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African Business

Réki Moussa (directrice générale de 2MI-SA): Nouveau départ

Après avoir passé plus de dix ans à la tête d’une institution de microfinance, Réki Moussa dirige désormais la société 2MI-SA. Elle poursuit son action au service de l’inclusion financière de tous, notamment des femmes.

Niamey, Sani Aboubacar

Elle a choisi la journée du 8 mars, dédiée aux droits de la Femme, pour lancer officiellement les activités de sa nouvelle société, 2MI-SA, (Mata et Matassa Invest, « femmes et jeunes »).

Un nouveau défi pour l’épouse de l’ancien ministre nigérien des Affaires étrangères, qui a dirigé pendant quinze ans l’une des plus grandes institutions de microfinance au Niger, Asusu SA. « Lorsque nous avons constaté les difficultés au niveau de l’institution financière que nous gérions et qu’on m’a demandé de démissionner, mon plan B était de créer autre chose et m’en aller », explique Réki Moussa.

Cela dit, le ministère des Finances, qui reproche à l’ancienne présidente de Asusu une mauvaise gestion, n’a pas attendu sa démission pour mettre l’institution sous administration provisoire, afin, officiellement, de sauver les créances des clients. 

En octobre 2018, Réki Moussa a créé la société 2MI-SA qui veut contribuer à la croissance économique du pays à travers le Centre de promotion de l’entrepreneuriat de la femme et des jeunes, dénommé 2M Invest. 

Nous mobilisons le monde rural, nous lui donnons l’organisation et la formation nécessaire ; par la suite, les banques, par ce canal, peuvent toucher les organisations paysannes très facilement.

Il vise, selon sa promotrice, à faire des jeunes vulnérables des « pigeons messagers », avec toutes ses caractéristiques, afin qu’ils soient vecteurs de changement dans leur communauté.

Sa vision est fondée sur plusieurs composantes : la confiance en soi, l’éveil entrepreneurial, la conception du projet, l’accompagnement entrepreneurial et la composante maturation.

Faciliter l’inclusion financière 

Réki Moussa, 48 ans, a travaillé pendant dix ans avec le monde rural à l’organisation CARE International. « C’est là que j’ai trouvé la passion d’être toujours avec les couches vulnérables et de les accompagner », se rappelle-t-elle.

Une mission qu’elle a poursuivie chez l’institution financière Asusu SA. « Je ne suis pas arrivée au bout de ce que je souhaite voir en matière de transformation. Donc, comme première activité au niveau de 2M INVEST, il faut plutôt poursuivre, parachever et consolider ce qu’on a introduit depuis longtemps à l’endroit des groupes cibles, à savoir le modèle Mata Masu Dubara (MMD) », explique-t-elle.

La responsable souhaite dédier exclusivement le volet entrepreneuriat de la femme à la promotion de l’inclusion financière, à travers la vulgarisation dudit modèle MMD, déclinaison nigérienne du programme de développement AVEC (Association villageoise d’épargne et de crédit). 

D’abord chef du projet Mobilisation des ressources des femmes, ensuite directrice du programme MMD dans deux grandes villes du Niger, puis à l’échelon national, Réki Moussa fait partie des piliers qui ont assuré le développement et la promotion du modèle.

Engagé dans les années 1990, le MMD est un processus d’organisation des femmes en groupement d’épargne et de crédits. Le modèle a si bien marché au Niger qu’il a été répliqué dans plus de vingt pays d’Afrique et d’Amérique latine. « En réalité, le modèle MMD, c’est une façon de faciliter l’inclusion financière, faire en sorte que ceux-là qui n’ont pas accès aux systèmes financiers classiques puissent aussi y accéder », souligne-t-elle.

Vaincre les obstacles du financement 

Le Niger s’est tout récemment doté d’une nouvelle stratégie nationale d’inclusion financière, après une première tentative avortée. Pour la directrice de 2MI-SA, la prise en compte du volet femme vise à accompagner la nouvelle stratégie nationale de l’inclusion financière.

«Notre rôle dans ce sens, c’est d’assurer le service de proximité : aller trouver le pauvre jusqu’à sa case et lui permettre d’avoir accès au service financier », promet-elle, restant convaincue qu’à travers ce volet, 2MI-SA participe pleinement à l’inclusion financière tout en facilitant l’accès au financement. 

Toute entreprise, au-delà de l’apport personnel et de la détermination du promoteur, à un moment de son développement, aura besoin de concours extérieur. C’est pourquoi la directrice générale de 2MI-SA insère le volet Mécanisme de financement. « D’abord, nous oeuvrons à l’éducation financière avec la formation de certification de groupements », explique la dirigeante qui précise que dans le même temps, « c’est de la clientèle que nous préparons pour les banques et les Systèmes financiers décentralisés ».

Vers une augmentation de capital 

Comme le banquier ne peut intervenir partout, « nous mobilisons le monde rural, nous lui donnons l’organisation et la formation nécessaire ; par la suite, les banques, par ce canal, peuvent toucher les organisations paysannes très facilement », souligne-t-elle. Pour ce faire, la directrice générale de 2MI-SA se donne comme objectif d’aligner le modèle MMD aux nouvelles technologies ; des tests de digitalisation des opérations des caisses des groupements sont en vue. 

À cet effet, la société entend travailler pour que tous les mécanismes de financement disponibles puissent bénéficier aux jeunes et aux femmes du Niger.

Sa promotrice confirme avoir déjà noué des partenariats avec des investisseurs qui interviennent dans le domaine. « Nous proposons aussi des plateformes qui peuvent aussi aider nos promoteurs à mobiliser de l’argent via du financement participatif », explique Réki Moussa. 

Outre l’intermédiation auprès des institutions bancaires, des Système financiers décentralisés et des investisseurs pour qu’ils puissent aider les entreprises, 2MI-SA compte également apporter un appui au Mécanisme de financement avec des fonds propres.

D’un capital de 500 millions de F.CFA au démarrage (762 000 euros), la société 2MI.SA va prochainement porter le capital à un milliard de F.CFA. « Avec ces fonds propres, nous allons voir dans quelle manière nous pouvons, par nous-mêmes, contribuer au financement des entreprises, mais aussi dans l’accompagnement des femmes qui sont dans des groupements. » 

Seulement, si la directrice générale de 2MI.SA, pour mener ses activités, peut compter sur son expérience, sa compétence et sa popularité dans les milieux des jeunes et des femmes, qui la considèrent comme modèle, la position politique de son époux, Ibrahim Yacoubou, peut être un handicap majeur.

Alors qu’elle dirigeait l’institution de microfinance Asusu SA déjà, elle était accusée de financer les activités politiques de son mari, devenu aujourd’hui le seul opposant qui n’a pas sa langue dans la poche contre le régime de Issoufou Mahamadou.

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