureau pour la réduction des risques des catastrophes naturelles, c’est de trouver des solutions innovantes pour soutenir les efforts collaboratifs pour faire face aux effets de changements climatiques, mais particulièrement pour apporter des solutions de résilience. Le secteur de la construction doit s’adapter aux changements climatiques. Pour cela il faut penser résilience et construire des bâtiments résilients. Nous devons mettre l’accent sur les mesures de résiliences, d’adaptation et de prévention. Nous avons toutes les bonnes raisons financières qui intègrent les risques. »

Roland Roesch est le directeur du centre d’innovation et de technologie IITC, IRENA. Il entend les revendications, les inquiétudes et les attentes. « La décarbonisation, c’est la clé de cette rencontre. Les technologies pour décarboner existent. Le secteur de la construction a besoin des technologies pour se développer et arriver aux objectifs de 2050 de réductions des gaz à effet de serres. IRENA, c’est l’agence internationale des énergies renouvelables. Avec nos membres, présents dans plus de 170 pays, nous travaillons à l’accélération de l’utilisations des énergies propres pour la réduction du réchauffement climatique. Les bâtiments doivent répondre aux appels des énergies renouvelables et s’adapter au fonctionnement et au système ».

L’Afrique est l’une des régions du globe terrestre les plus chaudes avec plus de 40 et 45 degrés dans certains endroits. Les besoins de constructions s’accélèrent et les techniques de constructions s’appuient sur le ciment et les matériaux comme l’acier et l’aluminium avec des méthodes anciennes et non écologique.

Jérôme Gasteau travaille pour le Fonds français de l’environnement mondial. Il développe avec ses partenaires des solutions inspirantes adaptées au climat et l’environnement. Il a beaucoup de projets de construction écologique en Afrique de l’Ouest. Des projets de construction bioclimatiques qui s’appuie sur des matériaux biosourcés localement. Il développe actuellement six chantiers en Afrique de l’Ouest pour réhabiliter et tester des techniques de constructions avec une empreinte écologique réduite et un bilan carbone faible qui sont adaptés au climat de ces régions. Ce sont des constructions bioclimatiques, résilientes, bas carbone, abordables, peu gourmandes en technologies et végétalisés.

 

Le développement sobre de la Côte d’Ivoire

« Nous avons retrouvé une très forte demande sur cette région ouest africaine avec des conditions climatiques spécifiques et de types de réflexion à mener sur les types de construction qui doivent être adapter à ce climat. Nous intervenons au Sénégal, la Mauritanie, Burkina, Bénin et des pays sahéliens ». Évoquant l’impact de ces projets sur les populations, il poursuit : « Ce sont des projets qui ont des coûts de constructions assez limités, qui offrent des bonnes propriétés en matière thermique dans le cadre d’augmentation des températures, ce sont des systèmes de rafraichissement passif qui permettent d’avoir des habitations confortables vantillées pour pouvoir mieux supporter les chaleurs élevées. Nous avons des financements variés qui tient compte des projets innovantes pour les bénéfices des populations et le bénéfice de l’environnement ».

Parfait Kouadio
Parfait Kouadio

En Côte d’Ivoire, pour répondre à l’urgence climatique, l’État a mis en place des instruments juridiques qui intègrent les besoins de l’environnement dans le portefeuille de l’État. Kouakou Parfait Kouadio est le directeur du cabinet du ministère de l’environnement, du développement durable et de la transition écologique.

« La Côte d’Ivoire est victimes des effets de changement climatique comme certains pays africains. Nous sommes venus ici nous inspirer des bonnes pratiques. Notre pays est engagé résolument sur un développement sobre en bas carbone. Nous avons revue en hausse notre ambition climatique en essayant de réduire les émissions de gaz a effet de serres autour de 30.41% a l’horizon 2030. Aujourd’hui de nombreuses initiatives sont en cours dans le pays. Un nouveau Code de l’environnement a été adopté et promulgué. Des décrets d’applications sont en cours. Une nouvelle loi sur les changements climatiques est en voie d’être adopté. Le cadre législatif, réglementaire et juridique est en train de se développer. Pour toutes ces initiatives, nous avons besoin d’accompagnement de la communauté internationale pour accroître la capacité de nos populations, leur résilience face aux effets climatiques. Nous avons des projets environnementaux de grandes envergures qui améliorent les conditions de vie de nos populations. Nous avons besoin des financements près de 22 milliards de dollars pour mettre en œuvre notre politique environnementale en termes d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Des efforts sont faits au niveau interne, l’État va financer certains projets, mais nous avons grand besoin de la communauté internationale pour répondre à nos engagements climatiques. Ce sont des mesures qui ont besoin de financement pour leur mise en œuvre effective. L’environnement est au cœur de nos préoccupations. L’État ivoirien prend en compte les défis environnementaux, nous avons des stratégies que nous voulons mettre en œuvre à travers le renforcement des capacités de nos acteurs locaux et nationaux ».

