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African Business

Louise Mushikiwabo, les besoins de l’OIF

…nombre de talents forme un bloc puissant. Nous sommes capables d’en ressortir quelque chose de très beau. Je suis très optimiste pour l’avenir de l’OIF, mais encore une fois, il y a du travail à faire… 

Qu’est-ce que vos nouvelles fonctions ont changé en vous, dans votre manière d’appréhender les dossiers ? 

Je viens du monde des relations publiques et de la communication. Et mes dix années aux Affaires étrangères m’ont aussi beaucoup appris. Cela représente plusieurs doctorats à la fois ! J’ai vraiment beaucoup appris sur le monde. Et en prenant de l’âge, je suis de plus en plus moi-même. J’aime faire ce qui me plaît, m’impliquer.

Je ne suis pas une politicienne classique, et je trouve qu’on fait plus et mieux quand on n’essaye pas d’être quelqu’un d’autre. Et je dois dire aussi que mon passage de la diplomatie d’un seul pays à un champ d’action qui englobe autant de pays différents m’a ouvert les yeux. Cela m’a permis de voir ce qui est possible. Et ce sont les possibles de notre organisation qui me donnent autant d’énergie. 

Accordez-vous de la place à la lecture et à l’appropriation de cette capitale du monde qu’est Paris ? 

Je serais tentée de vous dire… pas encore. Il y a tant d’apprentissages ! Dès mon arrivée à la tête de la Francophonie, j’ai pris le temps de comprendre cette organisation, de parler aux personnes…

Depuis janvier, j’ai rencontré toutes les directions, tous les personnels, un à un, parce que même si je suis le visage et la voix de la Francophonie, c’est avant tout un travail d’équipe. L’OIF a besoin d’aller dans l’institutionnel et le professionnel pour pouvoir donner des résultats. Ce n’est pas possible sans mobiliser toutes les troupes. 

Peut-on considérer que vous êtes la femme d’une rupture systémique, d’un basculement de la Francophonie dans une nouvelle ère ? 

Je suis aussi le produit de mon histoire, de mon pays, de mon parcours. J’ai grandi au Rwanda dans une période difficile. J’ai appris l’anglais dans un Rwanda très francophone, et j’ai par la suite appris le français aux États-Unis. J’ai travaillé en Afrique du Nord, mon mari est Américain, je vis à Paris…

Tout cela fait de moi une citoyenne du monde. Tout cela constitue un avantage. Mon parcours, les choix difficiles de mon pays auxquels j’ai assisté et participé, le fait de savoir que l’être humain est capable du pire et du meilleur, ont été pour moi source d’un très grand enseignement.

Et j’essaye de rassembler tout cela pour pouvoir enrichir mon propre parcours professionnel. Je suis aussi d’une nature curieuse : je m’intéresse à l’être humain, j’aime le contact humain, j’aime voir les différences culturelles sous toutes leurs formes. Tout cela me sert également. 

Avez-vous un carnet de bord, prenez-vous des notes ? Vous vivez des moments exceptionnels qui appartiendront un jour à l’histoire et qui mériteront peut-être d’être racontés… 

Je ne suis qu’une petite personne dans un monde immense… Mais oui, de temps en temps, chez moi, surtout la nuit, j’écris quelques notes. J’ai toujours sur moi un petit carnet, noir ou bleu, sur lequel j’écris… D’abord pour me rappeler, parce que j’oublie beaucoup de choses, et pour pouvoir y revenir. J’ai tout un tas de notes que je prends depuis plusieurs années. J’espère un jour trouver le moment de m’asseoir et revivre des moments très importants de ma vie. 

Vous avez déjà visité de nombreux pays. Où en êtes-vous de cette connaissance du terrain ? 

Je suis en fonction depuis six mois, et j’ai déjà visité plusieurs pays. Mon désir est de donner toute l’attention qu’il faut à tous les pays membres. Il n’y a pas de pays ou de grands pays. Je me suis rendue en Europe centrale, en Roumanie, dans plusieurs pays africains – la RD Congo, le Burkina Faso, je viens de rentrer du Gabon et du Cameroun, je dois me rendre prochainement au Mali et au Togo, je suis allée en Égypte, au Maroc ; je me suis rendue au Suisse, je dois me rendre au Canada bientôt ainsi qu’en Belgique. 

J’avais dit, dans mon discours de réception à Erevan que l’OIF ne pourra changer qu’avec les États. C’est un point très important pour moi. Mon rôle de secrétaire générale ne peut se limiter à ne rencontrer les chefs d’État que tous les deux ans, lors des sommets. Il faut aussi une interaction, dans l’intervalle. J’ai écrit à plusieurs reprises aux chefs d’État depuis mon entrée en fonction, je leur rends visite, je les rencontre en marge d’autres activités internationales.

Je veux que les États s’impliquent beaucoup plus, au-delà de la seule action de leurs représentants, ici, à Paris, qu’ils prennent des décisions sur lesquelles nous tombons tous d’accord, afin que nous ne divergions pas, lors de nos rencontres à l’occasion des sommets. Cette approche est, pour moi, capitale.

Dans le multilatéral, le risque est grand d’être pris dans une routine quotidienne et d’oublier que nous sommes là pour représenter les pays qui, je le répète, doivent s’impliquer beaucoup plus.

Nous leur demandons parfois conseil, nous leur demandons des informations sur leur région. C’est une relation extrêmement importante, et je crois qu’il appartient effectivement à la secrétaire générale de l’OIF de créer des liens constants.

*Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie 

Avec la collaboration de Guillaume Weill-Raynal 

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