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African Business

Des budgets publics sous la contrainte de taux d’intérêt élevés

Des budgets publics sous la contrainte de taux d’intérêt élevés
  • Publiéoctobre 19, 2023

Les taux d’intérêt resteront probablement élevés, l’an prochain. Voilà qui constitue un défi nouveau pour de nombreuses économies africaines qui s’efforcent de rembourser des niveaux de dette croissants.

 

La hausse des prix mondiaux de l’énergie au troisième trimestre 2023 nous rappelle opportunément que la guerre acharnée des banques centrales contre l’inflation n’est pas encore gagnée. Bien que l’inflation mondiale ait décéléré par rapport aux records de 2022, l’inflation aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans l’UE reste supérieure à l’objectif de 2 % que les banques centrales de ces économies considèrent comme le taux d’inflation cible. Cela augmente la possibilité que les banques centrales en Afrique et dans le monde – en particulier la très surveillée Réserve fédérale américaine (FED) – maintiennent les taux d’intérêt élevés actuels dans un avenir prévisible.

« Les agences de notation ne nous aident pas. Cela n’a aucun sens que les pays en développement, l’Afrique en l’occurrence, paient huit fois plus que les pays européens pour la même dette. »

L’« inflation continue d’être trop élevée et je pense qu’il sera approprié pour la Fed d’augmenter encore les taux et de les maintenir à un niveau restrictif pendant un certain temps », a déclaré Michelle Bowman, membre du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, dans des remarques d’octobre sur l’économie et la réglementation bancaire.

De son côté, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, s’attend à ce que l’inflation dans plusieurs pays reste supérieure à l’objectif fixé jusqu’en 2025. Le FMI exhorte les banques centrales à ne pas assouplir prématurément leur politique monétaire en raison de l’inflation galopante.

La probabilité que les taux d’intérêt restent élevés en 2024 et au-delà présente des défis uniques pour de nombreuses économies africaines, y compris des puissances régionales telles que l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et l’Égypte. Dont les niveaux de la dette publique ont augmenté de manière significative ces dernières années.

Le défi que représente l’augmentation de la dette publique dans un contexte de taux d’intérêt de plus en plus élevés en Afrique a été aggravé par le fait que la majorité des monnaies du continent ont perdu du terrain par rapport au dollar au cours des dernières années. Cela a renchéri les importations et augmenté les coûts du service de la dette extérieure libellée en dollars.

 

Restriction des dépenses

La nouvelle ère de taux d’intérêt élevés met l’Afrique dans une situation difficile en raison de la rapidité avec laquelle la dette publique a augmenté sur le continent au cours des cinq à dix dernières années. En Afrique du Sud, par exemple, la dette publique nette devrait atteindre 5,09 billions de rands (270,2 milliards de dollars), soit environ 84,9 % du PIB, en 2023-2024, contre 3,66 billions de rands, soit environ 74,3 % du PIB, en 2020-2021.

La situation est encore plus grave au Nigeria, où la dette publique totale a plus que quintuplé au cours de la dernière décennie, passant de 7,56 billions de nairas en décembre 2012 à 39,56 billions de nairas en décembre 2021, les chiffres récents montrant que la tendance s’est poursuivie au cours des deux dernières années. (Au cours de la même période, la valeur du naira est passée d’environ 158 nairas/dollar à 764 nairas/$).

Au Kenya, la plus grande économie d’Afrique de l’Est, la dette nationale est passée de 35,39 milliards $ en 2018 à 55,08 milliards $ en 2021 et à 71,48 milliards $ en 2023. Le cabinet Statista prévoit que la dette nationale du Kenya augmentera continuellement entre 2023 et 2028, pour un total de 36,7 milliards $.

En ce qui concerne l’Égypte, la dette publique devrait atteindre 92,7 % du PIB en 2023, contre 88,5 % en 2022. Selon le dernier rapport Fiscal Monitor du FMI, le ratio dette/PIB de l’Égypte est le plus élevé des pays émergents et des pays à revenu intermédiaire.

Les pays dont la dette nationale est élevée développent souvent une dépendance chronique à l’égard des marchés de capitaux nationaux et internationaux pour refinancer les titres d’État arrivant à échéance et payer leurs factures. Les banques centrales étant susceptibles de maintenir des taux d’intérêt élevés au cours de l’année à venir, les principales économies africaines dont la dette publique augmente, telles que l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et l’Égypte, pourraient se trouver confrontées aux conséquences d’une hausse des coûts d’emprunt.

L’une des principales conséquences de l’augmentation des coûts d’emprunt est la réduction des dépenses publiques consacrées au développement et aux dépenses récurrentes telles que les salaires, étant donné qu’une part croissante des recettes fiscales est absorbée par les coûts du service de la dette.

