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African Business

Propos de Makhtar Diop Vice-président de la Banque mondiale pour les Infrastructures

Sept mois après sa nomination à la tête du département des Infrastructures, Makhtar Diop fait de la grande initiative Digital Transformation for Africa un des axes majeurs de l’action de cette institution. Ce qui signifie un basculement complet dans l’univers du numérique.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche, envoyé spécial aux Spring Meetings de la Banque mondiale, Washington 

Comment l’adaptation s’est-elle opérée pour vous, en passant de l’Afrique à ce département global de la Banque mondiale ? 

Sans trop de difficultés, car une grande partie du portefeuille de la région Afrique, comme vous le savez, porte déjà sur les infrastructures. Nous savons tous depuis longtemps que le déficit des infrastructures sur le continent est une des contraintes essentielles. C’est la raison pour laquelle la Banque mondiale a beaucoup investi dans les programmes régionaux dont une grande partie porte sur les transports tels que les corridors routiers, ou l’énergie comme le West African Power Pool. Dans chaque pays, les pouvoirs nationaux sont articulés autour de la question des infrastructures.

Les rendements sur les investissements en Afrique sont beaucoup plus élevés que ce qu’on peut parfois recevoir en retour des investissements dans les pays de l’OCDE. La différence est qu’en Afrique, les investisseurs font face à une plus forte incertitude au risque, et à l’instabilité de certains pays.

Il était donc naturel que je m’occupe particulièrement de ces questions en tant que vice-président régional. Par ailleurs, lors de ma carrière, j’avais occupé les fonctions de directeur de ce qu’on appelait le FPSI (Financement, développement du secteur privé et infrastructures) pour l’Amérique latine. C’est un secteur qui m’est donc familier. J’ai d’ailleurs gardé dans mon équipe actuelle de nombreux membres qui travaillaient avec moi à cette époque. 

Le programme Digital Transformation for Africa représente un changement de logiciel sur un enjeu majeur. Comment s’est opérée, en coulisses, la préparation de ce basculement ? 

Nous vivons aujourd’hui la quatrième révolution industrielle. Très vite, nous avons compris que les développements que nous avons connus en Afrique – je pense à des innovations telles que M-Pesa – pouvaient vraiment développer les économies du continent. Nous avons assisté à une croissance énorme… Clairement, l’exemple le plus évident où l’Afrique a fait un bond en avant dans le numérique est l’argent mobile. Il est le moteur de l’inclusion financière en Afrique où le nombre de comptes a doublé pour atteindre 21 % entre 2014 et 2017. En parallèle, les besoins sont grandissants. L’accès à Internet reste une chimère pour la plupart des habitants du continent, dont seulement 22 % sont connectés selon les chiffres de 2017. 

Vous basez votre démarche sur des études précises ? 

Oui, les études existent. Si l’on compare l’Afrique à d’autres marchés numériques, le continent dans son ensemble ne va pas assez vite. Sur les 25 pays les moins connectés au monde, 20 se trouvent en Afrique. Cependant, même si nous avons commencé très bas, je peux vous dire que l’Afrique est sur la bonne voie et que nous redoublerons d’efforts pour réduire ce fossé entre l’Afrique et les autres continents. De plus, les services numériques ont permis de rapprocher les services des citoyens, par exemple pour payer leurs taxes. L’une de mes premières expériences – lorsque j’étais ministre, il y a près de vingt ans – a été la numérisation des passeports. À l’époque, la diaspora sénégalaise devait se rendre au pays pour en obtenir la délivrance. Aujourd’hui, cela se règle en 24 heures de n’importe où. Nous avons également amélioré les procédures douanières pour le secteur privé. 

L’Afrique s’est-elle préparée à cette étape majeure ? C’est une révolution culturelle, une transformation en profondeur qui nécessite beaucoup d’investissements et suppose l’implication de tous les secteurs de l’économie et de la société… 

Oui, bien sûr, l’Afrique s’est préparée. Le secteur privé est prêt, et d’ailleurs, beaucoup de choses se passent déjà – Jumia vient de passer à la cotation à Wall Street – ce qui nous montre que le marché international des capitaux reconnaît…

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