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African Business

Mohamed Ayachi Ajroudi (Ingénieur et homme politique) : Le parcours d’un bâtisseur

Il se lance donc, et crée sa propre entreprise. Il lui manque seulement 5 000 francs pour constituer les 20 000 francs (3 000 euros) du capital minimum requis, mais les banques ne sont pas prêteuses. Les parents d’un ami, jeune ingénieur lui aussi, avancent la somme pour permettre la constitution de la société Artois Maintenance Industries Servies (AMIS).

Le capital est en banque, mais cette dernière n’accorde toujours pas ni crédit, ni même facilités de chèques. Mohamed Ayachi Ajroudi, lui, a une idée en tête, née de ses obser­vations en mer, pendant sa formation : une attache souple qui permettrait d’éviter les casses de pipeline trop fréquentes lors du montage des plateformes pétrolières off-shore. Personne n’y avait pensé. « Il faut connaître la mer, comprendre la souffrance de la mer, comprendre ce qu’est une barge. »

Mais si l’idée est simple, sa mise en oeuvre est ardue. Le maire d’un village de mineurs du Pas-de-Calais met gratuitement à sa disposition des locaux désaffectés, et non chauffés, dans l’espoir de favoriser l’emploi des habitants. Avec sept amis ingénieurs comme lui, Mohamed Ayachi Ajroudi met patiemment au point un prototype et dépose un brevet.

Il prospecte une filiale du pétrolier français Elf-Aquitaine spécialisée dans les plateformes et les forages en mer qui, séduite, commande dix exemplaires. La banque lui consent aussitôt une ligne de crédit de 8 millions de francs, soit l’équivalent 1,2 million d’euros. Pour assurer le financement de la fabrication.

Une fortune pour l’époque ! Il part lui-même superviser l’installation d’une attache à Port-Gentil, au Gabon. D’autres sont installées en Malaisie…

Intérêt pour les énergies renouvelables

Depuis, Mohamed Ayachi Ajroudi ne s’est plus arrêté, enchaînant les innovations, les brevets, et autant de succès. Sa société AMIS a grandi. D’autres ont essaimé. Avec toujours la même idée de rechercher le problème ou la faille dans un processus technique pour, en améliorant l’outil, diminuer le temps et la peine de celui qui l’utilise.

Un système de pres­sion basé sur le principe de l’entonnoir pour raccourcir les temps de forage en mer. Un procédé de percement inspiré de celui utilisé pour le tunnel sous la manche, utilisé pour la construction de souterrains de métro. Un système d’irrigation souterraine révolutionnaire, le Portube, qui a connu un succès mondial.

Toutes inventions récompensées à de multiples reprises, en France, par l’Agence nationale de valorisation de la recherche (ANVAR). Et à présent ? « Je me suis donné à fond dans les énergies renouvelables ». Vraiment à fond. Pas seule­ment pour produire ou distribuer une technologie éprouvée. C’est une vision d’ensemble qui l’habite : « Il y a presque deux milliards d’hommes qui n’ont ni eau ni électricité, et on sera bientôt neuf milliards. C’est un marché énorme ! ».

Seul le dessa­lement de l’eau de mer pourrait satisfaire les besoins en eau. Mais ce dessalement dépense beaucoup d’énergie, et les éner­gies fossiles sont trop chères et promises au déclin. Il réfléchit sur des systèmes de production d’énergie à base d’ordures et de solaire. « Les déchets peuvent se transformer en énergie. Un million de tonnes d’ordures équivalent à 250 000 tonnes de fuel ».

Quant au solaire, un système de panneaux voltaïques associé à une chaudière actionnant des turbines pourrait permettre un jour de résoudre l’épineux problème du stockage de l’énergie.

Et l’Afrique devenir le terrain d’élection de ce secteur pionnier et prometteur. Car l’avenir énergétique des six cents millions de personnes qui n’ont pas accès passe par des solutions simples qui viendront remplacer un pétrole et des énergies fossiles bientôt obsolètes.

Monsieur Bons-offices

L’Afrique, justement… qu’il avait quittée si jeune, et vers laquelle, il revient à présent. En Africain, l’amour du conti­nent chevillé à l’âme, pas seulement en homme d’affaires.

Car les prédateurs sont nombreux qui feront main basse sur le continent si on ne fait rien et qu’on ne les combat pas. Il a tardé à revenir vers l’Afrique. « Pour que ça marche il te faut un vis-à-vis, quelqu’un en face qui t’écoute, il faut aussi qu’il y ait des patriotes. »

Il a fini par s’engager dans la vie politique tunisienne, sur laquelle il porte un regard sans complaisance. Il considère que le Printemps arabe a été une « catastrophe » pour la Tunisie. « Ce beau pays que j’ai quitté en pleurant quand j’avais quatorze ans, je ne peux pas arriver à accepter ce qui lui arrive aujourd’hui. Il y a le feu à la maison, la Tunisie brûle ! »

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