 

Restructurations en vue

Des coûts d’emprunt élevés ont également des conséquences pour les entreprises et les ménages. Lorsque les taux d’intérêt sur les titres d’État sont élevés, les banques préfèrent placer leurs capitaux dans des bons et obligations du Trésor sans risque plutôt que de prêter aux entreprises. Cette situation prive généralement les entreprises des capitaux nécessaires à leur croissance et à leur expansion, ce qui a un impact négatif sur la création d’emplois et la croissance économique.

L’autre risque posé par les taux d’intérêt élevés est que, si les remboursements de la dette dépassent les ressources disponibles, un gouvernement pourrait faire défaut sur sa dette, ce qui aurait des conséquences désastreuses pour l’économie du pays. On craint de plus en plus que certains des pays africains actuellement en situation de surendettement ne risquent de se retrouver en défaut de paiement.

Sept ou huit pays africains ont besoin d’une restructuration de leur dette, a déclaré Abebe Selassie, directeur du département africain du FMI, à la presse lors des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale qui viennent de se tenir à Marrakech, au Maroc. Ces pays sont confrontés à une pénurie de financement qui nécessite une aide internationale. Le Ghana et la Zambie ont tous deux demandé un renflouement d’urgence au FMI et sont en train de restructurer leur dette. Les autres pays sous surveillance sont le Kenya, l’Angola, le Malawi et le Mozambique.

Pour éviter une crise de la dette, les gouvernements africains devront entreprendre de vastes réformes économiques et fiscales et s’associer à des banques mondiales et régionales, notamment des partenaires tels que le FMI et la Banque mondiale.

La Chine est également devenue un acteur de plus en plus important dans les négociations sur la dette, ayant prêté au continent plus de 170 milliards $ entre 2000 et 2022, soit près des deux tiers du montant de la Banque mondiale, selon les estimations du Global Development Policy Center de l’université de Boston.

Dettes africaines

Les dirigeants africains et les chefs de gouvernement se rendent compte que la prévention d’une crise de la dette aura un coût politique élevé. Réduire les dépenses publiques, privatiser les actifs nationaux ou les donner en garantie des prêts, augmenter les impôts et réformer les institutions publiques sont autant d’exemples de mesures de réforme que les créanciers proposent généralement dans le cadre des négociations avec les pays en situation de surendettement. Toutes ces mesures exigent des manœuvres politiques et peuvent coûter très cher aux élus en place qui cherchent à se faire réélire.

 

Des réformes nécessaires

Le FMI insiste de plus en plus sur les réformes dans le cadre de ses conditions d’octroi de prêts et d’assistance aux pays africains. L’une des principales mesures qu’il préconise est une mobilisation accrue des ressources nationales, car elle est plus efficace que les réductions de dépenses, qui peuvent être contre-productives compte tenu des besoins considérables de l’Afrique en matière de développement.

« Les pays d’Afrique subsaharienne ont tendance à s’appuyer excessivement sur les réductions de dépenses pour réduire leurs déficits budgétaires. Bien que cela puisse être justifié dans certaines circonstances, les mesures relatives aux recettes, comme l’élimination des exonérations fiscales ou la numérisation des systèmes d’enregistrement et de paiement, devraient jouer un rôle plus important », a écrit Fabio Comelli, économiste principal au département Afrique du FMI.

Compte tenu des difficultés politiques liées à la mobilisation des impôts, les économistes du FMI ajoutent que « les campagnes de communication qui décrivent de manière transparente et crédible les avantages à long terme de la réforme, ses conséquences en termes de répartition et le coût de l’inaction sont également essentielles ». L’acceptation des réformes par le public « dépend plus généralement de la capacité des gouvernements à convaincre la population qu’ils utiliseront les fonds publics de manière efficace, équitable et transparente ».

Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.
Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.

 

Certains dirigeants d’Afrique et d’ailleurs estiment que les réformes nécessaires pour résoudre le problème de la dette africaine doivent s’étendre au-delà du continent et inclure également les agences de notation mondiales. Selon la CNUCED, les pays africains paient huit fois plus d’intérêts sur les prêts que leurs homologues européens et quatre fois plus que les États-Unis en raison des évaluations faussées des agences de notation mondiales.

« Les agences de notation ne nous aident pas, elles nous nuisent vraiment parce qu’elles produisent cette perception. Cela n’a aucun sens que les pays en développement, l’Afrique en l’occurrence, paient huit fois plus que les pays européens pour la même dette », confiait Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, à des journalistes kenyans, en août. Ce point de vue a été repris par l’Union africaine ainsi que par d’éminents chefs d’entreprise tels que le milliardaire soudano-britannique Mo Ibrahim, qui s’est exprimé sur le sujet à Marrakech.

@AB

Écrit par
Lennox Yieke

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