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African Business

Louise Mushikiwabo, les besoins de l’OIF

…est l’opérateur du réseau universitaire, leur trouver plus de ressources, afin que certains de leurs programmes qui marchent bien puissent être multipliés à travers l’espace francophone. 

L’IFEF joue un rôle important de conseiller auprès des États en matière d’éducation. Nous assurons la formation des enseignants, mais nous n’en formons pas assez. Nous possédons des centres multimédias dans plusieurs pays. J’en ai visité deux ou trois.

Ce sont de petites entités qui ne disposent que d’un parc de dix ou quinze ordinateurs, ce qui est insuffisant. Il nous faudrait, sur l’ensemble, un parc de deux millions d’ordinateurs ! Le potentiel est là et ce ne sont pas les ressources qui manquent. Nos programmes ont de l’impact à condition d’y affecter des budgets conséquents. Au lieu de cela, nous procédons par ce saupoudrage que je viens d’évoquer. Comme s’il ne s’agissait que de projets pilotes, que l’on abandonne ensuite… 

Vous cherchez, on l’a compris, à singulariser l’OIF par une efficacité plus forte, afin qu’elle ne soit pas une sorte d’ONU bis. Quelles sont les réformes indispensables aux chantiers que vous souhaitez mettre en oeuvre ? 

Le mot « réforme », fait peur, parfois. Comme s’il s’agissait de réaliser des miracles… Je pense que l’OIF a plutôt besoin d’un ajustement. Nous devons ajuster le travail que nous faisons et nos méthodes, notre manière de travailler. L’OIF est une machine très lourde.

La première réunion du groupe de réflexion que nous avons installé a porté sur le fonctionnement des instances, constituées des États, qui doivent nous décharger d’un fardeau en nous facilitant les procédures tout en nous faisant confiance pour gérer l’organisation. Quand on multiplie les commissions, les sous-commissions, les groupes de réflexion, les groupes de travail… au final, nous n’avons plus le temps de travailler !

Ce sont à chaque fois les mêmes personnes qui se retrouvent dans des réunions très formelles qui finissent par perdre jusqu’au sens du débat. J’ai été néanmoins très heureuse de voir que, lors de la première réunion, les représentants des États partageaient à cet égard mon point de vue et celui de mes équipes qui sont très dynamiques. Je pense que nous allons y arriver, mais je suis très impatiente. 

La Francophonie a besoin d’un corps de doctrine, d’un pouvoir d’influence. Est-elle, aujourd’hui, en mesure de produire une pensée qui puisse structurer un univers francophone extrêmement divers, plurilinguistique et riche d’interactions ? 

Oui, absolument. Contrairement à beaucoup d’autres organisations similaires, la Francophonie présente un caractère un peu « familial », si vous me permettez cette image. L’OIF est bien reçue par les États et les autorités, et elle est très attendue par les populations. C’est un grand avantage, aujourd’hui, dans notre monde multilatéral qui est trop souvent régi par le cynisme.

Mais nous ne devons pas décevoir, précisément, parce que les attentes sont là. Nous possédons ce qu’on nomme en anglais le soft power que vous évoquez, de manière intrinsèque. Nous sommes les bienvenus dans nos pays. Il est très facile d’en parler, mais il est beaucoup plus difficile d’agir.

Et pourtant, c’est dans cette direction que nous devons aller. Nous pouvons avoir beaucoup plus d’influence, et parler au nom des populations francophones.

Nous avons commencé à créer une plateforme d’échanges d’expériences – je ne suis qu’au début de mon mandat et je souhaite aller plus loin – qui regroupe 88 entités, États, gouvernements, etc., et de plus en plus de pays souhaitent adhérer à notre organisation. Notre soft power repose sur cette attractivité, mais par ailleurs, nous manquons de visibilité.

Même à Paris, peu de gens, en dehors des milieux internationaux, savent réellement qui nous sommes. 

Précisément, ce caractère institutionnel pèse lourdement sur l’image de la Francophonie. Un côté un peu « ringard », vieille maison… Comment rénover, innover, pour ouvrir les portes et les fenêtres ? 

Je reconnais qu’aujourd’hui, je n’ai pas toutes les réponses à cette question. Je me la pose souvent. Ce qui est sûr, c’est que nous devons agir pour renforcer et améliorer notre visibilité, et nous allons le faire. Dans un monde multilatéral, vous ne pouvez pas avoir d’influence sans visibilité. La Francophonie a une histoire – un peu comme le Commonwealth – qui nous colle une image où les relents coloniaux sont toujours présents.

Nous devons nous débarrasser de cette image. Et nous y parviendrons en montrant nos résultats tangibles, visibles, qui répondent aux attentes de la jeunesse, surtout. Les jeunes nous interrogent souvent sur ce que la Francophonie est censée leur apporter. Nous devons d’abord parler leur langage, les impliquer.

L’OIF est bien reçue par les États et les autorités, et elle est très attendue par les populations. C’est un grand avantage, aujourd’hui, dans notre monde multilatéral qui est trop souvent régi par le cynisme. Mais nous ne devons pas décevoir, précisément, parce que les attentes sont là.

Mais encore une fois, je n’ai qu’une réponse partielle, parce que je prends le temps de comprendre : où agir, et comment agir ? Plusieurs stratégies sont possibles, mais il est certain que nous n’avons pas le choix. Soit nous existons, soit nous disparaissons. 

Vous manifestez une irrésistible envie d’action, mais avez-vous les moyens de vos ambitions ? 

En partie, oui, mais pas assez. La Francophonie regorge de talents humains. Nous devons renouveler ces talents, dans différents domaines prioritaires. Je connais bien le monde multilatéral, et les moyens financiers ne manqueront pas dès lors que nous parviendrons à nous focaliser sur ces priorités, et à montrer de manière vraiment tangible et concrète ce que nous sommes capables de faire. L’argent ne manque pas dans le monde pour ceux qui ont de bons projets ! 

Le monde est en mutation, ce qui entraîne une perte de repères, de certitudes et de lisibilité. Comment donner du sens à votre action, face à ce monde bouleversé et éclaté ? 

Nous donnerons du sens à la Francophonie en demeurant focalisés et fermes sur quelques activités précises. C’est pourquoi l’OIF ne doit pas perdre le sens de sa mission originale qui vise à faire se rencontrer des cultures différentes à travers tous les continents. Cela représente un atout majeur, précisément parce que nous vivons aujourd’hui dans ce monde…

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