 

De précieux engagements

Selon nombre d’intervenants, la collecte et le suivi de données, ainsi que le partage des initiatives permettent d’enclencher une réforme dans le secteur du bâtiment et de la construction, de changer les modes de construction et de tenir en compte des effets climatiques dans la vie des populations. Avoir des bâtiments bien sourcés et résilients, rénover et revoir l’efficacité des matériaux dans la construction, c’est l’intérêt de cette rencontre internationale qui doit tenir compte de la durabilité des bâtiments et des aspects écologiques.

Parmi les grands engagements du Forum de Paris sur le bâtiment et le climat, figurent la mise en œuvre des feuilles de route, des cadres réglementaires et des codes de la construction et de l’énergie contraignants afin de tendre vers des bâtiments plus neutres en carbone. Ainsi que la mise en œuvre d’un cadre financier adapté avec des incitations financières, fiscales, et des outils réglementaires afin d’augmenter la part des bâtiments résilients, quasi nuls en émissions de gaz a effet de serre et accessibles. Ensuite les participants s’engagent à promouvoir l’adoption de labels, de standards et de certifications, promouvoir la production, le développement et l’utilisation de matériaux de construction faibles en carbone, durables et à coût limité. Enfin, ils entendent promouvoir les chaînes de valeur collaboratives et la recherche, ainsi que le développement des solutions innovantes, améliorer les compétences en renforçant notamment le savoir-faire local prenant en compte les stratégies d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

Plus de 70 pays s’engagent au respect de ces différentes mesures issues de ce forum. Mais par contre, les signataires de « la Déclaration de Chaillot » soulignent un volume encore trop insuffisant de rénovation et de construction de bâtiments durables. Ce qui accentue le fossé entre la trajectoire du secteur et l’objectif de l’accord de Paris de maintien du réchauffement climatique en dessous de la barre des 1,5 degré Celsius d’ici 2100. Ils dénoncent tous la poursuite des investissements dans des systèmes et des bâtiments à trop forte intensité carbone et la surexploitation des ressources naturelles pour la production des matériaux de construction, facteur de dégradation de la biodiversité et de l’environnement.

Construction d'une maison en bois au Cameroun.
Construction d’une maison en bois au Cameroun.

Pour une bonne gestion des problèmes climatiques et environnementaux, tous les acteurs doivent s’accorder sur le respect des engagements et instruments internationaux ratifiés à l’occasion des rencontres et forum internationaux. Les pays développés ont tendance de monopoliser la parole quand il s’agit de décider sur des questions environnementales et climatiques. Pourtant les plus grands pollueurs et les moins payeurs sont issus des pays développés.

Les pays du Sud sont souvent défavorisés dans les négociations internationales. La question de la décarbonisation des industries et des bâtiments entre en jeu et vient s’ajouter à longue liste des instruments de l’Occident. Pour l’atteinte des objectifs du développement durable notamment la lutte contre les changements climatiques et leurs répercussions, il est essentiel que des discussions avec tous les acteurs s’engagent pour décider de toutes les mesures de résiliences, d’adaptation et d’atténuation face au changement climatique. L’application rigoureuse et dans son intégralité des grandes décisions internationales sur le climat par les partis signataires est la condition sine qua non de la réduction des catastrophes naturelles ou climatiques. Elles doivent faire l’objet de sanctions en cas de violation par une partie tierce. C’est ainsi que les actions et les initiatives vont se consolider autour du climat avec des avancées significatives dans la réduction des émissions de gaz à effet de serres.

@AB

 

 

 

 

 

Écrit par
Mamadou Bah

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