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African Business

Propos de Makhtar Diop Vice-président de la Banque mondiale pour les Infrastructures

…l’importance du secteur privé africain et sa transparence. On n’accède pas à la Bourse des capitaux sans un certain niveau de transparence et de viabilité financière ! Les entreprises privées sont dynamiques mais il reste beaucoup à faire. Avec une population de plus de 1,2 milliard d’habitants, l’Afrique ne compte que trois « licornes », ces sociétés privées dont la valeur est estimée à plus d’un milliard de dollars. La transformation numérique en Afrique est un objectif qui nécessitera un engagement résolu en faveur des réformes et une augmentation considérable des investissements dans les infrastructures. Et il faudra exploiter l’investissement privé et l’expertise du secteur privé. 

Comment articuler cette démarche – celle de basculer dans le digital – avec vos partenaires (UA et autres), et surtout, pour être dans l’opérationnalisation, la traduction en actes, qui est l’étape la plus importante ? 

Il est très important de rappeler que cette grande initiative de transformation numérique en Afrique, que nous poussons, vient des pays africains. Amani Abou-Zeid qui occupe actuellement les fonctions de Commissaire pour le numérique et l’énergie de l’Union africaine, en a donné la vision que les chefs d’État appuient, depuis deux ans. Le sommet Transform Africa, qui regroupe les acteurs du secteur, est aussi une rencontre importante. Cette grande initiative présente un caractère fédérateur des actions publiques : les gouvernements et les régulateurs vont devoir travailler ensemble et regarder les meilleures pratiques internationales pour les appliquer à nos pays. Nous devons libérer les capacités du secteur privé national et international. 

Cela suppose des capitaux. 

Bien entendu ! Nous n’ignorons pas cette question. Nos collègues de la IFC (Société financière internationale) travaillent aujourd’hui sur plusieurs objectifs, notamment sur la prise de participation dans certaines entreprises du secteur numérique, à travers la mise à disposition de lignes de crédit. Nous-mêmes y travaillons. 

De son côté, le secteur privé international porte un intérêt accru sur le numérique en Afrique. 

Comment éviter la fracture numérique dans une Afrique inégalement développée ? De nombreuses « zones d’ombre » demeurent sur le continent. 

Cette question a été évoquée lors des discussions qui ont accompagné l’initiative de Transformation numérique. Nous devons réduire la fracture spatiale – les inégalités entre les régions – et la fracture du genre. Les femmes ne doivent pas être laissées pour compte. Nous devons travailler à ces deux sujets de manière claire et convergente, de manière à ce que chacun puisse participer à cet effort. Pour cela, nous devons poursuivre nos initiatives et les accélérer. Pour ce qui est des moyens, nous avons publié récemment un rapport sur les différents modèles d’extension de la fibre optique.

Nous vivons aujourd’hui la quatrième révolution industrielle. Très vite, nous avons compris que les développements que nous avons connus en Afrique – je pense à des innovations telles que M-Pesa – pouvaient vraiment développer les économies du continent. Nous avons assisté à une croissance énorme !

Le dark fiber – la fibre noire – constitue l’un des plus simples et des plus immédiats de ces moyens : les entreprises publiques d’électricité utilisent souvent la fibre optique, dans laquelle les gouvernements ont investi, pour la gestion de leurs réseaux, mais elles ne l’utilisent pas à 100 % de sa capacité qui excède leurs besoins.

Nous souhaitons examiner avec les gouvernements la possibilité pour le secteur privé d’utiliser cet excédent. Sur la côte Est, un câble sous-marin a été installé. L’Égypte, qui vient de prendre la présidence de l’UA, constitue, à cet égard un hub intéressant : dix-sept lignes de câbles sous-marins convergent vers ce pays, qui a récemment signé des contrats avec des partenaires privés pour l’installation de lignes de fibre terrestres reliant le continent. Un contrat similaire est en vue, pour relier l’Égypte au Sénégal. 

Tout cela devrait permettre d’aider les pays les plus pauvres, qui sont souvent enclavés, à accéder à la fibre optique. Il faut également augmenter la capacité à l’intérieur de ces pays, et c’est précisément ce que prévoit notre grande initiative en matière d’infrastructures, afin de financer d’autres lignes de fibre : lorsqu’une route est construite, il est systématiquement prévu de doubler son tracé d’une ligne de fibre optique, ce qui permet de ne pas avoir à procéder deux fois à des travaux de terrassement.

Nous allons également utiliser des initiatives régionales comme celle de la Corne de l’Afrique, qui fait actuellement l’objet de discussions avec les gouvernements, autour du lac Tchad, du Sahel, afin que les pays de cette région, qui sont fragiles, puissent bénéficier de l’accès à la fibre optique et à Internet, et à terme, de la création d’emplois et d’une amélioration des services rendus aux populations. 

Comment l’Afrique peut-elle réussir à relever ce défi de masse de la révolution numérique ? 

Des progrès énormes ont été réalisés. Les problèmes de production d’électricité que j’avais constatés dans la région, en 2012, sont aujourd’hui résolus, pour l’essentiel. Nous rencontrons surtout des problèmes de distribution. Les coupures de courant sont le plus souvent dues à la vétusté du réseau de distribution, même dans les zones où il y a de l’électricité. Ce réseau manque de capillarité, et sa qualité laisse à désirer à cause de la situation financière difficile dans laquelle se trouvent les entreprises de distribution, ce qui les empêche d’investir dans la maintenance. Nous avons achevé récemment une étude sur la question des infrastructures en général – pas seulement sur l’électricité – qui révèle que pour un dollar dépensé dans l’investissement, un dollar doit être affecté à la maintenance. 

Vous touchez du doigt le point faible de l’Afrique… 

Tant que ce dollar ne sera pas affecté à la maintenance, nous serons condamnés à dépenser cinq dollars pour réinvestir à nouveau dans les infrastructures. Le défaut de maintenance génère un coût énorme ! C’est un défi important pour les prochaines années : nous avons une croissance importante des infrastructures sur le continent, mais il est maintenant indispensable de veiller à ce qu’elles soient maintenues afin que l’existant ne se dégrade pas comme on l’a vu dans certains pays. 

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